Auteur : Yves Michaud
Date de saisie : 26/10/2007
Genre : Arts
Editeur : Hachette Littératures, Paris, France
Collection : Pluriel
Prix : 8.00 € / 52.48 F
ISBN : 978-2-01-279258-6
GENCOD : 9782012792586
Sorti le : 17/10/2007
Philosophe, membre de l'Institut universitaire de France, Yves Micha de 1989 à 1996, directeur des Beaux-Arts. Il dirige actuellement l'Univers de tous les savoirs. Auteur de nombreux ouvrages d'esthétique et de philosophie politique, il a notamment publié en «Pluriel» L'Art à l'état gazeux (2004) et Critères esthétiques et jugement de goût (2005).
L'art n'est plus fait par ceux qui avaient l'habitude de le faire, mais par ceux qui le montrent : gens de musée, fonctionnaires de l'art, collectionneurs, communicateurs et mécènes. Aux artistes se substituent les commissaires : commissaires d'exposition, commissaires à la circulation, commissaires priseurs. C'est le monde de l'art qui fait l'art. L'ouvrage d'Yves Michaud n'use pas de ce constat pour dresser un procès contre l'art contemporain, pas plus qu'il n'y voit le couronnement d'une approche seulement sociologique de l'art. C'est plutôt pour lui la condition actuelle de l'art, l'horizon dont il faut partir pour en parler. Ce qui n'implique pourtant pas un relativisme total. Sans mettre en avant d'a priori esthétique ou moral, ce livre montre que l'art contemporain peut exister tout en s'affranchissant de toute référence à l'oeuvre et au public.
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Extrait de l'introduction :
L'ARTISTE ET LES COMMISSAIRES
Un livre a toujours au moins deux histoires, une histoire théorique qui le détache de son auteur, une autre plus personnelle où la vie et la théorie se rencontrent.
Le livre qui suit est né au croisement d'une réflexion et d'une expérience. La réflexion est celle de quelqu'un confronté, comme nous le sommes tous, à l'étrangeté de l'art contemporain, avec sa diversité, ses modes, et ses retournements. L'expérience est celle d'un contact professionnel de plus en plus étroit avec le monde ou les mondes de l'art dont il sera si souvent question dans les chapitres qui suivent. Entre les deux s'est dessinée une problématique et a évolué mon approche. Ce qui était parti pour être une analyse menée «du point de vue de nulle part» (the view from nowhere) est devenu une critique engagée, sans que j'aie pour autant le sentiment d'avoir abandonné la théorie.
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Au départ, avec les outils du philosophe que je suis, et peut-être les illusions qu'entretiennent les philosophes, je voulais m'interroger sur la nature des «oeuvres» d'art contemporaines et des «expériences» «esthétiques» qu'elles nous procurent. Qu'on me pardonne tout de suite de multiplier les guillemets, d'autant que cela se reproduira souvent, mais je le fais par conviction que beaucoup de termes ont vu leur signification profondément changer ou devenir si incertaine qu'il vaut mieux les manipuler avec une certaine distance.
L'art du XXe siècle, c'est devenu une banalité de le dire, s'est caractérisé par la prolifération des courants et tendances, la diversité des sortes d'objets considérées comme «de l'art», la multiplicité des expérimentations et des explorations auxquelles se sont livrés les artistes ainsi que la variété des média qu'ils ont utilisés. Cela va des papiers collés cubistes aux collages de Schwitters et aux photomontages de Hausmann, des objets composites de Picasso ou de Rauschenberg à toutes les variétés d'emploi de la photographie et du médium photographique. Il faut compter encore avec les machinations de Duchamp, leur postérité dans le happening, le Nouveau Réalisme ou Fluxus, les Earthworks de Smithson, Morris ou Heizer, l'Arte Povera, l'art conceptuel, Art-language, et aujourd'hui les variétés du simulationnisme - en attendant les prochaines nouveautés.
Sans oublier l'intense mouvement d'exploration des cultures, un mouvement qui a étendu les frontières de l'art, au propre comme au figuré, jusqu'à les faire éclater. Les arts primitifs, les arts populaires, les arts bruts, les arts psychopathologiques sont tour à tour entrés dans le paysage du monde de l'art reconnu. Quand ce n'est pas encore fait, la pression pour y arriver est grande - à moins que nous ne l'ayons déjà transfigurée : qui se rend vraiment compte aujourd'hui à quel point le Pop Art a pu être vulgaire autant que populaire avant de devenir respectable ? Le processus se poursuit, avec une ouverture géographique qui en s'accélérant produit plus qu'un élargissement de notre champ de vision, plus que de simples déplacements de nos pôles d'intérêt, mais remet en cause ce que nous considérions comme les frontières établies du monde de l'art, à savoir les frontières du monde occidental développé sous l'hégémonie des USA et de l'Europe.
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