Auteur : Serge Hefez
Date de saisie : 26/10/2007
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Hachette Littératures, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-01-237285-6
GENCOD : 9782012372856
Sorti le : 10/10/2007
Qu'est-ce qu'être un homme aujourd'hui ? Comment les pères, les fils, les amants, les conjoints se représentent-ils la virilité, l'autorité ou les rapports entre les sexes ? Le monde change et bombarde les hommes de questions auxquelles il leur est souvent difficile de répondre. D'autres s'en chargent pour eux et nous prédisent l'apocalypse : la confusion des genres et la féminisation des mâles seraient sur le point de provoquer l'effondrement du monde occidental !
Dans une société organisée autour de la suprématie des hommes sur les femmes, l'égalité fait peur. Au point, parfois, de provoquer un désir violent de retour en arrière, au temps où les hommes pouvaient exiger et exister sans se poser de questions.
Et si nous étions, tout simplement, en train d'avancer ? Si ce malaise qui bouscule les hommes dans leur vie intime était un signe encourageant d'évolution vers une société plus apte à l'échange entre les sexes ? En comprenant comment se construisent les hommes, leurs forces et leurs fragilités, les peurs inconscientes dont ils doivent se libérer, on peut entrevoir déjà l'esquisse de cette société nouvelle, fondée non plus sur les relations de pouvoir entre les hommes et les femmes, mais plutôt sur l'harmonisation des sexes, sur la différence des individus, et sur l'intimité partagée. Rien d'apocalyptique, bien au contraire !
Serge Hefez est psychiatre, psychanalyste, thérapeute de couple et de famille. Il est également responsable de l'unité de thérapie familiale du service de Psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Il est l'auteur chez Hachette Littératures de La Danse du couple, avec Danièle Laufer, et de Quand la famille s'emmêle.
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Extrait de l'avant-propos :
Depuis un siècle, les femmes s'interrogent sur la nature du féminin et sur la construction sociale de la féminité. Depuis un demi-siècle, les homosexuels affrontent les questionnements sur le genre et l'identité sexuée dans son rapport à l'identité sexuelle. Et, pendant tout ce temps, les hommes, fidèles au lapidaire «ni une gonzesse ni une tapette», sont restés muets, sûrs que leur masculinité, garante de l'universalisme, allait de soi. Comme s'ils regardaient «les autres» changer sans être concernés ; comme s'ils subissaient toutes ces transformations sans même se donner la peine d'y penser.
Muets, sauf dans les cabinets de psy. Depuis plus de vingt-cinq ans, j'écoute et je reçois des hommes sur mon divan, mais aussi en thérapie familiale ou de couple. De plus en plus d'hommes. Et j'entends, je vois ces mutations qui les interpellent, les déstabilisent, les effraient parfois.
Qu'est-ce qu'un homme ? Qu'est-ce qu'un père ? Pour eux - et pour les couples, les familles -, ces questions sont douloureuses, parfois jusqu'à l'extrême. Mais bénéfiques, aussi, me semble-t-il. Il était temps que les hommes, à leur tour, se mettent eh mouvement. En se départissant du bouclier obligatoire de la virilité et de la domination ; en pénétrant de plus en plus l'univers des émotions, de l'intimité, du partage jusque-là réservé aux femmes ; en interrogeant la figure du patriarcat pour pouvoir s'en éloigner, ils s'autorisent enfin à explorer des parties d'eux-mêmes auxquelles ils n'avaient pas accès et qui les transforment en individus complets.
Notre société aussi souffre de ces questions. Pendant que certains se métamorphosent et modifient leur vision intérieure du masculin, d'autres s'arc-boutent désespérément pour préserver les valeurs traditionnelles. Dans une même ville, à quelques mètres les uns des autres, vivent des hommes qui n'ont pas du tout la même perception de ce que peuvent être les hommes, et des rapports qu'ils sont censés entretenir avec les femmes, les enfants, les autres... Ainsi, dans une même famille, on retrouve cette fracture entre générations. Les caractéristiques de la virilité sont devenues confuses, et la construction de l'identité masculine plus complexe. Il ne suffit pas d'être fort, viril, courageux, d'accumuler les conquêtes et de ne pas montrer ses sentiments ; pour un homme, savoir exprimer ses émotions est désormais un signe d'intelligence plutôt que de faiblesse. Pour tous existe une tension entre des normes contradictoires. L'homme, le «vrai», continue de nourrir les fantasmatiques masculines comme féminines. Le héros qui rassure et protège, décide et maîtrise, prend des risques et des initiatives n'est pas mort ; mais les femmes peuvent aussi se plaire à rêver d'incarner à leur tour ce héros. Elles peuvent dans le même mouvement aspirer à la protection et à l'autorité masculines et s'en plaindre ; l'ambivalence est au coeur des rapports entre les sexes.
Trop viril, trop doux, trop macho, trop présent, trop laxiste, trop absent, lorsque ce ne sont pas leur compagne qui leur reproche de ne pas être à la bonne place, les hommes s'en chargent eux-mêmes. Coincés entre la figure d'autorité que chacun rêve et refuse en même temps de voir incarnée dans la famille, et les imprécations des tenants du «c'était mieux avant» qui enjoignent chacun de reprendre «sa» place, telle que la «nature» l'aurait prévue depuis toujours, les hommes ne savent plus où ils (en) sont. La justice non plus, d'ailleurs, qui prône une stricte égalité entre les hommes et les femmes, les pères et les mères, mais donne le plus souvent la prépondérance aux unes sur les autres ; qui oscille parfois jusqu'à la tragédie entre père biologique et père nourricier ; et qui se perd dans tous ces nouveaux conflits de garde alternée, de reconnaissance de paternité, d'autorité conjointe d'ex-conjoints, d'homoparentalité, qui posent et reposent sans cesse la question de l'identité masculine.
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