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Quand la famille s'emmêle

Couverture du livre Quand la famille s'emmêle

Auteur : Serge Hefez

Date de saisie : 26/10/2007

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Hachette Littératures, Paris, France

Collection : Pluriel

Prix : 8.00 € / 52.48 F

ISBN : 978-2-01-279377-4

GENCOD : 9782012793774

Sorti le : 10/10/2007

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Serge Hefez est psychiatre, psychanalyste, thérapeute de couple et de famille. Il est notamment l'auteur chez Hachette Littératures de La Danse du couple («Pluriel», 2002) et de Dans le coeur des hommes (2007).

Ma pratique de thérapeute familial me montre tous les jours que la famille a changé, qu'elle est sans doute en crise mais que ses tourments ne s'expliquent ni par ses métamorphoses, ni par le relâchement des liens. J'observe au contraire une évolution aussi inattendue que paradoxale : en se soumet­tant aux nouveaux idéaux d'amour et de bonheur, en se dégageant des contraintes ancestrales, la famille contem­poraine tisse trop souvent des liens enchevêtrés et étouffants. Les processus de séparation, loin de se trouver facilités, prennent alors une dimension tragique, dont témoignent les pathologies adolescentes : phobies scolaires, troubles des conduites alimentaires, dépendances aux drogues ou à l'alcool, et banalisation de la violence. Les nouveaux devoirs de la famille - être heureux à tout prix, tout se dire, éviter les conflits - sont devenus (presque) aussi pesants que les anciennes contraintes. Dans cette mutation passionnante de la nouvelle scène familiale, il ne s'agit pas de rejeter le passé ou de se confiner dans un repli frileux, mais de concilier les acquis d'autrefois avec la conquête de la liberté. Il nous revient d'aider les familles, quelle que soit leur composition, à tisser un lien qui sache unir sans trop serrer.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Depuis plus de vingt ans, je reçois des familles confrontées à une souffrance qu'exprime l'un des leurs, le plus souvent un enfant, un adolescent ou un jeune adulte. Mon travail ne consiste pas à donner des conseils, à corri­ger des erreurs, à fournir des recettes pour «normaliser» ces familles. Je ne cherche pas non plus à désigner les responsables et les coupables de cette souffrance. Je tente de situer les symptômes de l'enfant - ou de l'adolescent - dans une logique qui le dépasse et déborde également la famille.
Cette logique appartient à une histoire et à un ensemble de liens dont chacun ne perçoit qu'une infime partie. Elle est aussi le fruit d'un contexte social qui impose de nouvelles normes, tout aussi aléatoires et contraignantes que les normes du passé.
Je pars du principe que les symptômes ont une signi­fication, qu'ils s'adressent à la famille, et qu'ils y trouvent un sens global. Le thérapeute familial que je suis considère la famille comme un système de liens, dans lequel chacun est déchiré entre la possibilité d'accéder à une certaine autonomie, de développer une personnalité, et la nécessité de faire survivre le groupe.
Il ne s'agit pas de stigmatiser, d'accuser les parents d'être trop intrusifs ou trop distants, trop occupés, trop marginaux ou «trop» classiques, mais de retrouver, avec la famille, les possibilités d'une compétence perdue.
La famille a changé, mais ses modifications de forme n'expliquent en rien la «crise» que beaucoup de familles traversent, car les difficultés rencontrées se retrouvent à la même échelle dans toutes les morphologies familiales, y compris au sein de la plus banale «famille Ricorée», nantie de deux parents biologiques, d'un monospace, d'un labrador et de trois enfants rieurs.
S'il existe bel et bien une «crise» de la famille en relation à une crise des repères, de la transmission, des identités, si la famille s'est transformée en profondeur, si elle s'inscrit dans de nouveaux idéaux d'amour et de bonheur, un constat éminemment paradoxal s'impose dans notre activité de consultation : les processus de séparation, au lieu de se trouver facilités, prennent une dimension tragique. En témoigne la multiplication de toutes les pathologies de l'adolescence liées à des difficultés d'autonomisation : phobies scolaires, troubles des conduites alimentaires, dépendances aux drogues ou à l'alcool. Sans parler de la banalisation, dans les relations adultes-enfants, d'une violence qui traduit la même dynamique fusionnelle.
En se dégageant du poids des traditions et des obliga­tions, en se libérant des contraintes morales et religieuses, la famille s'est allégée mais elle court un risque, celui de tisser des liens de plus en plus intriqués, enchevêtrés et difficiles à démêler.
«Attache-moi ! Aime-moi, fournis-moi un cadre sécuri­sant, des références, une raison de vivre ; transmets-moi un héritage, une histoire ; aide-moi à m'ancrer dans une société dont je pourrai bâtir les fondations», semblent implorer ensemble parents et enfants à la divinité familiale. Alors que, quelques minutes plus tard, ils supplient : «Détache-moi ! Laisse-moi vivre, arrête de me contraindre par ce lien parental, conjugal ou filial, ne me fais plus subir ce poids des désirs et des idéaux d'un autre que moi-même, ne me rends plus l'unique responsable de ton bonheur ou de ta souffrance.»
Cette demande simultanée et paradoxale - dans laquelle on reconnaîtra la contradiction adolescente - exa­cerbe les contraintes et les insatisfactions, engendre une chorégraphie complexe de rapprochés et de mises à distance et finit par laisser sourdre une angoisse diffuse qui englue tous les membres du groupe. De fait, la famille semble traverser une interminable crise d'adolescence.


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