Auteur : James Ellroy
Traducteur : Jean-Paul Gratias
Date de saisie : 26/10/2007
Genre : Policiers
Editeur : Rivages, Paris, France
Collection : Rivages-Thriller
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-7436-1718-9
GENCOD : 9782743617189
Sorti le : 10/10/2007
Après Crimes en série et Destination morgue, ce troisième recueil clôt - provisoirement - la publication des textes courts de James Ellroy.
On connaît l'intérêt de l'auteur pour les faits divers criminels et en particulier les affaires qui défraient la chronique. Cette obsession constitue le thème central des articles et fictions réunis dans Tijuana mon amour. Qu'il retrace l'enquête sur la mort de la fille d'un présentateur de radio, brosse le portrait d'un célèbre district attorney ou mette en scène l'un de ses héros préférés, l'intarissable rédacteur en chef de la gazette à scandales l'Indiscret, Ellroy n'aime rien tant qu'explorer "la jungle du glamour" et en rapporter des trouvailles saisissantes, scabreuses, au goût amer et à l'odeur nauséabonde.
On y croisera le célèbre gangster Mickey Cohen, Lana Turner et son amant Johnny Stompanato, Rock Hudson, Frank Sinatra et quelques figures d'acteurs ou autres " people " de seconde zone, tous tombés dans la boue du scandale au point que certains ne s'en relèveront pas. On retrouve avec jubilation la patte caractéristique de l'auteur du Dahlia noir dans ces portraits au vitriol des flics, des acteurs, de la pègre et des médias.
A travers ces trois articles et six nouvelles, c'est la face noire d'une Californie schizophrène qui est radiographiée avec une acuité rageuse, provocatrice, brillantissime.
Ceux qui attendent depuis six ans la suite d'American Death Trip ne vont pas être contents. Ellroy n'a toujours pas bouclé sa monstrueuse trilogie sur les années 1970, Nixon et le Vietnam. Le cinéma l'accapare. Pour patienter, voici, après Destination morgue, un autre volume de textes (articles et nouvelles), pour la plupart publiés dans le magazine GQ. C'est du Ellroy pur jus. Survolté, excessif, délirant et jubilatoire. Celui qui s'est autoproclamé «chien du démon» n'a jamais autant montré les crocs et aboyé sur les médias, les acteurs, les flics véreux de sa Californie. Sous sa plume débridée, l'acide coule à flots.
LET'S TWIST AGAIN
Les états de grâce, ça va, ça vient. On ne les perçoit pas comme tels sur le moment. On les examine a posteriori, individuellement ou en groupe, et on leur superpose un schéma narratif. En définitive, cela se résume à ce qu'on a eu et qu'on a perdu.
Ces schémas s'appliquent à des nations, à des villes, à des gens. Des photos en Kodachrome les complètent. Des couleurs délavées les rehaussent de leur halo. Une musique sirupeuse remplit le reste de l'image et vous suggère ce qu'il faut en penser.
C'était mieux avant. Nous étions meilleurs à cette époque. J'étais plus jeune alors.
Ce ne sont qu'apparences trompeuses de bout en bout. C'est une reconstitution à l'eau de rose rendue possible parce qu'elle est vraisemblable. Elle obscurcit les faits plus qu'elle ne les éclaire. Elle contient juste assez de vérité incontestable pour rester viable.
Une saison définit tout un état d'esprit. Un nom emblématique la représente. Des chevaliers et des demoiselles en une époque sans pitié. Un mélo qui fait pleurer à chaudes larmes - sur scène, à l'écran et sur CD.
Une comédie musicale sentimentale et un concept artistique usé jusqu'à la corde. Avec la croisée de trois chemins dont l'image m'est chère et reste bien nette dans ma tête.
J'avais mon propre Camelot. Il coexistait avec les pièces de théâtre retransmises à la télé depuis Broadway et la présidence de John Kennedy. Je vivais dans un appartement minable avec mon père coureur de jupons et notre chien qui chiait partout sur le lino. J'avais un esprit corrompu par une imagination fertile et je ne savais pas très bien me comporter en société. J'avais un vélo Schwinn Corvette à guidon surélevé, garde-boue chromés, bavettes incrustées de diamants fantaisie, sacoches à franges, et un compteur de vitesse qui montait jusqu'à 240 km/h. J'avais une ville géniale à explorer et, en tant que gamin, tout un apprentissage à assimiler.
Notre appartement jouxtait Hancock Park et le bas de Hollywood. Vers le sud et le sud-ouest : des manoirs style Tudor, des châteaux à la française, des haciendas espagnoles. Vers le nord : de petites maisons et des arrière-cours de studios de cinéma. Vers l'est : des entrepôts en bois et des immeubles vétustés qui se succédaient sur un terrain vallonné en ligne droite vers le centre-ville.
Le territoire que je parcourais englobait Hollywood, jusqu'à Blackville. La frontière sud était une ligne de démarcation raciale que les gamins blancs ne franchissaient jamais. C'était le Los Angeles d'avant les émeutes. La ville n'avait pas encore connu l'hystérie. Les parents disaient aux mômes de ne pas s'aventurer au sud de Pico et laissaient leurs morveux vadrouiller.
J'ai commencé à rôder à onze ans. C'était l'été 59. Je devais faire ma rentrée scolaire au collège en septembre. J'en chiais dans mon froc.
Je rôdais en vélo. Je piquais dans les magasins des bonbons et des bouquins. Je rencontrais des mômes bizarres qui se déplaçaient en bandes à vélo et je récoltais auprès d'eux des informations.
Ils m'apprenaient qu'une fille avait avalé de la cantharide et s'était empalée sur un levier de vitesses. Et aussi qu'Hitler était toujours vivant. La vérité sur l'aspirine et le Coca-Cola. La vérité sur Liberace et Rock Hudson. La vérité sur les collèges du coin.
Le Conte Junior High, alias «Le Con» : des types cool, des filles saute-au-paf. Partouzeville, USA. Une pépinière d'étalons pour les «Lochinvars» ou les «Celtes». À éviter, sauf si on est cool soi-même.
Virgil Junior High : c'est rempli de Latinos en chemise Sir Guy et pantalon kaki fendu au bas des jambes.
King Junior High : c'est rempli de Japs et de types zarbis qui viennent de Silverlake - «Chochotte City». Un tas d'homos qui s'habillaient en vert le jeudi.
Louis Pasteur Junior High : c'est rempli de bronzés bêcheurs qui se croient blancs.
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli