Auteur : Philippe Gottraux | Oscar Mazzoleni | Cécile Péchu
Date de saisie : 24/10/2007
Genre : Politique
Editeur : Antipodes, Lausanne, Suisse
Collection : Le livre politique - Crapul
Prix : 22.50 € / 147.59 F
ISBN : 978-2-940146-98-7
GENCOD : 9782940146987
Sorti le : 01/09/2007
Le «succès» politique de l'Union démocratique du centre (UDC) conduit le politologue à s'emparer scientifiquement d'un thème qui interpelle l'espace public suisse mais aussi les commentateurs et les chercheurs au-delà des frontières : la progression de la droite dite populiste en Europe, à laquelle l'UDC est souvent associée. Ce livre entend participer à ce débat. Il s'inscrit dans une sociologie des logiques plurielles (idéologiques, sociales et organisationnelles) qui caractérisent les partis politiques comme des phénomènes complexes. Il combine plusieurs angles d'attaque pour aborder une série de questions : Comment définir l'UDC, parti singulièrement controversé ? Quels sont les difficultés liées à son étude ? Comment expliquer sa capacité à se situer à la fois en posture de gouvernement et d'opposition ? Comment son action a-t-elle influencé et tiré parti des transformations du paysage politique suisse ? Que doit la progression de l'UDC aux changements affectant le champ médiatique ? Qui sont ses électeurs ? Comment s'exprime sa propagande politique ? Comment se décline la diversité de valeurs de ses militants ?
Parler sereinement de l'UDC, peser son action dans le champ politique, analyser les soutiens que sont ses électeurs et militants, tels sont finalement les objectifs de cet ouvrage.
Oscar Mazzoleni est responsable de l'Observatoire de la vie politique du canton du Tessin (OVP-USTAT) et chargé de cours dans les Universités de Genève et Lausanne.
Philippe Gottraux est Maître d'enseignement et de recherche à l'Institut d'études politiques et internationales (IEPI) de l'Université de Lausanne.
Cécile Péchu est Maître d'enseignement et de recherche à l'Institut d'études politiques et internationales (IEPI) de l'Université de Lausanne
Extrait de l'introduction d'OSCAR MAZZOLENI, PHILIPPE GOTTRAUX ET CÉCILE PÉCHU :
Pourquoi consacrer un livre à l'Union démocratique du centre (UDC, ou Parti populaire suisse, SVP, en langue allemande) ? Une première raison est suggérée par les aléas de la vie politique nationale. Elle tient à l'avancée électorale d'envergure de l'UDC, lui conférant le statut de premier parti suisse en termes de suffrages et de sièges, à l'issue des élections du Parlement fédéral de 2003. Ce qu'il est convenu de nommer le «succès» politique de ce parti dans le contexte helvétique ne peut qu'interpeller le politiste. Si nous ne pensons pas que le questionnement sociologique doive être dicté directement et mécaniquement par l'actualité, nous jugeons toutefois pertinent de nous emparer scientifiquement d'un thème qui agite de multiples manières l'espace public suisse, mais qui interpelle également les commentateurs et les scientifiques bien au-delà de l'Helvétie : la discutée progression de la droite dite populiste en Europe, à laquelle l'UDC est d'une manière ou d'une autre associée. Il nous paraît dès lors légitime d'avancer des jalons dans la compréhension de ce parti, qui s'avéreront autant d'éléments utiles pour saisir son succès, pour entrevoir les retombées du «phénomène» sur la politique et la société suisses, mais aussi, tout simplement, pour comprendre les logiques de fonctionnement du parti et l'engagement en son sein.
Une deuxième raison qui préside à la publication de ce livre tient au fait que, pour l'heure, rares sont les travaux qui abordent l'UDC en combinant dans le même ouvrage plusieurs approches et angles d'attaque, pourtant présents en science politique, pour analyser ce type d'objet d'étude. Depuis quelques d'années, l'UDC a certes été au coeur d'études et a été incluse dans un nombre croissant d'analyses comparées internationales, devenant ainsi le parti suisse le plus étudié. Mais la littérature scientifique disponible, à l'exception de rares tentatives de synthèse, suit les lignes de la spécialisation académique, traitant de l'un ou l'autre aspect du phénomène, au détriment des autres possibles. Tendanciellement, soit elle se focalise sur l'électorat (sa composition sociale, ses orientations de valeurs, etc.), soit elle prend pour objet la spécificité idéologique du parti (programme, prises de position, discours). Dans ces diverses approches, utiles mais séparées, l'objet parti, envisagé dans sa complexité, tend à disparaître. Notre ouvrage entend quant à lui se situer, même modestement, dans une démarche qui privilégie une lecture plurielle et qui décloisonne et rapproche des traditions de questionnement encore trop souvent séparées.
Etudier l'UDC permet du même coup de revenir sur la question de ce qu'est un parti politique, en général, et sur la manière de l'appréhender, tant au niveau du questionnement que sous l'angle de la méthode. Sur le plan du questionnement tout d'abord, nous pourrions schématiquement distinguer trois axes dans l'étude des partis : l'organisation même du parti, le rapport de celui-ci aux postes électifs et à la conquête du pouvoir, ainsi que la question de ses supports électoraux. Les deux premiers se situent du côté de «l'offre» partisane, le troisième plutôt de la «demande» exprimée par les électeurs. Nous pensons quant à nous qu'il est nécessaire d'explorer simultanément ces trois axes, en montrant leur complémentarité.
Du côté de l'«offre», on oscille tendanciellement entre deux options souvent présentées comme contradictoires. Pour certains, le parti est principalement saisi en tant qu'association ou comme «une communauté» d'individus engagés. Il serait le résultat d'un «recrutement associatif, (formellement) libre, d'individus ayant pour objet de procurer du pouvoir à leurs dirigeants et des possibilités idéelles et/ou matérielles aux adhérents actifs pour la réalisation du but objectifs ou d'avantages personnels». Cet angle d'attaque met l'accent sur l'organisation et les logiques internes plurielles, mais aussi, chez certains auteurs, sur les militants et leurs caractéristiques, ainsi que sur les effets du parti sur ses membres, en tant que lieu de socialisation secondaire et vecteur d'intégration sociale. D'autres approches conçoivent plutôt le parti dans son rapport au champ politique (le système politique, les échéances électorales, etc.). Dans ce cas, il est alors défini comme «une équipe qui vise le contrôle des institutions gouvernementales par la conquête de postes durant des élections ponctuelles». On insistera alors sur le parti comme «moyen de conquête» dans la sphère électorale, sur sa capacité à canaliser et «structurer» le vote des citoyens et sur la capacité des représentants du parti, en tant qu'entrepreneurs politiques, d'influer sur la distribution des postes de pouvoir, mais aussi sur les processus de décisions publiques.
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