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La Cause freudienne. n° 67, Tout le monde délire

Couverture du livre La Cause freudienne. n° 67, Tout le monde délire

Date de saisie : 23/10/2007

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Ecole de la cause freudienne, Paris, France

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-905040-59-6

GENCOD : 9782905040596

Sorti le : 18/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Editorial : Philippe Hellebois
Clinique

«On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans»

La névrose obsessionnelle
L'homme aux rats : Esthela Solan
«Une pensée dont l'âme s'embarrasse» : Philippe De Georges
Une leçon sur le désir : Jacqueline Dhéret
Les objets de l'obsessionnel : Philippe La Sagna
A propos de la névrose obsessionnelle féminine : Serge Cottet
Hélène Deutsch, l'obsession et la jouissance féminine : Lilia Mahjoub

Reportage
Vivre avec des voix dans sa tête : Daniel B. Smith

Le séminaire de Jacques Lacan : Jacques-Alain Miller
Une lecture du séminaire «D'un Autre à l'autre» L'envers de Lacan

Entretiens
Mallarmé le livre : Joseph Attié
Stendhal et l'amour : Joseph Attié

Gennie Lemoine
Le style interprétatif de Gennie : Eric Laurent
Hommage à Gennie Lemoine : Jacques-Alain Miller

Etudes lacaniennes
Les appuis corporels de la lettre : Bernard Lecoeur
Freud plus poppérien que Popper : Christine Le Boulengé

Lectures
Axel Honneth : La société du mépris : Françoise Fonteneau
Martin Egge : La cura del bambino autistico : Domenico Cosenza

Expositions
Kiki Smith : Christiane Terrisse
Les trumains de David Hammons : Yves Depelsenaire

Addendum





  • Les premières lignes

«Quand on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans» :

La conversation 2007 de Ville-Evrard

Une Conversation animée par Jacques-Alain Miller s'est tenue le samedi 31 mars 2007 au Centre hospitalier de Ville-Evrard, à partir de quelques cas présentés par une petite équipe, l'Unité Clinique de soirée et de nuit pour adolescents s'orientant de Freud et de Lacan. On trouvera ci-dessous la quasi-intégralité des débats de la matinée précédés des points essentiels des trois textes concernés, qui avaient été préalablement adressés aux participants inscrits à la Journée.

Y.-C. Stavy

«Le cas Paula» (Carolina Koretzky)

Des coordonnées signifiantes dont Paula me fit part dès la première rencontre, j'isole la phrase de sa mère : «celle-là non, c'est la seule qui me reste», que Paula relie au fait d'être «la seule» de trois filles à n'avoir pas été abandonnée par ses parents à sa naissance. J'isole aussi l'aveu suivant : «je deviens folle, je parle toute seule». Une liste s'enchaîne : petite, elle avait déjà l'impression d'être suivie ; maintenant, une écholalie la gêne. Par exemple, on lui dit : «viens manger» ; elle entend alors : «viens, viens, viens».
Paula trouve une solution qui arrête l'automatisme mental : elle achète des «mots casés». Caser le mot qui convient dans un quadrillage, l'apaise. Paula signale un autre phénomène - une voix qui l'interpelle par son prénom : «je parlais seule, à côté d'une église, j'ai entendu une voix disant "Paula" ; ma grand-mère s'appelait Paula, peut-être qu'elle m'appelle pour que je la rejoigne». Paula a été très proche de sa grand-mère maternelle, martiniquaise, aujourd'hui décédée. Petite, à la Martinique, allant avec elle à l'église, elle eut une révélation : sa famille était catholique ; elle ne s'expliquait pas pourquoi «tous [ses] frères étaient baptisés sauf elle». Paula, en effet, a deux demi-frères martiniquais, d'un premier lit de sa mère. Paula voulait constituer un arbre généalogique. Sa mère ne répondait pas aux questions : «va demander à ta grand-mère», disait-elle. Que s'était-il passé juste avant qu'elle entende aujourd'hui une voix dire «Paula» ? «Je discutais de la mort», dit-elle.
Paula m'apprend à cette occasion qu'elle ne parle pas toute seule : elle parle à «Mélanie». Ce double imaginaire l'accompagne depuis l'entrée au foyer. Discutant de la mort, Paula réalise la mort de sa grand-mère : la pensée «mais elle est morte», précède immédiatement l'hallucination. Paula est certaine que le monde n'est que semblant : «j'ai l'impression de ne pas exister». Ce sentiment lui échoit après avoir vu le film L'histoire sans fin : «moi, je vous vois, mais comment je peux savoir que vous me voyez ?» À l'église de Notre-Dame, Paula a encore entendu une voix : «tu es la fille de...». Elle me demande : «Y a-t-il des tombeaux dans les églises ?» Afin de la soustraire à une interprétation mortifère, je parie sur une pluralisation du signifiant église, et lui dis : «il y a d'autres endroits de prière». «Oui», répond Paula, enthousiaste, «il y a des cloîtres, des chapelles, des basiliques, c'est dans la basilique de Saint-Denis qu'il y a les tombeaux des rois de France». La séance fut suivie d'un intérêt nouveau pour «l'histoire de Rome et des rois de France : je vais savoir comment ils sont morts, qui leur a succédé». Paula emprunte des livres, qu'elle apporte à ses rendez-vous. «Je ne peux pas faire deux thèmes à la fois, je démarre par les rois de France». Sur un cahier «chronologie», Paula inscrit les dates de naissance et de mort des rois, leur succession. Ces rois partagent avec la grand-mère le fait d'être catholiques, mais ils sont enterrés dans une basilique et définitivement morts, ils ne parlent plus. Paula assigne ainsi des repères temporels à l'existence des défunts : ce ne sont plus les morts qui lui parlent. Un problème reste préoccupant : après les week-ends chez sa mère, Paula ne se lave plus, a des épisodes d'énurésie, perd le sentiment de la vie, exige de retourner vivre chez ses parents en sachant qu'elle sera maltraitée. «À chaque fois que votre mère vous dit : «je veux te récupérer», peut-être que vous croyez devoir être absolument là pour elle», lui dis-je. Je lui propose de venir à notre unité clinique pour adolescents. Soulagement immédiat. Paula apporte une biographie de Louis XIV, et confie : «à chaque fois que je suis prise entre mes parents et les services sociaux, je laisse tomber la seule chose qui me passionne, l'histoire. J'ai décidé de ne pas aller chez mes parents ce week-end : ma mère n'arrête pas de parler, j'ai besoin d'approfondir mes recherches».

Discussion

(...)


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