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La parole ouvrière

Couverture du livre La parole ouvrière

Auteur : Alain Alain Faure | Jacques Rancière

Date de saisie : 29/10/2007

Genre : Politique

Editeur : la Fabrique, Paris, France

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-913372-68-9

GENCOD : 9782913372689

Sorti le : 01/11/2007


  • La présentation de l'éditeur

Entre la révolution de 1830 et le coup d'État du 2 décembre 1851 s'étend une période où les prolétaires français ont beaucoup écrit. À travers l'expérience de deux révolutions trahies, dans la résistance à la transformation capitaliste du travail, c'est l'idée même de l'émancipation ouvrière que l'on voit apparaître, en attendant celle de la révolution prolétarienne.
Ce livre est la réédition d'un choix de textes présenté dans les années 1970 par Alain Faure et Jacques Rancière. Brochures républicaines et manifestes corporatifs, textes de combat et règlements d'associations, proclamations socialistes et appels à l'union des classes composent un ensemble dont l'archaïsme ne diminue en rien l'impact. Dans sa postface de 2007, Jacques Rancière montre l'évolution du regard sur ces textes, qui restent d'actualité car «aujourd'hui autant qu'hier, l'égalité des intelligences reste la plus intempestive des pensées que l'on puisse nourrir sur l'ordre social».



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  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

«J'ai fait mon instruction comme ceux qui n'ont été à l'école que bien juste assez pour pouvoir lire les prières de la messe et chanter les vêpres avec le curé de la commune les dimanches et fêtes. Il a fallu que les journaux, les petits livres que nous avons lus, continssent des vérités bien simples, bien convain­cantes sur notre organisation sociale, pour que nous, pauvres déshérités, ayons pu nous débarrasser de tous les mensonges, de tous ces contes fabuleux de revenants, de loups-garous, du diable, de l'enfer, du purgatoire, des rois et des princes, des nobles, des riches bourgeois, des merveilles des hommes de guerre, de leurs exploits dans la destruction.»
Jean-Pierre Drevet,
Le Socialisme pratique, 1850.

Ce livre rassemble des textes rédigés entre la révolution de 1830 et le coup d'État du 2 décembre 1851 par des militants ouvriers pour exprimer les protestations et les aspirations de leur classe : brochures, articles, lettres, poèmes, affiches.
Un tel rassemblement et le choix de cette période nécessitent certaines explications, d'autant que l'histoire récente, par le poids rendu à l'action sauvage et à la parole libérée, a ranimé certaines mythologies des origines. Si l'on fait ici retour par-delà la naissance des partis et syndicats ouvriers, par-delà les grands événements de la Commune et même de 1848, ce n'est pas pour justifier, dans l'exemplarité d'une origine, une certaine histoire du «mouvement ouvrier». Il ne s'agit pas de retrouver la nudité d'une parole ouvrière primitive où se démontreraient soit les balbutiements d'une conscience de classe encore enfermée dans son économisme spontané, soit la vigueur première d'un instinct de classe plus tard dénaturé par les appareils politiques et syndicaux. De telles figurations sont sans doute nécessaires à l'apologétique révisionniste du progrès, ou à l'apologétique gauchiste du retour. Mais elles sont radicalement inaptes à nous faire comprendre l'entrelacement des discours et des pratiques dans lequel une classe a commencé à penser son identité et à revendiquer sa place. En un temps où la grève n'est pas encore mécanisme reconnu de régulation d'une économie d'inflation, pas de grève salariale qui n'ait en même temps pour enjeu la dignité ouvrière, qui n'engage le statut même du salariat, dans la question : les ouvriers sont-ils des esclaves ou des hommes libres ? Rapport de classe dont ne saurait rendre compte le partage léniniste de l'économique et du politique. Mais à l'inverse, on recherche en vain la pureté originelle d'un instinct de classe sauvage. La violence luddite est elle-même réglée. En 1821, avant de détruire la machine venue d'Angleterre les mettre sur le pavé, les farouches tondeurs de drap de Lodève sont allés proposer au patron d'en payer les frais de rapatriement. Si loin qu'on remonte dans l'histoire ouvrière, on voit la révolte guidée par un jugement qui s'appuie sur une codification des pratiques et des discours acceptables ou intolérables. Pas de sauvagerie première mais des systèmes de règles, des normes de conduite qui se transforment.
Dans ce travail de remaniement, notre période prend une signification particulière : non point origine de la parole ouvrière, mais moment spécifique où parler, répondre aux désignations des maîtres, dire les maux du présent et les espérances de l'avenir devient une arme pour affirmer son identité, pour se rassembler et lutter. Avant 1830, les pratiques de luttes ouvrières ont déjà une longue histoire. Mais dans ces conflits dominés par l'organisation et l'idéologie compagnonniques, la parole n'est pas valorisée comme une arme. C'est bien plutôt la surprise et le secret qui font le succès des coalitions. Ce qui est nouveau au lendemain de 1830, c'est cet effort singulier d'une classe pour se nommer, pour exposer sa situation et répondre aux discours tenus sur elle. Les textes ici rassemblés ne valent pas seulement comme documents traduisant une expérience historique particulièrement riche : insurrections de Paris et de Lyon, grands mouvements grévistes de 1833 et de 1840, déclin des anciennes formes compagnonniques et apparition de nouvelles formes d'organisation, grandeur et décadence des sociétés secrètes, diffusion des socialismes utopiques, espérances et fusillades de 1848, ateliers nationaux et associations ouvrières. La prise de parole qu'ils effectuent constitue elle-même un élément décisif de cette expérience.


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