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Sur les routes de la soie

Couverture du livre Sur les routes de la soie

Auteur : Olivier Weber

Illustrateur : photographies de Reza

Date de saisie : 13/12/2007

Genre : Guides Tourisme, Voyages

Editeur : Hoëbeke, Paris, France

Prix : 36.00 € / 236.14 F

ISBN : 978-2-84230-300-6

GENCOD : 9782842303006

Sorti le : 18/10/2007

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

De Venise au fin fond de la Chine, les routes de la Soie demeurent plus que jamais un axe mythique. Un chemin initiatique sur lequel l'Orient et l'Occident ont échangé des biens et des idées pendant des siècles. Aujourd'hui, l'esprit de cette route perdure dans les oasis et les caravansérails, dans les villes qui s'étalent de la vieille Europe à l'Asie profonde. Cet esprit d'hospitalité, de concorde, d'échange entre les hommes, et donc d'ouverture à l'Autre, se retrouve dans les paysages, dans les patrimoines, dans les trésors qui se cachent le long de la route de négoce et d'invention, d'Istanbul à Xian, de Konya à Samarcande, de Bakou à Bamyan où les bouddhas détruits semblent encore respirer de leur sagesse. Autant de messages de tolérance, autant d'oasis de la pensée. Dans ces temps troubles de civilisations en rupture, la route de la Soie - l'anti-route des croisades -plaide au contraire pour un rapprochement. Une route qui nous renvoie aussi à nos origines et à la nostalgie du nomadisme. Ce livre, qui mélange l'histoire et le temps présent, est une plongée dans le mythe en même temps qu'une invitation au voyage.





  • La revue de presse - Le Monde du 13 décembre 2007

Il porte une longue barbe grise, ses yeux paraissent encore plus noirs tant son visage est cuivré par le vent et le soleil. Cet Afghan pose devant la représentation d'un arbre de vie. La photo est signée Reza. Avec le journaliste Olivier Weber, le photographe iranien est reparti sur la route de la soie, ou plutôt, comme s'intitule l'ouvrage qu'ils publient, Sur les routes de la soie, car il y a eu tant de chemins entre l'Occident et l'Orient, comme les racines de l'arbre de vie...
Dans Sur les routes de la soie, les deux auteurs se sont partagé la tâche. A Reza de souligner ce qui fait la particularité d'un peuple. A Olivier Weber de tisser le lien entre les histoires des premières caravanes et celles d'aujourd'hui. A Bakou, par exemple, "la mafia est omniprésente, jusqu'aux cercles les plus intimes du pouvoir". L'argent a l'odeur du pétrole et l'Azerbaïdjan se veut un nouveau Koweït. A ces commerces effrénés, Reza préfère le visage magnifique d'une jeune fille en habit de fête. Elle habite Ashghabat, soit "la cité de l'amour".



  • Les premières lignes

Où commence la route de la Soie ? Je me souviens de l'étonnement d'un ami afghan quand il apprit le sens de ce voyage. Il était plus que circonspect. Pour lui, la route de la Soie n'existait plus, perdue dans les sables, dans les guerres, étiolée par les frontières dont seuls les trafiquants se jouaient. Oui, où commence-t-elle, cette route de la Soie ? Et existe-t-elle encore, ailleurs que dans les esprits et les cimetières... ?
L'ami n'avait pas tort. Pourquoi chercher à tout prix les prémices et les caravansérails d'une voie improbable ? Pourquoi remuer l'His­toire quand l'événement contemporain se révèle si sanglant ? La route de la Soie pénétrait en Afghanistan, se ramifiait dans les oasis d'Asie centrale, courait comme un torrent vers les villes merveilleuses de Chine et de l'Asie extrême. Oui, qu'en reste-t-il aujourd'hui, hormis de la poussière, des ruines, des fortins inhabités ?
Un rêve me hantait : remonter la piste de Marco Polo. Voir à quoi ressemble encore ces chemins où pendant des siècles l'Orient et l'Occident ont échangé des biens mais aussi des idées, où pendant des lustres les caravaniers ont colporté les bonnes paroles de l'Autre. Un autre désir, tout aussi fort, me forçait à prendre la route : suivre les traces de Rûmî, le grand poète mystique du XIIIe siècle, qui a inspiré tant d'écrivains, et Goethe surtout lorsqu'il rédigea Le Divan occidental-oriental dans un état de fièvre profonde.
Marco Polo et Jalâl al-Dîn Rûmî auraient pu se rencontrer sur cette route de la Soie, au hasard de leurs pérégrinations, sur la côte d'Asie Mineure, en Anatolie ou au fin fond des déserts. Né à Balkh, ou Bactres, dans l'actuel Afghanistan, au sein d'une famille sourie, d'un père qui fut maître de cette confrérie de la tolérance, Jalâl al-Dîn Rûmî grandit en Bactriane, fit ses humanités en Perse et mourut en Turquie, à Konya, dans un couvent qui célèbre encore son nom chaque jour. Toute sa vie, il s'est approché du berceau de Marco Polo, de Venise, de la porte de l'Occident, au moins par la pensée. À la mort du poète, entourés d'une troupe de vingt chanteurs excellents, des rabbins et des prêtres chrétiens vinrent célébrer ce héraut de l'oecuménisme.
Marco Polo, lui, remonte sans le savoir la sente de l'esprit libre. Il croise les fidèles de Rûmî, dort dans des caravansérails pouilleux avec des sages qui colportent la verve de Jalâl al-Dîn l'enflammé. Dans les maisons fortifiées qui servent de refuge aux caravaniers, des fous dansent, une main vers les cieux et l'autre vers la terre des hommes. Ils ahanent des phrases comme des poètes agités. Marchand de sable des esprits aiguisés et des âmes écorchées, Rûmî leur a légué sa recette, son sens de l'Autre, qu'ils vont semer tels de bons djinns passionnés sur ces routes du négoce. «Si tu le veux, mène-moi à l'ivresse, si tu le veux, mène-moi à l'anéantissement.» Rûmî et Marco Polo auraient pu se parler, échanger non pas de la soie, de l'or et des babioles en verre mais leurs savoirs. Car la connaissance, l'écriture et l'aventure composent les secrets des oeuvres des deux voyageurs, le Livre des Merveilles ou Le Devisement du monde, du Vénitien et le Livre du dedans de l'Oriental. L'un est marchand, l'autre est poète. L'un vend des tissus et étoffes, l'autre prêche la tolérance, l'amour de l'Autre par l'amour de soi. Ce double négoce, des biens et du savoir, illustre toute la richesse de la route de la Soie. Il symbolise la rencontre des peuples, représentés par des monuments plus ou moins en ruine, restaurés au fil des siècles ou détruits par l'iconoclasme le plus fou, de Sainte-Sophie d'Istanbul aux bouddhas de Bamyan.


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