Auteur : Mauro M. Morfino
Traducteur : Eliane Gerber | Claude Lagarde
Date de saisie : 21/10/2007
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Lethielleux, Paris, France
Collection : Lectures bibliques
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-283-61233-0
GENCOD : 9782283612330
Sorti le : 04/10/2007
Plus de vingt-cinq ans après le concile Vatican II, la Parole de Dieu a retrouvé une place centrale dans la vie de l'Eglise. Dans ce réjouissant contexte, l'ouvrage de Mauro M. Morfino est tout entier animé par la conviction qu'il faut «vivre la Parole pour mieux la comprendre». Seule une vie enracinée dans la mise en pratique du contenu des textes bibliques conduit à une interprétation fructueuse de l'Ecriture. L'auteur confronte cette certitude aux deux grandes traditions exégétiques que sont les écrits des Sages d'Israël et des Pères de l'Eglise. Il fait ainsi entrer le lecteur moderne, souvent très ignorant en la matière, dans un véritable compagnonnage avec ces deux familles d'interprétation. De l'une comme de l'autre ressort la même injonction à se laisser façonner par la Parole, à «habiter l'Écriture» selon le mot de Péguy.
Mauro Maria Morfino est prêtre salésien. Après des études universitaires de philosophie et de théologie, il a poursuivi sa formation à Jérusalem en se spécialisant dans les sciences bibliques au Studium Biblicum Franciscanum. Il est actuellement professeur titulaire d'«exégèse du texte hébreu de la Bible» à la Faculté pontificale de théologie de Sardaigne à Cagliari, et rédacteur en chef de la revue scientifique Theologica & Historica.
Traduit de l'italien par Eliane Gerber
Traduction adaptée et annotée par Claude Lagarde
Extrait de l'introduction :
On attribue à saint François d'Assise le dicton suivant : «Un homme est aussi savant que ses actions», il sait ce qu'il fait.
Le contexte est extrêmement significatif : le saint est en train de parler de la Sainte Écriture. Ce qui revient à dire : le véritable exégète est celui qui explique la Parole précisément en l'accomplissant. Une herméneutique, donc, qui s'exprime pendant et après que la Parole de Dieu a véritablement «labouré» tous les domaines de la vie.
Si éloquent soit-il, saint François n'est pas le seul à aller dans ce sens. En fait, il existe une tradition millénaire avant et après lui, qui se révèle constante dans l'approche des Écritures : la priorité du vécu sur la simple spéculation.
G. von Rad a fait remarquer que l'Israël de l'Ancien Testament n'a jamais cessé d'être «contraint» à réinterpréter son passé et ses Écritures, illuminé qu'il était par les incessantes interventions divines dans son histoire.
On relit pour approfondir, on retourne au texte pour l'actualiser, on étudie la Parole pour mettre en accord avec elle son être le plus profond et son comportement tout entier. Cette attitude n'est pas une donnée ultérieure acquise par les lecteurs de la Parole, mais un fait qui est né avec le texte biblique et qui a toujours cohabité avec lui : le problème de l'interprétation de la Bible a des racines lointaines qui s'entrecroisent avec la genèse même de la Sainte Écriture.
L. Alonso Schökel disait que «ce serait grave si la [...] tâche des exégètes [...] se réduisait à conserver [...] la Parole de Dieu dans un état inoffensif».
En effet, un certain type d'approche exégétique, en considérant la Parole comme un simple objet d'investigation, n'a pas fait autre chose que de conserver le caractère inoffensif d'une réalité aussi explosive que la Lettre de Dieu à l'homme.
En menant l'approche herméneutique uniquement de manière «objective», «désintéressée», «scientifique», on risque de la faire entrer dans la sphère de la description neutre, alors qu'il est plus que jamais nécessaire pour la Parole de recouvrer sa constante dangerosité, ses défis et ses séductions.
Cela dit, nous sommes loin de nier la nécessité d'une analyse sérieuse et exacte - à tous les niveaux - des textes inspirés, mais «nous devons entrer dans l'univers biblique [...] nous pouvons établir un dialogue avec le texte».
C'est là l'essentiel : la Parole n'est pas un spectacle, mais une scène sur laquelle il s'agit de jouer sa propre vie. Elle n'est pas un monologue, mais un dialogue qui devient de plus en plus clair et exigeant, toujours plus impliquant, et assurément toujours plus indispensable.
Un des problèmes de fond semble être la répartition inégale des forces dans la science biblique : il manque probablement qu'un juste rapport soit établi entre exégèse de type philologico-historico-critique et exégèse existentielle-actualisante.
Il faut évidemment juger positivement l'actuelle sensibilité biblique, le besoin croissant de «refaire les forces de son coeur» en se rapprochant de la Parole qui sauve, le désir d'adopter une authentique vie biblique. Et pourtant, force est de constater, avec une certaine affliction, que cela semble être de moins en moins le cas dans certains milieux de la recherche, où l'on ne réussit pas à accomplir le saut de qualité entre les résultats acquis par la critique et l'adhésion personnelle aux exigences qui en découlent, et qui sont mises en lumière par le processus critique lui-même. Le saut qualitatif est important, et l'on pourrait même parler à son sujet d'un saut ontologique, étant donné que la Parole a en elle-même la capacité de recréer l'être le plus profond de l'homme.
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