Auteur : Thierry Amalou
Préface : Nicole Lemaître
Date de saisie : 21/10/2007
Genre : Histoire
Editeur : Ed. du CTHS, Paris, France
Collection : CTHS-Histoire, n° 8
Prix : 32.00 € / 209.91 F
ISBN : 978-2-7355-0640-8
GENCOD : 9782735506408
Sorti le : 18/10/2007
Le Lys et la Mitre
Loyalisme monarchique et pouvoir épiscopal pendant les guerres de Religion (1580-1610)
Pourquoi la ville de Senlis demeura-t-elle fidèle aux souverains légitimes alors que la capitale et les cités voisines adhéraient massivement à la Ligue ? Au-delà de l'attachement des élites locales à un Etat monarchique garant du «bien public», une puissante transformation de la mémoire et de l'identité urbaine se mit en oeuvre. C'est au nom d'une double singularité, celle d'une ville catholique et royale, que les notables de la ville exprimèrent alors le sentiment de l'élection de leur ville qui semblait aller de pair avec l'élection divine d'Henri IV Toute la société se retrouva dans des célébrations civiques où le patriotisme urbain fusionnait avec le culte monarchique. Ces rites s'imposèrent d'autant plus facilement qu'ils manipulaient les dévotions locales qui, tout au long du XVIe siècle, furent restaurées par les évêques dans le but de maintenir le consensus urbain et d'asseoir leur magistère. Thierry Amalou met ainsi en évidence le tour de force des serviteurs de la monarchie qui détournèrent à leur profit le fruit des efforts entrepris par l'Église pour réparer la déchirure religieuse. Le service du roi ne fit pas qu'assurer la promotion et la reconnaissance sociale d'une oligarchie dominée par les officiers royaux. L'émergence d'un loyalisme d'affection à l'égard de la personne royale, dont ce livre éclaire les dimensions sociales, politiques et religieuses, permit de préserver l'unité citadine tout en forgeant l'obéissance sociale nécessaire à un absolutisme naissant.
Thierry Amalou est maître de conférences à l'université de Paris I-Panthéon-Sorbonne.
Commander ce livre sur Fnac.com
Extrait de l'introduction :
«Cette ville de Senlis s'est tousjours montrée fort affectionnée à ses roys et fut presque l'unique qui ne voulut tenir le party de la Ligue.»
Jean-Baptiste de Rocolles, Description de l'Île-de-France, vers 1660
Pourquoi la ville de Senlis demeura-t-elle fidèle à son roi alors que les cités voisines d'Ile-de-France et de Picardie adhéraient massivement à la Ligue ? Le destin politique d'une communauté d'habitants pouvait-il se réduire à la contingence militaire, celle qui avait vu le 17 mai 1589 la défaite devant les remparts de la ville de l'armée de la Sainte-Union face aux Royaux ? Comment expliquer qu'un évêque charismatique comme Guillaume Rose, membre du Conseil des Quarante de la Ligue parisienne, ait eu si peu de partisans au sein des notables et de l'élite dirigeante ? Tel fut le point de départ de notre enquête. Certes, les monographies urbaines consacrées au temps des guerres de Religion ne manquaient pas mais insistaient davantage - pour ne retenir que les plus récentes d'un genre - sur les raisons qui poussèrent des villes comme Rouen, Marseille, Troyes, Amiens, Poitiers ou encore Grenoble vers la désobéissance civile. Or, c'est précisément le chemin inverse que nous nous proposions d'étudier, car la ville semblait avoir échappé aux passions religieuses. En effet, hors un épisode de violence confessionnelle pendant la première guerre civile, la ville s'était depuis conformée à la politique royale de pacification religieuse pour connaître, jusqu'en 1585, une forme de concorde urbaine. Une ville sans Saint-Barthélémy donc. Sans qu'il soit absolument nécessaire d'en faire un paradoxe, ces paradoxes à partir desquels les historiens aiment construire leurs questionnements, Senlis n'en était pas moins singulière au regard du destin contraire de Paris et de celui de sa proche voisine Meaux. Comment une ville moyenne, située à seulement dix lieues de la capitale, avait-elle pu se tenir à l'écart des violences, des peurs et des choix politiques et religieux des Parisiens ?
Au coeur du royaume, à l'ombre de Paris : une identité incertaine ?
Si Senlis fut retranchée en 1435 (traité d'Arras) de la Picardie pour rejoindre le gouvernement de l'Ile-de-France (au même titre que Beauvais ou Laon), la ville semble avoir oublié rapidement son origine picarde si tant est que celle-ci ait jamais été affirmée : la Guide des routes de France situe à tort Senlis dans le Valois, arguant du ressort de son vaste bailliage ; François de Belleforest, plus prudent, note l'enchevêtrement des juridictions ecclésiastiques et civiles et accorde sans conviction Senlis à la Picardie. Mais au même moment, c'est dans les pages qu'il consacrait à l'Ile-de-France que le cosmographe André Thevet choisissait de dépeindre Senlis. Ces incertitudes ne sont pas surprenantes, dans une Ile-de-France dont l'identité régionale est mal définie sinon par le tropisme parisien. Un exemple voisin, celui de la ville de Pontoise, du ressort du bailliage de Senlis, nous aidera à en prendre la mesure.
En 1573, un an après la Saint-Barthélemy, l'imprimeur lyonnais Benoist Rigaud fit paraître un occasionnel, le Dialogue fort plaisant et récréatif de deux marchands, l'un est de Paris et l'autre de Ponthoyse dans lequel deux marchands s'interrogent de façon polémique sur l'identité géographique de Pontoise :
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli