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La France en 1968

Couverture du livre La France en 1968

Auteur : Serge July | Jean-Louis Marzorati

Date de saisie : 20/10/2007

Genre : Histoire

Editeur : Hoëbeke, Paris, France

Prix : 19.90 € / 130.54 F

ISBN : 978-2-84230-298-6

GENCOD : 9782842302986

Sorti le : 18/10/2007


  • La présentation de l'éditeur

Au premier jour de 1968, la France est à l'apogée des «Trente Glorieuses».
Sa croissance spectaculaire et continue depuis 1959 la place parmi les grands pays industrialisés du monde. Pourtant, la société étouffe, la révolte gronde.
1968 est une année charnière : les femmes veulent être émancipées et se revendiquent du féminisme, les jeunes aspirent à des choix de vie différents de ceux de leurs aînés. De nombreux artistes et intellectuels s'arrêtent de produire, s'engageant dans la vie politique et l'acte militant. Les événements des mois de mai et juin résultent d'un mouvement international parti des États-Unis et de Grande-Bretagne, amplifié par la guerre du Vietnam.
La France a alors vécu une vague de contestation comme nulle autre : 9 millions de personnes, tous âges, milieux sociaux et professions confondus, se sont mises en grève. Pourtant, aux élections législatives de juin 1968, le gaullisme enregistre ses meilleurs résultats... 140 photos provenant de l'Agence France-Presse nous font revivre cette aventure exceptionnelle.


En 1968, Serge July était enseignant. Mêlé au mouvement du 22 Mars, il prend une part active aux événements de mai-juin. Aux côtés d'intellectuels et d'écrivains, avec Jean-Paul Sartre et quelques camarades de barricades, il crée le journal Libération, qu'il dirigera pendant trente-trois ans.

Jean-Louis Marzorati était un jeune journaliste en 1968. De retour d'un long périple en Afrique, il embrasse cet immense élan populaire qui marquera à jamais sa vie. Correspondant à l'étranger, grand reporter, spécialiste du Proche-Orient et de l'Asie, il a travaillé pour Le Quotidien de Paris, France-Soir et VSD.



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  • Les premières lignes

LA DERNIÈRE FOIS,
C'ÉTAIT IL Y A QUARANTE ANS

Comme à son habitude, Nicolas Sarkozy a voulu prendre tout le monde de vitesse et préfacer le 40e anniversaire de Mai 68 pendant sa campagne présidentielle, en en faisant la cause de tous les maux de la société française : dénigrement de l'identité nationale, haine de la famille, de la société, de l'État, de la nation, de la République. Même «la pensée unique» serait une invention de Mai 68. Une charge caricaturale qui ne trompe pas son auteur, mais qui était destinée à rassurer tous les plus de 60 ans, dont beaucoup auront eu la peur de leur vie au cours de ce printemps plus effervescent qu'à l'accoutumée. Objectif atteint : cette tranche d'âge a pris une part active dans la victoire de l'ancien ministre de l'Intérieur. Mais au fait, ils avaient quel âge en mai 1968 ces plus de 60 ans d'aujourd'hui ? Entre 20 et 30 ans, comme ces millions d'autres qui, pendant quelques semaines, prenaient les rues pour des chemins de la liberté. Moi, j'avais déjà 25 ans. Et je me sentais très vieux. J'ai mis assez longtemps à devenir jeune. Le brûlot électoraliste de Nicolas Sarkozy aura eu pour effet d'actualiser malgré lui cet événement générationnel au moment, ce qui est le plus étrange, où ces plus de 60 ans sont en partance pour la retraite, où ils quittent leurs fonctions, où ils perdent en principe de leur importance et de leur influence. Mais la prégnance des faits sur les esprits semble défier les calendriers. Quarante ans, c'est ce qui sépare 1899 de 1939. De la grâce du capitaine Dreyfus par le président de la République Waldeck-Rousseau, alors qu'il vient d'être à nouveau condamné à dix ans de détention, à la déclaration de guerre en septembre 1939, après l'invasion de la Pologne par Hitler. Certes, la IIIe République, qui couvre toute cette période, a été accusée, elle aussi, d'avoir engendré la défaite de 1940, mais quoi de commun entre la fin du XIXe siècle, la première grande boucherie mondiale, l'invention de la modernité dans l'après-guerre et l'impuissance face aux fascismes. Même chose entre 1939 et 1979. Cette fois, le temps s'accélère encore. Une guerre mondiale victorieuse des fascismes mais la destruction des juifs d'Europe, la résistance mais tout de suite les guerres coloniales, deux républiques, la IVe et la Ve, mai 1958 et Mai 68, de Gaulle deux fois, deux chocs pétroliers, les Trente Glorieuses et l'entrée sur des pattes de colombe dans un nouveau monde. Ces télescopages d'époques donnent le vertige, les césures et les changements de paradigmes sont innombrables, et l'on chercherait en vain dans les événements considérables de l'année 1939 les raisons de la guerre froide, des deux chocs pétroliers et du ratage par la France du démarrage de la nouvelle révolution économique à partir des années 1970.
De 1968 à 2008, la cavalcade est encore plus insensée, avec la révolution numérique, sa vitesse d'innovations et d'applications à l'échelle planétaire, sans compter la fin du communisme et le début des guerres de religions, la mondialisation et l'émergence économique de nouveaux géants qui, en quelques années, sont sortis du sous-développement. La comparaison de ces tranches d'histoire permet de dégager certaines des aspérités de Mai 68 dans la mémoire des hommes.
La génération de 1968 va commencer à quitter la scène active, c'est la première qui, durant son âge d'homme, n'aura pas connu directement la guerre. La génération précédente avait été en Algérie faire une guerre honteuse et sans nom contre un peuple en quête d'indépendance. La génération de 1968 est également la première qui va vivre longtemps après avoir quitté la vie active et qui revendique d'avoir toujours 20 ans...
(...)

Serge July


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