Auteur : Christophe Bouillet
Date de saisie : 20/10/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Librio, Paris, France
Collection : Librio. Document. Document, n° 829
Prix : 2.00 € / 13.12 F
ISBN : 978-2-290-00257-5
GENCOD : 9782290002575
Sorti le : 02/10/2007
Document
Librio Document est une série d'ouvrages synthétiques qui permettent d'appréhender l'histoire du XXe siècle et du monde contemporain à travers ses enjeux sociaux, politiques, économiques et culturels. Des textes essentiels à mettre entre toutes les mains !
«Je demande la sympathie du monde dans cette bataille du droit contre la force.»
Déclaration du 5 avril 1930
Qui est Gandhi ? Le penseur, l'avocat, le journaliste, l'activiste, l'homme politique, l'écrivain, le directeur d'ashram, ou bien le tisserand, comme il aimait à se définir lui-même ?
Cette biographie est le récit de la révélation d'un être à lui-même. Celui d'un homme qui a passé sa vie à rechercher la proximité du peuple indien et à lutter contre le système social des castes. D'une timidité maladive, il est pourtant devenu un personnage public légendaire et a su rallier à sa cause l'opinion internationale.
Illustré de photographies, cet ouvrage revient sur le combat d'un citoyen pour la justice et le respect de la non-violence.
Christophe Bouillet, historien spécialisé sur la culture de la paix et la résolution des conflits, est membre de la cellule scientifique du Mémorial de Caen. Il était intervenant au colloque organisé à l'UNESCO à l'occasion de la remise du prix de l'éducation pour la Paix 2003 au Père Emile Shoufani.
Préambule :
Gandhi est le personnage de tous les paradoxes : il attire des foules impressionnantes et a horreur d'être adulé ; il parle d'une voix à peine audible et pourtant son message retentit aux quatre coins de l'Inde ; il peut paraître traditionaliste mais son message est d'une grande modernité.
Tour à tour homme d'action, penseur, avocat, journaliste, activiste, religieux, homme politique, écrivain, directeur d'ashram, ou simplement «paysan et tisserand» comme il aimait à se définir, Gandhi semble parfois insaisissable. Écrire sa vie, dans ces conditions, relève du défi. Chaque biographie lue révèle un nouveau Gandhi.
Et si ce personnage multiple avait été surtout un citoyen exemplaire ? Un citoyen animé d'une vision de la politique très moderne (ou très ancienne, au choix) : faire ce que l'on dit et dire ce que l'on fait ; respecter les droits de ses adversaires ; être d'une honnêteté sans faille, refusant de profiter d'un avantage pour avoir gain de cause ; critiquer les idées et les actes sans jamais déconsidérer la personne. Avant tout, un citoyen qui cherche en lui-même des éclaircissements sur les situations ou des solutions aux problèmes, au lieu d'attendre les réponses de l'extérieur ou d'accuser les autres.
Cette intégrité dont Gandhi ne s'est jamais départi lui a permis de devenir, après une longue période de formation en Afrique du Sud, le Père de la Nation indienne, de rendre ce sous-continent, si morcelé et si varié, conscient de son unité, de lui donner la force de se révolter contre la passivité et la soumission.
L'Inde, à la naissance de Gandhi, est morcelée en une multitude d'États et de petits royaumes. Les Anglais y sont arrivés au milieu du XVIIe siècle et n'ont eu de cesse qu'ils n'étendent leur domination. Ils méprisent les masses indigènes, qu'ils jugent passives et incultes, mais entretiennent des relations privilégiées avec les princes et l'élite libérale indienne. Souvent formée en Angleterre, celle-ci constitue en 1885 le Parti du Congrès avec l'appui de Londres, qui par ce biais pense mieux contrôler les aspirations des Indiens à l'autonomie.
Gandhi fait partie de cette élite, et peut donc bénéficier d'études en Angleterre même si, a priori, sa caste lui interdit de voyager à l'étranger. Mais son expérience en Afrique du Sud lui enseigne très tôt l'importance d'être à l'écoute du peuple. Aider les petites gens, les comprendre, mieux connaître leurs conditions de vie et leurs souffrances, les injustices auxquelles ils doivent faire face, tout cela va s'imposer à Gandhi comme une nécessité éthique, une condition sine qua non pour défendre efficacement les droits des Indiens en Afrique ou en Asie. Car jamais la vérité n'apparaît mieux que lorsque l'on côtoie les pires injustices, les pires souffrances. Cette vérité, Gandhi ne va pas la trouver dans les salons de ses riches amis commerçants, mais dans les bidonvilles d'Afrique du Sud. Il en retire sa théorie et sa pratique du combat non violent pour la vérité.
Cette recherche de la vérité par la non-violence nécessite une grande discipline, beaucoup de courage, la volonté de donner sa vie, quoi qu'il arrive. Gandhi va trouver cette discipline dans la rigueur de son régime alimentaire, strictement végétarien, dans son voeu de maîtrise totale de ses pulsions sexuelles, le brahmacharya, et dans son voeu de simplicité absolue et de non-possession, l'aparigraha. Plus tard, il filera le coton au rouet et en fera un exercice de méditation majeur, qui déroutera nombre de ses amis.
On voit bien par ces exemples que Gandhi n'a rien d'un idéaliste : il est au contraire extrêmement concret, on pourrait même dire passionné par le quotidien. De l'hygiène des latrines aux considérations éthiques les plus hautes appliquées à la vie de tous les jours, tout passe dans la moulinette gandhienne, pour aboutir à des décisions qui souvent prennent ses proches de court.
La non-violence gandhienne, conçue comme un entraînement, demande du temps pour une parfaite maîtrise. Or souvent la lutte contre l'injustice n'attend pas : il faut réagir, vite, ne pas se soumettre ni coopérer avec l'ordre qui la produit. Gandhi a voué toute sa vie à résoudre cette contradiction, par l'enseignement pratique au moyen d'ateliers ou d'articles de journaux (il a fondé ses propres journaux et a mené son activité de journaliste dans ce but), ou par ses discours. Mais au fond, il sait que malgré ses efforts il ne réussira pas à aller jusqu'au bout de cette logique, qu'une existence n'y suffira pas. À la fin de sa vie, il fait ce constat difficile que l'Inde ne connaît que la non-violence des faibles, qu'elle a davantage suivi son Mahatma qu'elle n'a été capable de comprendre en profondeur cette philosophie et d'en faire surgir toute la force.
Qu'on ne s'y trompe pas : la non-violence n'est pas le fait des faibles ni des couards. Elle n'est pas non plus une valeur absolue : Gandhi a pu parfois justifier le recours à la violence, toujours préférable à la lâcheté ou à la passivité devant la souffrance. La non-violence est exigence de clarté intérieure, exigence de vérité, et d'abord combat contre soi-même. La vie de Gandhi est son meilleur message.
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