Auteur : Philippe Valode
Date de saisie : 26/10/2007
Genre : Histoire
Editeur : Archipel, Paris, France
Prix : 32.00 € / 209.91 F
ISBN : 978-2-84187-979-3
GENCOD : 9782841879793
Sorti le : 24/10/2007
LES MAÎTRES DE LA CITÉ INTERDITE
Née voici sept mille ans, la civilisation chinoise a dû pour s'épanouir dompter deux fleuves démesurés et raccorder par un canal les pièces nord et sud d'un immense territoire. L'eût-elle conservé intact sans tenir son peuple dans une poigne d'airain qui, aujourd'hui encore, caractérise son organisation politique ?
Peu de cultures peuvent s'enorgueillir d'avoir donné des guides spirituels tels que Lao Tseu ou Confucius, dont la pensée rayonne sur le monde depuis plus de vingt-cinq siècles. Sans oublier le bouddhisme, qui connut au Ier siècle, un étonnant printemps.
Pour certains, la Chine impériale semble se résumer à la Grande Muraille et à l'armée ensevelie de son plus grand et cruel souverain, Shi Huangdi, prince de Qin, qui vécut au IIIe siècle avant notre ère. Au premier rang des grandes civilisations, la Chine se divisera encore souvent, mais elle saura toujours retrouver son unité, sous l'impulsion des Tang, des Song ou de l'empereur Taizong, artisan de son développement.
Après la longue et bénéfique parenthèse mongole, aux XIIIe et XIVe siècles, la restauration des Ming consacre la suprématie orientale de «l'Empire du Milieu», que la dynastie des Qing conduira jusqu'à son agonie, au début du XXe siècle. Il n'est pas dit que l'éphémère république de Sun Yat-Sen, suivie de l'occupation japonaise et du règne ubuesque de Mao aient érigé la Chine en modèle des nations ; mais ces différents régimes ont jeté les bases d'un empire économique non moins brillant que l'ancien.
Sous la direction de Deng Xiaoping, puis de ses successeurs jusqu'à Hu Jintao, la Chine communiste s'est ouverte à l'Occident et à l'économie de marché, mais sans renoncer à ses traditions millénaires. Et c'est pourquoi la Cité interdite, séjour des maîtres de la Chine, continue d'incarner aux yeux du monde la permanence d'un pouvoir immémorial.
Extrait de l'introduction :
La Chine a plus de sept mille ans, si on la fait naître à la période néolithique - cinq mille, si l'on parle de civilisation, à partir de la première dynastie antérieure aux Shang, au IIIe millénaire av. J.-C. La plus ancienne trace de civilisation trouvée en Chine date de l'an 2200 av. J.-C. Au cours du IIIe millénaire, elle franchit donc une étape décisive : à l'époque où les principautés égyptiennes commencent à s'unir autour de rois mythiques comme Narmer pour dompter les caprices du Nil, et tandis que sont érigées les ziggurats en Mésopotamie, les progrès de la métallurgie projettent la Chine du fleuve Jaune dans l'âge des découvertes technologiques.
Avec une superficie de plus de neuf millions de kilomètres carrés, soit dix-sept fois la France, le territoire chinois, véritable continent à lui seul, est fort singulier. Riche de ses fleuves Jaune (Huanghe) et Bleu (Yangzijiang), s'étalant vers le sud en une façade maritime incomparable, continuant vers le nord jusqu'à la Corée et au fleuve Amour, et néanmoins à la recherche d'une expansion à l'ouest par un étroit passage situé entre le désert de Gobi et l'Himalaya, la Chine n'aura cessé de revendiquer la totalité d'un territoire délimité par des frontières naturelles.
S'affirmant d'abord autour d'un axe est-ouest avec pour capitales Luoyang et Chang'An, le long du fleuve Jaune, avant de trancher définitivement en faveur d'un développement nord-sud entre Pékin et Nankin sous la dynastie Ming, vers l'an 1400, la Chine sera ainsi parvenue à occuper tout son espace. Pendant fort longtemps, elle domine le Tibet et le Xinjiang, jugeant aujourd'hui incontestables ses droits historiques sur ces territoires. Elle revendique également la réunification avec l'île de Taiwan, qui a pris son indépendance mais est officiellement considérée comme une province chinoise.
Un gouvernement d'ordre divin
L'étendue gigantesque du territoire pourrait laisser envisager l'existence d'une administration lourde et omniprésente, qui chercherait à maintenir dans un carcan de fer les nombreuses provinces, de tout temps marquées par des tendances autonomistes. Pourtant, il n'en est rien. Les hauts fonctionnaires chinois s'appuient certes sur des relais locaux, rémunérés de leur poche qui plus est - d'où les prévarications et le sentiment pour l'administré d'une surabondance de fonctionnaires et assimilés; mais, en réalité, la fonction publique des lettrés mandarins apparaît bien squelettique en regard de cet immense ensemble fortement peuplé. Un chiffre permet d'éclairer cet aspect des choses : dans la Chine des Qing, au XIXe siècle, il existe un fonctionnaire pour 700 habitants. Et, dans celle de Hu Jintao, un pour 40, contre un pour 10 dans la France de 2007.
Fils du Ciel régnant sur l'empire du Milieu, l'empereur est un principe absolu qui ne peut être approché, un modèle inimitable, intangible, vecteur de l'unification de la nation. L'évidence que seul un pouvoir fort peut prétendre diriger un tel pays est à l'origine de la création du pouvoir impérial, pouvoir parfaitement autocrate et quasi divin. L'empereur chinois est donc garant de l'ordre et de l'harmonie. Ainsi, que le fleuve Jaune rompe ses digues (ou que survienne un tremblement de terre), les signes de colère du Ciel ne s'expliquent que par la médiocrité du gouvernement. Ce pouvoir absolu n'est donc pas exempt de grandes fragilités...
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