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Détruire dit-elle

Couverture du livre Détruire dit-elle

Auteur : Marguerite Duras

Date de saisie : 18/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Minuit, Paris, France

Collection : Double, n° 46

Prix : 5.50 € / 36.08 F

ISBN : 978-2-7073-2011-7

GENCOD : 9782707320117

Sorti le : 04/10/2007


  • La présentation de l'éditeur

Dans cet hôtel à l'orée de la forêt, trois clients qui ne se connaissent pas, silencieux, solitaires : Elisabeth Alione, Max Thor qui la regarde, et Stein qui regarde Max Thor. Plus tard viendront Alissa Thor, puis Bernard Alione... Fulgurant comme l'amour, silencieux comme la mort, grave comme la folie, âpre comme la révolution, magique comme un jeu sacré, mystérieux comme l'humour, Détruire dit-elle ne ressemble à rien.

Marguerite Duras (1914 - 1996) a publié Détruire dit-elle en avril 1969. Ce sera, la même année, le premier film qu'elle réalisera entièrement. Anne Villelaur dans Les Lettres françaises écrivait que «Détruire dit-elle est le plus étrange des livres de Marguerite Duras. Il ressemble à une cérémonie dont nous ignorerions le rituel et suivrions néanmoins, fascinés, le déroulement». Et Maurice Blanchot dans L'Amitié : «Détruire. Comme cela retentit : doucement, tendrement, absolument. Un mot - infinitif marqué par l'infini - sans sujet ; une oeuvre - la destruction - qui s'accomplit par le mot même : rien que notre connaissance puisse ressaisir, surtout si elle en attend les possibilités d'action. C'est comme une clarté au coeur ; un secret soudain. Il nous est confié, afin que, se détruisant, il nous détruise pour un avenir à jamais séparé de tout présent».





  • Les premières lignes

Temps couvert.
Les baies sont fermées.
Du côté de la salle à manger où il se trouve, on ne peut pas voir le parc.
Elle, oui, elle voit, elle regarde. Sa table touche le rebord des baies.
A cause de la lumière gênante, elle plisse les yeux. Son regard va et vient. D'autres clients regardent aussi ces parties de tennis que lui ne voit pas.
Il n'a pas demandé de changer de table.
Elle ignore qu'on la regarde.
Il a plu ce matin vers cinq heures.
Aujourd'hui c'est dans un temps mou et lourd que frappent les balles. Elle porte une robe d'été.
Devant elle, il y a le livre. Commencé depuis son arrivée à lui ? ou encore avant ?
Près du livre il y a deux flacons de pilules blanches. Elle en prend à chaque repas. Quelquefois elle ouvre le livre. Puis elle le referme presque aussitôt. Elle regarde le tennis.
Sur d'autres tables d'autres flacons, d'autres livres.
Les cheveux sont noirs, gris-noir, lisses, ils ne sont pas beaux, secs. On ne sait pas la couleur des yeux qui, lorsqu'elle se retourne, restent encore crevés par la lu­mière, trop directe, près des baies. Autour des yeux, lorsqu'elle sourit, la chair est déjà délicatement laminée. Elle est très pâle.
Aucun des clients de l'hôtel ne joue au tennis. Ce sont des jeunes gens des environs. Personne ne se plaint.
- C'est agréable, cette jeunesse. Ils sont d'ailleurs discrets.
Aucun autre que lui ne l'a remarquée.
- On se fait à ce bruit.
Il y a six jours quand il est arrivé elle était déjà là, le livre devant elle et les pilules, enfermée dans une longue veste et un pantalon noir. Il faisait frais.
Il avait remarqué l'élégance, la forme, puis le mouvement, puis le sommeil chaque jour dans le parc, puis les mains.
Quelqu'un téléphone.
La première fois elle était dans le parc. Il n'a pas écouté le nom. La deuxième fois, il l'a mal entendu.
Quelqu'un téléphone donc après la sieste. Une consigne sans doute.

Soleil. Septième jour.
La voici encore, près du tennis, sur une chaise longue blanche. Il y a d'autres chaises longues blanches vides pour la plupart, vides, naufragées face à face, en cercle, seules.
C'est après la sieste qu'il la perd de vue.
Du balcon il la regarde. Elle dort. Elle est grande, ainsi morte, légèrement cassée à la charnière des reins. Elle est mince, maigre.
Le tennis est désert à cette heure-là. On n'a pas le droit d'en faire pendant la sieste. Il reprend vers quatre heures, jusqu'au cré­puscule.


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