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Verglas noir

Couverture du livre Verglas noir

Auteur : Hans Werner Kettenbach

Traducteur : Marie-Claude Auger

Date de saisie : 17/10/2007

Genre : Policiers

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-267-01940-7

GENCOD : 9782267019407

Sorti le : 11/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

HANS WERNER KETTENBACH
VERGLAS NOIR

«Les gens croyaient à un accident. Scholten, lui, n'y croyait pas.»
Lors de l'enterrement d'Erika Wallmann, séduisante héritière et bienfaitrice locale, Jupp Scholten, Allemand de 58 ans aux ordres d'un patron nouveau riche qui ne cesse de l'humilier et d'une femme tyrannique, se jure d'élucider le mystère de sa mort. Employé depuis des années dans l'entreprise de la défunte, Scholten la connaissait trop bien pour croire à la thèse de l'accident avancée par la police ou aux rumeurs qui parlent de suicide. De plus, certains éléments lui font penser que Kurt Wallmann a assassiné sa femme, accomplissant ainsi un crime presque parfait. Scholten décide de mener l'enquête et de tout mettre en oeuvre pour prouver la culpabilité de Wallmann. Sur le point de découvrir la vérité, il a soudain l'idée audacieuse de réitérer la mise en scène qui a entraîné la mort d'Erika pour se débarrasser à son tour de sa mégère d'épouse...





  • Les premières lignes

Les gens croyaient à un accident. Scholten, lui, n'y croyait pas.
Ce n'était pas non plus un suicide. Il en aurait mis sa main au feu. Évidemment, dans le cas d'une mort aussi étrange, on pouvait y penser. Et les mauvaises langues devaient déjà être en train de raconter à qui voulait l'entendre que la femme de Wallmann n'était pas morte accidentellement, mais qu'elle s'était donné la mort. Qu'ils viennent lui raconter ça à lui, pour voir, ils trouveront à qui parler !
Quelle idiotie ! Et d'abord, pourquoi Erika Wallmann se serait-elle suicidée ? Parce que ce type la trompait ? Mais ça faisait des années qu'il allait avec d'autres femmes. Il avait commencé tout de suite après leur mariage. Et comme Scholten, elle s'en était aperçue aussitôt. Alors pourquoi se serait-elle suicidée vingt-cinq ans plus tard ?
Une femme aussi belle.
On ne lui aurait jamais donné ses quarante-six ans. Cette manière qu'elle avait de marcher, d'un pas ferme et énergique, de tenir la tête haute, de la rejeter en arrière quand quelque chose ne lui plaisait pas, ça lui avait toujours rappelé l'époque où son père l'avait embauché au bureau. Elle avait quinze ans alors, mais on devinait déjà la femme épatante qu'elle serait plus tard.
Et maintenant, c'était fini, bien fini. Scholten regardait fixement le cercueil. Quand l'harmonium entama le Ave verum, les larmes lui montèrent aux yeux. Il mit sa main devant ses yeux et essaya de se l'imaginer, allongée dans son cercueil. Mais il ne tarda pas à y renoncer.
Elle devait être méconnaissable. La chute de l'escalier le long de la falaise. Ils avaient dit : fractures et blessures à la tête. À cause des rochers aux angles vifs de la falaise. Et puis les deux jours dans le lac. Après ça, à la médecine légale, ils l'avaient charcutée. Us avaient même dû l'ouvrir complètement. Ils sont obligés, avec les noyés.
La gorge de Scholten se noua. Il tira son mouchoir de sa poche, se moucha discrètement, s'essuya le coin des yeux, appuya le mouchoir sur sa bouche. Il sentait que Rothgerber, qui était assis à côté de lui, le regardait. Scholten essaya de penser à autre chose et se mit à lire les inscriptions sur les rubans des couronnes. À mon Erika bien-aimée. Un dernier adieu de ton Kurt. Le sale hypocrite. Il n'avait pas chipoté sur la couronne, bien entendu, ni sur le cercueil et la cérémonie. La chapelle mortuaire était remplie de fleurs et de bougies. Il s'était toujours montré généreux avec l'argent d'Erika. Et maintenant, tout était à lui, sans restriction. Le fumier. Scholten se déplaça légèrement de côté pour l'aperce­voir. Wallmann était assis tout seul au premier rang. Le pauvre homme, devaient penser les gens. Pas d'enfants, pas de famille, rien.
Oui. Rien que l'argent d'Erika. Et l'entreprise. C'était à devenir fou. Scholten regardait le cou massif et rougeaud, les cheveux blond foncé bien coiffés, les larges épaules dans le pardessus noir.
Rothgerber se pencha vers lui et lui tapa sur l'épaule.
- La couronne que vous avez choisie est très belle. Magnifique, chuchota-t-il. Scholten l'arrêta d'un geste.
Le salaud. Dans le bureau, quand ils s'étaient disputés à propos de la couronne, Rothgerber s'était mis du côté de Büttgenbach. Évidemment, le fondé de pouvoir avait toujours raison. Qu'est-ce que Biittgenbach avait proposé, déjà ? A Mme Erika Wallmann, notre pieux souvenir. C'était nul.
Mais Scholten avait réussi à s'imposer. La couronne était vraiment très belle. Nous n 'oublierons pas notre direc­trice. Les employés de l'entreprise de travaux publics Ferd. Köttgen. Ceux qui n'étaient pas idiots pourraient lire entre les lignes. Wallmann, en tout cas, comprendrait.
Lorsqu'on descendit le cercueil dans la tombe, Scholten était au troisième rang. L'équipe du club de bowling s'était glissée devant, les faux-culs. Avec leurs bonnes femmes sur leur trente et un, ils s'étaient mis juste derrière Wallmann, même Büttgenbach, ils ne l'avaient pas laissé passer. Scholten se hissa sur la pointe des pieds et tendit le cou. Mais un chapeau noir à large bord l'empêchait de voir.
Scholten baissa la tête. Il remuait les lèvres, sans pouvoir retenir ses larmes. Il parlait en silence, pour lui seul. «Madame Wallmann, ça n'en restera pas là. Je vous le promets. Erika, tu peux compter sur moi.»
Quand il tendit la main à Wallmann, celui-ci ne le regarda pas. Il gardait les yeux baissés, des yeux rouges et humides, son menton tremblait, bien qu'il le tînt appuyé contre sa poitrine. Un de ses amis du bowling était à ses côtés et le soutenait comme si Wallmann allait s'écrouler d'un moment à l'autre. Ce n'était pas croyable, cette comédie.


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