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Le chant des gitans : à la rencontre d'une culture dans le sud de la France

Couverture du livre Le chant des gitans : à la rencontre d'une culture dans le sud de la France

Auteur : Fernanda Eberstadt

Préface : John Updike

Traducteur : Laurent Bury

Date de saisie : 17/10/2007

Genre : Sociologie, Société

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Latitudes

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-226-17974-6

GENCOD : 9782226179746

Sorti le : 10/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

«Ce livre nous laisse l'impression que nous sommes tous des "gens du voyage".»
John Updike

«L'histoire que vous allez lire raconte la vie des Gitans dans le quartier Saint-Jacques à Perpignan, enclave plus ou moins établie dans le sud de la France depuis cinq siècles, mais qui refuse de se considérer comme française. La plupart des Français ignorent cette population, sauf quand elle provoque des émeutes ou quand elle fait de la bonne musique comme Manitas de Plata ou les Gipsy Kings. Mon récit est né par hasard. Romancière new-yorkaise, je suis tom­bée amoureuse de la rumba gitane telle que la pratiquent certains groupes. En rencontrant des musiciens et leur famille, en me liant d'amitié avec eux, je suis entrée dans une société dont les valeurs étaient en contraste radical avec celles de l'époque contemporaine.»
Fernanda Eberstadt a pu pénétrer l'intimité de ces Gitans dont elle dresse ici le portrait fascinant à travers leur histoire, leur culture, leurs traditions, et leur quotidien. Au fil d'un véritable voyage, elle nous fait visiter les lieux de cette communauté -quartiers qui obéissent à leurs propres règles, églises, bars, arrière-cours avec leurs combats de coqs clandestins -, et nous donne à entendre le chant poignant et douloureux d'hommes et de femmes portés par le seul rêve de liberté.

L'écrivain et journaliste américaine (collaboratrice régulière du New York Times), Fernanda Eberstadt est installée en France depuis 1998. Elle vit aujourd'hui dans la Drôme avec sa famille, après avoir passé six années à Perpignan où elle a découvert l'univers des Gitans.





  • Les premières lignes

Extrait de la préface de John Updike :

Attirée par les Gitans - six ans dans le sud de la France

Dans Le Chant des Gitans, Fernanda Eberstadt, New-Yorkaise ambitieuse et pleine de ressource, romancière au style exubérant, raconte avec un certain piquant comment elle a réussi à pénétrer l'enclave gitane de Perpignan. Située à l'extrémité orientale des Pyrénées, cette ville abrite cinq mille Gitans dans une agglomération qui compte quelque cent mille habitants. Avec son mari, Alastair Bruton, et leurs deux jeunes enfants, elle a quitté l'Amérique pour louer une maison proche de Perpignan parce que, nous dit-on de manière assez abrupte, monsieur Bruton «préparait un livre sur le déclin de la foi chrétienne en Europe et il cherchait un point de chute où poursuivre ses recherches». On ignore pourquoi il a cru bon de mener son enquête historique dans cette région française atypique, la province du Roussillon, cédée par l'Espagne en 1659 et encore considérée par beaucoup de ses habitants comme «la Catalogne du Nord». En revanche, on voit parfaitement ce que cette région avait à apporter à madame Eberstadt : elle nous explique qu'au cours de son existence cosmopolite, elle a toujours été «attirée par les Gitans» : depuis qu'elle a aperçu un trio de mendiants dans un café parisien alors qu'elle était enfant, elle «cherche les Gitans, ceux qui dirigent des cirques ambulants en Irlande, ceux qui dorment dans les remparts byzantins d'Istanbul, ceux qui campent sur la plage à Palerme, et même les membres de cette famille que je croisais nuit et jour devant le sous-sol qu'ils habitaient dans l'Upper West Side de New York». Chez Fernanda Eberstadt, les six années vécues dans le Roussillon ont laissé intacte sa fascination pour «la force de leur insoumission», mais, s'il réagit comme moi, le lecteur risque fort d'être définitivement guéri du désir de vivre comme un Gitan, si tant est qu'il l'ait jamais éprouvé.
Évidemment, c'est une vie difficile que mènent ces hommes sans énergie, sans emploi et généralement illettrés. C'est une vie pire encore que mènent ces femmes confinées dans leur foyer, souvent mariées dans leur adolescence à d'autres adolescents qui vont les harceler, les trahir, les tyranniser et sans doute les brutaliser. Quant à leurs enfants, ils restent devant la télévision et traînent dans les rues jusque si tard dans la nuit qu'ils sont la plupart du temps trop fatigués le lendemain matin pour aller à l'école. Les Gitans sont probablement le seul grand groupe ethnique en France qui décourage activement l'éducation et favorise l'école buissonnière. Par rapport à eux, les immigrés du monde musulman qu'on critique tant sont des modèles d'aspiration aux Lumières et à l'ordre bourgeois. L'un des chapitres les plus hallucinants du livre de Fernanda Eberstadt évoque un colloque sur la scolarisation organisé au collège Jean-Moulin, dont les élèves sont en majorité des Gitans. «L'ambiance est plutôt joyeuse. Les gens qui travaillent avec les Gitans ont tendance à rire beaucoup. C'est un rire d'exaspération hystérique, parce que si l'on n'en rit pas, on finit par se pendre ou par tout laisser tomber.» Le principal, «un Catalan trapu, aux cheveux coupés court», nommé Jean-Claude Desplech tient notamment ces propos :

Quand un enfant maghrébin fait l'école buissonnière, il reste dans la rue pour que ses parents n'en sachent rien. Les Gitans abandonnent l'école pour rester à la maison. Ce sont leurs parents qui ont une mauvaise influence, les mères qui veulent chouchouter leurs fils, les pères qui ne veulent pas qu'on voie leurs filles traîner avec des garçons. La fille est une marchandise, qui ne doit pas perdre sa valeur.

La valeur d'une vierge est vérifiée non pas par le jeune marié durant la nuit de noces mais, selon une coutume archaïque, par le doigt inquisiteur d'une ancêtre de la tribu. Comme l'explique Linda, une amie de Fernanda Eberstadt qui a en partie renié ses origines : «Chez les Gitans, c'est une méchante vieille qui est payée pour pénétrer la fille, comme un gynécologue mais avec des mains sales, et devant toute la famille du mari. C'est terrifiant, inhumain.» Desplech résume : «Les gens parlent de préserver la culture gitane. Mais, en tant qu'enseignant, que suis-je censé faire quand le comportement de mes élèves est franchement pathologique ?» L'auteur, suffisamment éclairée pour mettre en doute l'idéalisme des plus éclairés, déplore cette attitude : «Si ces pédagogues étaient des missionnaires du XIXe siècle sur une île peuplée de cannibales, ils seraient tout aussi convaincus de la primauté incontestable du système (ici, la laïcité égalitariste) qu'ils veulent inculquer aux sauvages (les Gitans).» Fernanda Eberstadt finit pourtant par se ranger du côté du système, en affirmant que les autorités françaises «déploient des trésors d'imagination et de sympathie pour trouver le moyen de libérer une communauté visiblement bloquée et malheureuse».


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