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La vérité et ses conséquences

Couverture du livre La vérité et ses conséquences

Auteur : Alison Lurie

Traducteur : Virginie Buhl

Date de saisie : 17/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Rivages, Paris, France

Collection : Rivages-Poche. Bibliothèque étrangère, n° 585

Prix : 9.00 € / 59.04 F

ISBN : 978-2-7436-1726-4

GENCOD : 9782743617264

Sorti le : 03/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Jane est au jardin lorsqu'elle aperçoit un homme se diriger vers elle. Qui est cet inconnu ? Son propre mari qu'elle ne reconnaît plus. Alan, certes, a changé. Brillant, sportif, et séduisant jusqu'alors, il s'est transformé suite à un accident de volley-ball, en époux morose et plaintif. Après des années d'un mariage heureux, la relation tourne à l'animosité feutrée.

Un couple extrêmement différent entre alors en scène. Delia Delaney, écrivain, est invitée en résidence par l'université dans laquelle Jane et Alan travaillent. Elle est célèbre à plus d'un titre : pour son oeuvre, sa beauté, ses maux de tête et son égotisme avéré. Henry, son soi-disant mari, l'accompagne...

Une existence, aussi paisible soit-elle, n'est jamais à l'abri d'un dérèglement soudain et d'une nouvelle chorégraphie du destin. C'est le propos de cette comédie tendre et désopilante, variation subtile sur l'amour et ses disgrâces.

Née à Chicago en 1926, Alison Lurie a passé son enfance à New York. Elle a reçu le prix Pulitzer pour Liaisons étrangères.





  • Les premières lignes

C'était par une très chaude matinée au beau milieu de l'été : après plus de seize ans de mariage, en voyant son mari à une quinzaine de mètres, Jane Mackenzie ne le reconnut pas.
Elle ramassait des laitues au jardin quand le moteur d'une voiture qui s'arrêtait devant la maison lui fit lever les yeux. Quelqu'un sortait d'un taxi, payait le chauffeur puis se mit lentement à descendre la longue allée : un homme en train de vieillir, bedonnant, les épaules voûtées, la poitrine creusée, il s'appuyait sur une canne. Jane, éblouie par la lumière brumeuse du soleil, ne dis­tinguait pas nettement son visage, mais quelque chose chez cet homme la mit mal à l'aise et lui fit presque peur. Il lui rappelait d'autres visiteurs importuns : un inspecteur des impôts locaux qui s'était présenté à la porte peu après qu'ils eurent emménagé ; un agent du FBI qui enquêtait sur un des anciens étudiants d'Alan ; et le type tout dépenaillé qui, un été, deux ans plus tôt, attendait un peu plus bas dans la rue à l'entrée de l'auto­route, hélait les voitures qui passaient et demandait qu'on le conduise en ville. Si vous acceptiez, avant de sortir de voiture, il se penchait en travers du siège et, sur un ton mi-geignard mi-menaçant, il vous demandait de lui «prêter» quelques dollars.
Puis la vision de Jane s'éclaircit et elle s'aperçut qu'il s'agissait d'Alan Mackenzie, son mari : il n'aurait pas dû se trouver là. Moins d'une heure auparavant, elle l'avait conduit à l'université où il était censé déjeuner avec des collègues au Département d'Architecture - et où elle s'attendait qu'il reste jusqu'à ce qu'elle aille le chercher dans l'après-midi. Depuis qu'il s'était fait mal au dos quinze mois plus tôt, il ne pouvait plus conduire. Jane attrapa son panier de laitues, entama la montée puis accéléra le pas.
«Qu'est-ce qui s'est passé, qu'est-ce qu'il y a ? lança-t-elle dès qu'il fut à portée de voix.
- Rien», grommela Alan sans vraiment la regarder. Sa canne crissa sur le gravier lorsqu'il s'arrêta. «Je ne me sentais pas bien, alors je suis rentré.
- Ça fait très mal ?» Jane posa la main sur la manche froissée de sa chemise blanche. Aussi fou que cela puisse paraître elle n'arrivait toujours pas à croire vraiment que l'homme qui portait cette chemise était bien son mari. Alan n'était pas du tout comme cela : fort et plein d'assurance, il respirait la santé du haut de sa petite cinquantaine. Cet homme avait le front large d'Alan, son nez fin et étroit et son épaisse chevelure châtaine, mais il semblait avoir au moins dix ans et dix kilos de plus et son visage exprimait la douleur et le désespoir. «Mais tu as dit que tu allais bien au petit déjeuner - enfin pas plus mal que d'habitude...» Sa voix se perdit.
«J'ai passé une sale nuit et maintenant je passe une sale journée si tu veux savoir !» Il se décala pour que la main de Jane tombe de son bras puis il la contourna lentement.
«Oh, je suis vraiment désolée ! Je peux t'aider ?» Elle lui avait emboîté le pas et s'adressait à son grand dos courbé. Comment ai-je pu ne pas le reconnaître ? pensa-t-elle. Ce n'était pas ma faute, j'avais le soleil dans les yeux et lui s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. C'est un effet de surprise, c'est tout, comme quand on tombe sur des voisins à l'étranger et qu'au début on ne les remet pas. Mais Alan est ton mari, lui disait sa conscience. Tu devrais le reconnaître n 'importe où.
«Non.» Il marqua un temps d'arrêt à la porte de la cuisine. «Euh... peut-être que si. Tu pourrais m'aider à enlever mes chaussures ? Vraiment, ça me tue de me pencher. Et si tu montes dans la chambre, tu pourrais me descendre mes oreillers ?
- Oui, bien sûr.» Pour la première fois Jane se rendit compte que cela se passait toujours de la même manière ces derniers temps. Alan commençait par refuser toute aide puis il se ravisait et réclamait divers objets et services. Parfois même, il attendait qu'elle se trouve ailleurs dans la maison et en pleine activité pour l'appeler à l'aide.
«Je ne peux pas continuer comme ça. C'est de pire en pire», marmotta-t-il en s'appuyant sur l'évier de la cuisine pour avaler de l'eau et des cachets. Il s'essuya la bouche avec la manchette de sa chemise qui aurait dû se trouver dans la corbeille à linge depuis deux jours.
«Je suis vraiment désolée.» Jane passa les bras autour de la chemise sale et commença à le serrer contre elle - mais Alan tressaillit de douleur et elle le lâcha. «Désolée», répéta-t-elle.


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