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Petite chronique du ridicule : les Français ont-ils changé depuis 1782 ?

Couverture du livre Petite chronique du ridicule : les Français ont-ils changé depuis 1782 ?

Auteur : Charles de Peyssonnel

Date de saisie : 23/11/2007

Genre : Essais littéraires

Editeur : Payot, Paris, France

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-228-90245-8

GENCOD : 9782228902458

Sorti le : 10/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

La France a certes beaucoup changé depuis la fin de l'Ancien Régime, mais les Français, eux, ont-ils changé ?

En 1782, après une longue carrière diplomatique à l'étranger, Charles de Peyssonnel (1727-1790) fut si étonné de redécouvrir ses compatriotes qu'il s'amusa à rédiger cette «critique délicate des ridicules qui nous environnent et qui ne sont aperçus que de l'homme observateur». Injustement oubliés au fin fond des bibliothèques, ces petits textes «sur les abus, les vices, les défauts» des Français ont conservé toute leur saveur pour décrire les citadins dans leurs maisons de campagne, la folie immobilière à Paris, l'amour des chiens et du luxe, la surproduction de livres inutiles, les désirs immodérés et bien d'autres choses encore.

Le lecteur du XXIe siècle va pouvoir joyeusement méditer sur lui-même et ses contemporains en suivant le fil d'une plume du XVIIIe siècle. Elle lui prouvera combien ce ridicule qui ne tue pas reste promis à un bel avenir.

Édition établie, présentée et annotée par Mario Pasa.





  • La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 22 novembre 2007

En deux siècles, la France a-t-elle vraiment changé ? Avec humour, et cet incomparable style propre aux Lumières, Charles de Peyssonnel nous aide à en douter. Longtemps consul en Crimée et à Smyrne, il revient à Paris en 1782 et observe ses compatriotes avec une stupéfaction amusée, sinon accablée. Cela donne un savoureux volume, paru en 1785 et intitulé «l'Antiradoteur ou le Petit Philosophe moderne», que Mario Pasa réédite aujourd'hui sous le titre légitime de «Petite Chronique du ridicule».



  • Les premières lignes

Extrait de la présentation :

L'histoire de cette joyeuse entreprise d'édition commence avec la lecture d'un volume de huit centimètres sur douze publié sans nom d'auteur en 1785 et portant un titre singulier : L'Antiradoteur ou le Petit Philosophe moderne. Depuis plusieurs années, il niche avec d'autres de sa taille, et même de bien plus menus, dans l'antique bibliothèque vitrée d'un particulier. Sur des étagères interdites aux moins de cent quatre-vingts ans, tous coulent une vieillesse heureuse. En guise de Botox, ils sont régulièrement traités à la cire 213 recommandée par la Bibliothèque nationale de France. On évite cependant de trop les manipuler : si bien conservés soient-ils, ces ouvrages ont la peau fragile et connaissent quelques problèmes d'arti­culations.
Pourtant ils ne reposent pas dans leur meuble en bois noirci telles des momies. Dépositaires de chefs-d'oeuvre ou de simples curiosités littéraires, tous sont encore très diserts, et il n'est même pas nécessaire de se plonger dans leurs pages pour savourer une langue si délicieusement parfaite qu'elle ferait chavirer le coeur des adeptes de pratiques SMS et autres fétichistes du texto : il suffit de contempler ces petits volumes du dehors pour les entendre bavarder. Ils ont l'éloquence muette des objets précieux qui passent d'un propriétaire à un autre et voient se succéder plusieurs vies humaines. Ils prodiguent une bienveillance d'ancêtres chaque fois qu'un regard croise leurs reliures et qu'on lève le nez d'ouvrages fraîchement publiés, eux, mais pas aussi coquets ni aussi spirituels que ces vieux compagnons serrés les uns contre les autres sur leurs étagères.
De temps en temps, on ne résiste quand même pas à la tentation d'en ouvrir un précau­tionneusement, surtout si l'oeuvre est inconnue et donc indisponible en édition courante. Voilà comment L'Antiradoteur ou le Petit Philosophe moderne, acquis il y a longtemps pour la singularité de son titre mais rangé aussitôt avec d'autres achats de livres anciens, s'est vu tiré de sa retraite un jour de lecture contemporaine particulièrement ennuyeuse. L'«Avis de l'Editeur» annonçait qu'il s'agissait d'une réédition abrégée et distillait quelques informations insolites pour une amorce d'enquête sur l'auteur :
«Cet ouvrage a déjà paru sous un titre assez vague, Les Numéros ; il a eu quelque succès, malgré le désordre qui se trouvait dans la dis­tribution des matières, et beaucoup de redites ou d'inutilités. On a remédié à l'un et à l'autre de ces inconvénients dans l'édition qu'on en donne aujourd'hui. [...] L'auteur a dit dans une préface qu'il avait jeté ses idées sans ordre, sans suite, pour lui seul et pour ses amis ; il a mis sans doute de ce nombre le public, qui lui en a su quelque gré. "J'ai écrit librement, ajoute-t-il, sur les abus, les vices, les défauts et les ridicules qui m'ont frappé."»
De prime abord il semblait très sympathique, cet anonyme soi-disant brouillon, et au fil des pages le fantôme sans identité se révéla plein de bon sens et d'humour pour décrire les moeurs de son temps. S'il y avait quelque «désordre» dans ses propos, c'est qu'on avait l'impression de l'entendre s'exprimer spontanément au cours d'une conversation chaleureuse où, en effet, le radotage n'avait pas sa place. Il méritait d'autant plus le sous-titre de Petit Philosophe moderne qu'en bien des passages son oeil perçant et amusé semblait avoir traversé le temps pour scruter nos concitoyens de ce début de XXIe siècle, pas si différents des citadins français de la fin du XVIIIe.
Cette impression se confirma lorsqu'il fallut explorer le corpus plus large dont L'Antiradoteur n'était que la réédition partielle. Ce titre antérieur, Les Numéros, fut consulté cette fois dans une bibliothèque parisienne avant qu'on en découvre un exemplaire chez un libraire... de Bruxelles. Toujours pas de nom d'auteur pour ce livre en quatre parties : les deux premières avaient paru en 1782, la troisième s'y était ajoutée en 1783, la quatrième en 1784 - soit trois éditions en trois ans et un certain succès pour une oeuvre que plus personne ne cite aujourd'hui, même dans sa version Antiradoteur de 1785.
On a puisé à notre tour dans Les Numéros pour en retenir vingt et un chapitres particulièrement savoureux sous le titre inédit de Petite Chronique du ridicule. On a renoncé à certains thèmes datés comme le défrichement ou le mesmérisme afin de laisser éclater les couleurs de la peinture de caractères. Celle-ci instruira le lecteur sur les dernières années de l'Ancien Régime tout en lui évoquant la société de consommation dans laquelle il vit deux bons siècles plus tard : ce qui est vrai des Parisiens de 1782 ne l'est-il pas des Français d'aujourd'hui et plus généralement des Occidentaux ? Avec en poche cette «critique délicate des ridicules qui nous environnent et qui ne sont aperçus que de l'homme observateur», on aura tout le loisir, au sens le plus ludique du terme, de méditer sur la pérennité du culte de l'ostentation, sur le comique de la «culture des apparences», quelle qu'en soit l'époque.


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