Auteur : Dacia Maraini | Alberto Moravia
Traducteur : René de Ceccatty
Date de saisie : 14/10/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Arléa, Paris, France
Collection : Littérature générale
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-86959-792-1
GENCOD : 9782869597921
Sorti le : 04/10/2007
Alberto Moravia s'est rarement confié. C'était un homme, et un écrivain, résolument tourné vers l'avenir, qui n'abordait le passé qu'avec une extrême suspicion.
Cette conversation sans retenue avec Dacia Maraini, qui fut sa femme, romancière elle aussi, poète et dramaturge, auteur de scénarios de films - de Pasolini ou de Marco Ferreri... -, retrace les événements qui ont déterminé les résolutions, les engagements, mais aussi les fantasmes et la singularité d'Alberto Moravia.
Tout commence néanmoins avec ce petit Alberto, enfermé dès son plus jeune âge dans une solitude méditative, contraint par la maladie (une tuberculoseuse osseuse) à un long séjour en sanatorium, et qui, à dix-neuf ans, achève Les Indifférents, son premier roman, qui le rendra immédiatement célèbre.
Toute mon enfance, nous confie Alberto Moravia, a été un long et inexplicable malaise. Jusqu'au jour où je me suis mis à écrire.
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DACIA MARAINI : - Comment était la première maison où tu as vécu ? T'en souviens-tu ?
ALBERTO MORAVIA : - Bien sûr que je m'en souviens. J'y ai vécu huit ans. C'était un petit immeuble de quatre étages, via Sgambati. Nous avions un jardin réduit, mais touffu, qui me paraissait immense parce qu'il était adjacent à ceux des voisins.
Quelle sorte de jardin était-ce ?
Un jardin typique de quartier de pavillons, avec des jets d'eau, des plates-bandes, des allées de graviers. C'est mon père qui l'avait conçu, en y plantant, du reste, un peu trop d'arbres et de buissons.
Tu y passais beaucoup de temps ?
Le plus possible. Il y avait une tonnelle garnie de minuscules roses blanches au parfum capiteux et poudreux.
Comment ça poudreux ? Elles étaient couvertes de poussière ? La poussière de la rue ?
J'ignore d'où venait la poussière. Il y en avait partout alors. Elles n'étaient pas à proprement parler recouvertes de poussière, elles en étaient plutôt voilées. Le vent apportait cette poussière de la campagne. Rome était une ville de campagne, à cette époque.
Et cette tonnelle ?
C'était mon endroit préféré. Je m'y installais pour lire. Je me grisais du parfum de ces petites roses. Je contemplais les fleurs pendant des heures entières : zinnias, marguerites jaunes, gueules-de-loup, ne-m'oubliez-pas, tulipes. Parmi les arbres, mon attention se fixait surtout sur les fleurs jaunes des mimosas et sur les boules noires des lauriers. En mai, lorsqu'il était plein d'insectes, j'adorais observer la façon dont les bourdons et les abeilles se poursuivaient dans les corolles effeuillées des roses pompons.
Tu en parles comme d'une ivresse sensuelle. C'étaient en effet des instants de bonheur sensuel.
Comment était la maison ?
Une petite bâtisse sans caractère. Ses murs, couleur biscuit, produisaient une sensation de calme bourgeois.
Peux-tu décrire l'intérieur ?
Au rez-de-chaussée, le bureau de mon père donnait sur le jardin. Je me rappelle une grande table à dessin. Une bibliothèque en bois massif avec deux colonnettes en torsade qui soutenaient les tablettes. Ce meuble exerçait sur moi un grand attrait. J'aimais beaucoup la table également. On pouvait régler son inclinaison. Elle était toujours couverte de papiers punaisés, de compas, de plumes à encre de Chine, de crayons de toutes les couleurs. J'aimais regarder les plans des maisons auxquelles travaillait mon père.
N'as-tu jamais désiré devenir architecte comme lui ?
Non, jamais. Dès l'âge de cinq ans, je savais que je voulais raconter des histoires.
Quel était le style des maisons de ton père ?
Le style de l'époque, art nouveau. Pour orner ses façades, il faisait venir de France de grands albums de photos d'éléments décoratifs. J'allais souvent feuilleter ces livres : ils me fascinaient. Ils étaient pleins de corniches, de feuilles d'acanthe, de frontons, de chapiteaux, etc. Ses façades à lui ne valaient pas grand-chose. Mais les maisons étaient à l'intérieur très confortables, spacieuses, lumineuses. Sa dernière, il l'a dessinée, je crois bien, pour Scarfoglio, un journaliste célèbre du moment, fils de Matilde Serao. De temps à autre, mon père se mettait à la fenêtre de ma chambre, pour admirer l'immeuble qu'il avait dessiné, en faisant des jumelles de ses mains.
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