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Danger, caricatures !

Couverture du livre Danger, caricatures !

Auteur : Jean-Claude Morchoisne | Jacques Rampal

Date de saisie : 14/10/2007

Genre : Art - Peinture

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Beaux livres, n° 180

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-268-06372-0

GENCOD : 9782268063720

Sorti le : 04/10/2007

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Que vous soyez politiciens, comédiens, stars de ceci ou cela, vip de tout poil, beaux, moches, bêtes, brillants, haïs, adorés, boudés, boudinés ou très cons :

voici
VOS GUEULES
dessinées par MORCHOISNE
et commentées par RAMPAL
Comment devient-on CARICATURISTE ?

Avec en prime, une petite histoire de la caricature à travers les âges, des BD, des portraits chinois, des interviews de l'artiste qui nous livre quelques secrets de fabrication et lève un voile sur sa vie, son oeuvre, ses convictions, ses rencontres avec les plus grands, bien sûr une impressionnante galerie de portraits crachés !

Comment est née la caricature ? À quelle époque ? Quand est-elle devenue une arme politique ? Pourquoi provoque-t-elle le rire et pourquoi le rire est-il souvent subversif ? Sans prétendre répondre à toutes ces questions, Jacques Rampai propose un éclairage sans jamais se prendre au sérieux et sans jamais perdre de vue le sujet de ce livre. Jean-Claude Morchoisne, depuis ses Grandes Gueules et ses parodies de films dans le Pilote du grand Goscinny, jusqu'aux best-sellers des années 2000 en collaboration avec Laurent Gerra, en passant par les dix albums réalisés avec son plus vieux complice : Jacques Rampai. À travers l'histoire de la caricature, il s'agit donc de l'histoire d'un caricaturiste, sa vie, son oeuvre, ses choix, ses convictions, depuis son enfance jusqu'à ses 60 ans : l'âge de raison pour un humoriste digne de ce nom. Il s'agit d'une étude pleine d'humour sur la Caricature. Un joyeux vagabondage de Jérôme Bosch à Jean-Claude Morchoisne.

Né en 1944, Jean-Claude Morchoisne entre aux Beaux-Arts d'Orléans en 1961. En 1966 il publie les Grandes Gueules avec Mulatier et Ricord. Il crée le premier fanzine en 1973 avec Rampai et collabore à de nombreux magazines en France (Le Nouvel Observateur, L'Express, Le Point)ou à l'étranger Der Spiegel).
En 1991, il crée les nouvelles marionnettes du Bébête Show. Depuis 1999, il publie une caricature par jour pour Les Echos. En 1969, Jacques Rampai rencontre Jean-Claude Morchoisne à Paris et devient son scénariste attitré au journal Pilote. Parallèlement, il dessine dans la presse pour enfants (Fleurus, Bavard Presse) tout en écrivant des scénarios pour divers dessinateurs. Dans les années 80, il publie une dizaine d'albums avec Morchoisne, dont le célèbre Les Animaux qui nous gouvernent, vendu à 400 000 exemplaires à sa sortie en 1984.

Sa pièce Célimène et le cardinal a obtenu un véritable triomphe et a été couronnée par deux Molière en 1992.





  • Les premières lignes

Profession de fou

Mystère et bouts de gomme

Pour moi qui fréquente Morchoisne depuis plus de trente ans, le mystère de la caricature reste entier : je n'ai toujours pas compris comment l'image déformée - parfois monstrueusement déformée - d'un visage pouvait être plus ressemblante qu'un portrait... Un gros nez grossi trois fois, un menton fuyant carrément gommé, des dents un peu trop grandes qui se transforment en ratiches chevalines, et voilà que nous identifions immédiatement la «victime» en éclatant de rire. Quand je dis «nous», c'est tout le monde : enfants, vieillards, bourgeois, prolétaires, savants, illettrés, dans n'importe quelle culture de n'importe quel pays, tout le monde reconnaît quelqu'un en caricature... à condition, bien sûr, qu'elle soit ressemblante. Autrement dit, tout le monde est caricaturiste, puisque tout le monde est capable d'interpréter une réalité en acceptant de la voir ainsi déformée.
La caricature est donc un art à la fois subtil et populaire. Pourquoi ? Mystère. Mystère d'autant plus opaque que la déformation d'un visage ne semble répondre à aucune règle précise : s'il suffisait de grossir ce qui est déjà gros et de rapetisser ce qui est déjà petit, l'ordinateur aurait depuis longtemps remplacé le caricaturiste. Tout l'art de la caricature réside donc dans l'équilibre que l'artiste peut trouver dans l'apparent chaos qu'il nous propose. J'ai l'air de parler de cubisme, mais je ne suis pas sûr que l'oeuvre de Morchoisne soit si éloignée du phénomène cubiste.
Autre mystère : pourquoi rit-on devant la représentation déformée d'un visage ? Même si l'on n'a pas lu les études de Bergson et de Pagnol sur le rire, on sait qu'il vient d'une rup­ture. En l'occurrence, la rupture se situe entre la réalité et sa représentation distordue : cette gueule dessinée est tellement loin de son modèle et en même temps si proche... D'où une sorte d'«invraisemblance» qui provoque une décharge appelée éclat de rire. Mais alors, me direz-vous, et ces masques géants qui défilent au carnaval de Nice et qui ne ressemblent à personne... ? D'abord, je les trouve plus effrayants que drôles, et s'ils nous arrachent parfois un sourire, c'est parce qu'ils nous rappellent tel ou tel type humain - autrement dit, parce qu'ils ressemblent à quelqu'un - un peu comme les personnages de la commedia dell'arte. C'est ce qu'on appelle des archétypes, drôles parce qu'à l'image plus ou moins ressemblante du zoo humain.

Profession de fou

La vocation de Morchoisne, sa profession de foi, fut d'abord de faire rire. Gamin, il dessinait déjà très bien et voulut faire un jour le portrait de son grand-père... qu'il affubla d'un gros nez et de grandes oreilles, provoquant l'hilarité de toute la famille. Il aurait pu se vexer, réduire les oreilles et le nez de son papy, mais il comprit au contraire qu'il venait de trouver sa voie dans le portrait humoristique. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'il comprendra que les caricaturistes, qu'ils soient écrivains, showmen ou dessinateurs, peuvent devenir aussi de vrais contestataires, de ces cancres intenables qui, à force d'écrire dans les marges de l'Histoire, finissent par en modifier le sens. Des fous du roi, oui, au temps où le roi de France était souvent moins puissant que ses vassaux et tolérait d'être remis en question par son bouffon. Quand il devint seul dirigeant, c'est-à-dire monarque, alors les choses se gâtèrent et la profession de fou disparut. Louis XIV, le plus génial de nos rois, n'aurait peut-être pas laissé la France exsangue s'il avait accepté qu'un rigolo éclairé vienne de temps en temps dégonfler son gigantesque Ego. Molière et La Fontaine ? Le premier n'a jamais caricaturé le monarque ni la monarchie ; quant au second, haï du roi, il tâchait de se faire oublier à Château-Thierry, loin de Versailles.

À ses débuts, la République ne fut guère plus tolérante et il ne faisait pas bon être caricaturiste sous Thiers ou Mac-Mahon. Plus tard, n'oublions pas que de Gaulle chercha des noises au Canard enchaîné et que Pompidou fit interdire Charlie-Hebdo. En fait, la liberté de la presse et de la caricature est un acquis récent, puisque Morchoisne et moi, pour notre journal Mormoil, avons eu sous Giscard des ennuis avec la cen­sure. Nous en reparlerons. Tout ça pour dire que cette liberté d'expression constitue un véritable baromètre de toutes les libertés. La preuve : Mohamed VI, qui semblait plein de bonne intentions au début de son règne, a fait jeter en prison un dessinateur marocain et vient d'interdire un album français... où figurait sa royale tronche distordue par Morchoisne !


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