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Ténèbres sur le Grand-Saint-Bernard. Volume 1, Le Grand-Saint-Bernard

Couverture du livre Ténèbres sur le Grand-Saint-Bernard. Volume 1, Le Grand-Saint-Bernard

Auteur : Jean-Marie Brandt

Date de saisie : 13/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Slatkine, Genève, Suisse

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-8321-0264-0

GENCOD : 9782832102640

Sorti le : 05/09/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Rien ne va plus au Grand-Saint-Bernard. Isolés dans leur Hospice par la tempête, les chanoines vivent des événements inexplicables : décès, hallucinations collectives et possession deviennent leur lot quo­tidien. Accompagné d'un Visiteur qui passe pour être le légat du Vatican, le Prévôt, appelé à la rescousse par le Prieur, rejoint ses chanoines par un souterrain secret. Tandis que le Visiteur se réfugie dans la Morgue pour y recruter une étrange armée, le Prévôt subit un exorcisme. C'est dans ce contexte de diableries que le Pape, menacé par un complot, appelle les chanoines à son secours. Le mystérieux Visiteur pourra-t-il empêcher cette nouvelle Croisade ?
Au temps des Romains, la présence d'un Temple se justifiait sur le col : on remerciait pour la montée, on sacrifiait pour la descente. Dès le Haut Moyen-âge, des religieux guidaient les voyageurs dans la tempête, offraient le gîte et y prêchaient l'Evangile. Après plus de deux mille ans de services, le Grand-Saint-Bernard n'est plus l'artère spirituelle et géographique du Monde civilisé. La mission des chanoines est-elle devenue obsolète ? Qu'en est-il de celle des prêtres ? Quel avenir pour le monde chrétien ?
S'introduisant dans le quotidien des chanoines et cadrant son roman dans un référentiel rigoureux des lieux, de l'histoire et de la religion, l'auteur pose ces questions dans une fiction qui donne le vertige. Le tome deux. Le Vatican des Ténèbres, propose des réponses en conférant un rôle inattendu à la Rome de Saint Pierre et à la Jérusalem de toujours.

Né à Genève en 1946, docteur es Sciences économiques, ancien dirigeant d'importantes institutions privées et publiques, l'auteur est un érudit, passionné de religion, expert de la nature humaine, qui trouve dans la culture un de ces messages d'espoir dont le monde a tant besoin.





  • Les premières lignes

L'AVALANCHE

La cordée des dix-huit chanoines avait confié son espérance à cette corde qui les reliait tous. Ils n'avaient plus foi qu'en elle. Dieu n'avait pas sa place dans cette tempête qui lacérait le visage, bloquait la respiration, paralysait l'esprit et effaçait du champ de vision toute présence amie. Chacun se sentait renvoyé à sa solitude première, la solitude de l'instinct de survie. En dehors d'une ineffable douleur, plus rien n'existait qu'une détresse immense, la détresse de l'être face à l'impossible contrainte d'exister.
La corde, dans un battement despotique et syncopé, se tendait et se détendait. Elle respirait la vie. Elle était la vie. Chacun s'y raccrochait avec tout ce qui lui restait de conscience et de force.
Le guide avait jugé prioritaire le risque de dispersion. En dépit de leur nombre, il avait opté pour la formation d'une seule et même cordée. Il est vrai qu'aucun glacier n'inscrivait ses crevasses sous leurs pas et que ce genre d'expédition présente, par beau temps, la simple contrainte physique d'une ballade en montagne. La tempête avait transformé la ballade en bataille contre la mort. Ouvrant la marche dans un mur de vent et de brouillard, le guide creusait avec peine une tranchée dont les lèvres remontaient jusqu'à la taille. La poussière de neige qu'ils soulevaient enroulait de filins épais et denses les flocons lancés par le vent à l'horizontale.
Le chanoine guide était un montagnard expérimenté et sa cordée, bien que formée de tout jeunes chanoines, ne comprenait que des montagnards de race, puisqu'ils étaient nés et avaient grandi en montagne. Ils allaient passer les fêtes de Noël en famille. C'était la première fois depuis sa fondation, en l'an 1050, qu'un groupe aussi important de chanoines abandonnait l'Hospice du Grand-Saint-Bernard à la période où, en temps ordinaire, les pèlerins montaient en foule. L'effectif des chanoines au grand complet n'était pas de trop pour prendre soin des corps et des âmes qui venaient se confier à eux pendant les fêtes.
Mais ces temps-ci n'avaient rien d'ordinaire. Nul pèlerin n'avait annoncé sa venue et personne ne s'aventurait en montagne. La solitude avait miné le moral des chanoines. Les plus jeunes marquaient des signes de lassitude. On ne pouvait laisser la situation se dégrader. Les hautes Autorités de la Congrégation, après réflexion, avaient fait preuve de compréhension. Il était important de ménager les jeunes et leurs familles. Depuis la seconde moitié du XXe siècle, les vocations avaient fondu comme les glaciers alpins et toute certitude de pérennité, avec les neiges éternelles, s'était volatilisée. Favoriser les vocations était devenu une question de survie pour la Congrégation. Les jeunes supportaient mal, à 2473 mètre d'altitude, cet isolement prolongé par une tempête qui ne voulait pas finir. Leurs familles, comme toutes les familles, vivaient dans l'angoisse d'un monde qui avait chaviré. Le terrorisme, d'international et de sauvage qu'il s'était révélé à la fin du XXe siècle, était devenu général, l'institution était menacée et nul n'était épargné.
C'est au lieu-dit La Combe des Morts que le destin frappa. Celui qui y préside, comme à l'accoutumée, n'eut pas besoin de faire preuve d'une grande imagination pour se révéler terriblement efficace. D'abord l'endroit tirait son appellation des nombreux voyageurs ou pèlerins que la mort blanche y avait surpris au cours des siècles. Ensuite, les conditions présentes prêtaient admirablement leur concours, puisqu'il neigeait depuis plusieurs semaines sans discontinuer. Aucune responsabilité directe ne pourrait être retenue dans un processus, certes accidentel, mais dont les causes relevaient à la fois de la fatalité de l'histoire, de l'imprécision de la météorologie et des caprices de la montagne. Ainsi en avait d'ailleurs décidé, quelques années plus tard, le Tribunal d'accusation du Canton du Valais : le guide avait bénéficié d'un non-lieu sans équivoque. Le dispositif du jugement démontrait qu'il avait pris toutes les précautions exigées par les circonstances. Primo, le guide ayant, la veille, reconnu le parcours avait fait observer que les avalanches habituelles étaient toutes déjà descendues, ce qui était vrai. Secundo, il avait commandé un départ avant l'aube, de façon à se trouver dans La Combe des Morts au moment le plus froid de la journée, donc le moins risqué. Tertio, il ne s'était en rien écarté de l'itinéraire habituel et quarto, malgré des conditions très difficiles, il n'avait pas perdu de temps en route. Le reste précisément relevait du seul destin. Les chanoines étaient des montagnards authentiques et leurs guides patentés et expérimentés. Tous étaient familiers des pièges de la montagne à laquelle ils avaient consacré vie et sacerdoce. De toute façon, avait-il été conclu, le risque zéro était l'un des mythes en vogue les plus trompeurs de la modernité : il n'existait pas, en montagne tout au moins et il fallait bien l'admettre une fois pour toutes.


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