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Le sérail des empereurs turcs : relation manuscrite du sieur de La Croix à la fin du règne du sultan Mehmed IV

Couverture du livre Le sérail des empereurs turcs : relation manuscrite du sieur de La Croix à la fin du règne du sultan Mehmed IV

Auteur : Edouard de La Croix

Date de saisie : 13/10/2007

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Ed. du CTHS, Paris, France

Collection : CTHS-Format, n° 63

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-7355-0647-7

GENCOD : 9782735506477


  • La présentation de l'éditeur

Cette nouvelle relation de la résidence du Grand Seigneur à Constantinople par le sieur de La Croix, offre une description détaillée du palais Topkapi, passant des parties publiques aux parties réservées au Sultan, révélant ainsi les activités quotidiennes, les fêtes et les cérémonies.
Précédée d'une introduction inscrivant le manuscrit dans son contexte historique et géopolitique, et l'auteur, Edouard de La Croix, à l'éclairage de nouveaux documents, cette édition, enrichie d'un appareil critique, propose une mise au point sur la bibliographie et les sources, ainsi que sur le milieu des orientalistes et de leurs réseaux d'informateurs à Constantinople dans le dernier quart du XVIIe siècle.
Récit pittoresque et vivant, ce manuscrit montre la richesse des informations collectées par un secrétaire d'ambassade, témoin volontaire et actif dans l'Empire ottoman, rapporteur minutieux de ses expériences auprès de Louis XIV et de ses ministres. Il procure parmi les autres relations du sérail publiées au du XVIIe siècle, des éléments inédits et de première main pour l'époque sur un sujet qui ne cessait d'éveiller la curiosité des Occidentaux et inaugurait la mode orientaliste dans la littérature.

Corinne Thépaut-Cahasset, diplômée de l'Ecole pratique des hautes études (IV section) est chargée de recherche au château de Versailles, où elle fut commissaire adjoint de l'exposition «Topkapi à Versailles : trésors de la cour ottomane» en 1999.
Ses recherches se concentrent sur les échanges internationaux à l'époque moderne et sur les témoignages des voyageurs français au Levant à la fin du XVIIe siècle.



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  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

CONSTANTINOPLE, «UNE VILLE ENCHANTÉE»...

Capitale de l'Empire ottoman, elle méritait, d'après les auteurs et observateurs occidentaux, d'être celle de toute la terre, par sa situation exceptionnelle aux confins de l'Europe, au coeur d'un détroit face à l'Asie, qui offre la «plus belle vue de tout l'Univers». «C'est de ce lieu plutôt que de pas un autre de l'Univers que l'oeil se porte agréablement de toutes parts : il ne se peut rien voir ni même concevoir de plus charmant que cet abord de Constantinople. Pour moi lorsque j'y arrivai la première fois, je m'imaginai entrer dans une ville enchantée, je me trouvais au milieu de trois grands bras de mer... Ces trois grands bras de mer lavent de côté et d'autre à perte de vue des terres qui s'élèvent insensiblement par un grand nombre de petites collines toutes couvertes de maisons de plaisance, de jardins et de kioscs. Plus ces trois grands canaux ou bras de mer s'approchent de la ville, et plus le nombre presque infini de maisons s'augmente. Elles paraissent toutes les unes par dessus les autres en forme d'amphithéâtre, afin qu'elles puissent toutes jouir des charmes d'une si belle vue.»
Naturellement belle, stratégiquement idéale, Istanbul, est au milieu du XVIIe siècle la première ville d'Europe avec ses 600.000 habitants, dont la moitié seulement serait des Turcs, l'autre moitié composée de Grecs, Chrétiens, Juifs, Arméniens. Grand port de commerce, haut lieu des enjeux commerciaux en Orient pour les puissances occidentales, c'est un carrefour des civilisations, où passent les grandes routes de commerce.
Non seulement sa situation fait l'admiration des obser­vateurs étrangers, mais aussi sa topographie et son archi­tecture ; «Outre la disposition naturelle qui est admirable, l'art a encore beaucoup contribué à cette belle vue par le grand nombre de mosquées, et dont les principales sont sur les collines... et les bâtiments du sérail, qu'occupe une grande partie de la ville, sont pareillement couverts de plomb doré, de sorte que tous ces édifices font avec les maisons de la ville, qui sont presque toutes peintes, et les cyprès, dont les pentes des collines sont plantées, le mélange le plus agréable que l'on puisse voir.»
Le dessinateur et voyageur Joseph Grelot poursuit : «Au milieu de ces maisons diversement peintes on aperçoit un nombre incroyable de gros dômes, de coupoles, de minarets, tourelles ou clochers qui s'élèvent beaucoup au-dessus des bâtiments ordinaires. Tous ces dômes sont couverts de plomb aussi bien que les minarets qui ont tous leurs pointes dorées ; la verdure des cyprès et des autres arbres d'un grand nombre de jardins contribue beaucoup à la confusion agréable des objets différents qui charment les yeux de tous ceux qui arrivent à Constantinople. La multitude des vaisseaux qui font une couronne tout autour du port sans en embarrasser le milieu ressemble à un cercle spacieux de grands arbres qui se sont dépouillés tout exprès de leurs feuilles pour ne point cacher les beautés qui sont derrière eux, et la quantité prodigieuse de kaïcs, permes ou gondoles, et petits bateaux dont le nombre est estimé monter à seize mille, qui passent continuellement de tous côtés, les uns à la voile, et les autres à la rame pour la commodité des habitants, semble offrir sans cesse à tous les spectateurs d'un si bel amphithéâtre le divertissement d'un combat naval.»

L'EMPIRE OTTOMAN

La fin du XVIIe siècle est, pour l'Empire ottoman, une période de crises, d'affaiblissement politique, économique et financier, marquée par un arrêt de son expansion géographique, dont l'échec du siège de Vienne en 1683 est le début. Mais sa puissance est toujours forte et menaçante dans l'esprit des contemporains, et l'Orient soulève bien des convoitises et intrigue. Les informations se veulent rigoureuses, documentées, utiles, même stratégiques comme l'illustre l'envoi de la mission d'observation de Gravier d'Ortières de 1685 à 1687 au Levant. Les découvertes excitent la curiosité des voyageurs, l'exotisme les attire : les costumes, la cuisine ou la musique et bien sûr la religion et la justice ont une grande part dans les relations qu'ils en font. Leurs auteurs ressentent très certainement ce que Chardin définit dans ses voyages comme la volupté «à voir des manières différentes des nôtres, et à ouïr un langage qu'on n'entend point.» L'apprentissage des langues orientales est une autre marque de la qualité des informations que l'on veut transmettre.


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