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Le nouveau modèle européen

Couverture du livre Le nouveau modèle européen

Auteur : Anthony Giddens

Traducteur : Nathalie Cunnington | Esther Ménévis

Date de saisie : 13/10/2007

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Hachette Littératures, Paris, France

Collection : Telos

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-01-237275-7

GENCOD : 9782012372757

Sorti le : 03/10/2007


  • La présentation de l'éditeur

Anthony GIDDENS
LE NOUVEAU MODÈLE EUROPÉEN

L'Europe est-elle en mesure de conjurer le sort d'un déclassement économique et social ?
C'est à cette question essentielle qu'Anthony Giddens tente d'apporter une réponse non française. Pour ce grand sociologue britannique, qui fut aussi le théoricien du blairisme, il n'y a pas lieu de désespérer. L'Europe conserve une indéniable spécificité en ce qu'elle continue à croire et à penser que des valeurs comme la solidarité, la protection des plus vulnérables et l'attribution à l'ensemble de la population d'un large éventail de droits économiques et sociaux font partie intégrante de son identité. Dans ces conditions, la question centrale n'est pas de savoir si l'Europe doit renoncer à ses valeurs sociales. Il s'agit de se demander comment les adapter à un monde où le rapport des individus au marché, à l'État et au social s'est profondément transformé.

Au rebours d'un euroscepticisme dominant, l'auteur montre que les mutations sont déjà engagées et que la capacité des Européens à changer est plus forte que l'on ne le croit. Il nous invite à imaginer l'avenir au-delà des conformismes idéologiques qui obscurcissent souvent le débat sur le modèle européen.

Anthony Giddens, sociologue, ancien directeur de la London School of Economies and Political Science, est l'inspirateur de Tony Blair avec lequel il a écrit La Troisième Voie : le renouveau de la social-démocratie (Seuil, 2002). Auteur de nombreux ouvrages, il a notamment publié La Constitution de la société (PUF, 2005) et La Transformation de l'intimité (Pluriel, 2006).

Traduit de l'anglais par Nathalie Cunnington et Esther Ménévis.



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  • Les premières lignes

Le modèle social

Souvent considéré comme le plus beau fleuron des sociétés européennes, le système de protection sociale apparaît même parfois comme ce qui fait leur spécificité. En mai 2003, dans une lettre ouverte sur l'avenir de l'identité européenne après la guerre en Irak, Jürgen Habermas et Jacques Derrida, deux intellectuels européens parmi les plus respectés, accordaient une large place aux «garanties de sécurité sociale» prodiguées par l'État, et à la confiance que les Européens placent dans le «pouvoir civilisateur de l'État». Gageons que si l'on posait la question à d'autres spécialistes partisans du projet européen, la plupart seraient d'accord. Le modèle social européen (MSE, ou ESM en anglais) est, ou est devenu, un élément essentiel de l'identité européenne.
Tapez European Social Model (ESM) sur Google et vous obtiendrez plus de 60 millions de réponses. Une telle profusion est peut-être, comme souvent en ce qui concerne l'UE, le reflet du caractère avant tout polémique de la notion de modèle social européen. En dépit de sa position centrale dans les débats, celui-ci, en effet, échappe à toute tentative de définition. Le MSE, nous dit-on, n'est pas exclusivement européen, il n'est pas seulement social, et ce n'est pas un modèle. S'il se définit par l'existence de dispositifs de protection sociale efficaces et la limitation des inéga­lités, alors il existe d'autres pays tout aussi avancés que certains États européens. Par exemple, l'Australie et le Canada dépassent dans ce domaine le Portugal et la Grèce, et bien sûr la plupart des nouveaux États membres de l'Union élargie à vingt-cinq. Par ailleurs, le MSE n'est pas purement social, puisque, quelle que soit sa définition, il repose fondamentalement sur la prospérité écono­mique et la redistribution des richesses. Ce n'est pas non plus un modèle unique, étant donné les grandes divergences observées entre les systèmes de protection sociale des différents pays européens.
Si les définitions du modèle social européen sont légion, elles reviennent toujours à l'idée d'État-providence. La définition de Daniel Vaughan-Whitehead, par exemple, ne comporte pas moins de quinze éléments. Peut-être serait-il plus simple d'en conclure que nous n'avons pas affaire à un concept unique, mais à une combinaison de valeurs et de projets réalisés à des degrés et sous des formes variés dans les différents États européens. Pour moi, le MSE implique :
- un État développé et interventionniste, dont les actions sont financées par des impôts relativement élevés ;
- un système de protection sociale solide, qui assure une couverture efficace à l'ensemble des citoyens, mais avec un effort particulier en direction des plus fragiles ;
- la limitation des différentes formes d'inégalité, économique ou non.
Dans ce cadre, les «partenaires sociaux», syndicats et autres organisations défendant les droits des travailleurs, ont un rôle essentiel à jouer. Les trois conditions que je viens d'énoncer doivent avoir pour corollaire la croissance économique et, dans l'idéal, le plein-emploi.
Le modèle européen se fonde sur un ensemble de valeurs : le partage des risques et des opportunités par l'ensemble du corps social, l'attachement à la solidarité et à la cohésion, la protection des membres les plus vulnérables de la société, grâce à une poli­tique sociale active, l'encouragement à la consultation plutôt qu à l'affrontement dans les relations de travail, et l'attribution à l'ensemble de la population d'un large éventail de droits écono­miques et sociaux.

Un modèle en crise

Tout le monde, ou presque, qu'il soit partisan ou adversaire du modèle social européen, s'accorde à dire que celui-ci traverse en ce moment une passe difficile, voire qu'il a trouvé ses limites. L'État-providence, aux abois, n'est plus en mesure de garantir le degré de stabilité et de sécurité qu'il semblait offrir il y a trente ans. Mais remettons tout d'abord les choses dans leur contexte. Certains parlent des années 1960 ou 1970 comme d'un «âge d'or» de l'État-providence, une période de forte croissance écono­mique, de chômage faible et de protection sociale pour tous - une période où les citoyens pouvaient se sentir bien plus en sécurité qu'aujourd'hui. Le modèle social européen aurait subi les «assauts» de forces extérieures, en particulier celles qui sont liées à la mondialisation, et aurait été progressivement affaibli, ou partiel­lement démantelé.


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