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Pas moi ! : souvenirs d'une jeunesse allemande antinazie

Couverture du livre Pas moi ! : souvenirs d'une jeunesse allemande antinazie

Auteur : Joachim Fest

Traducteur : Raymond Voyat

Date de saisie : 29/11/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Documents

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-268-06294-5

GENCOD : 9782268062945

Sorti le : 11/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Pas moi !
Traduit de l'allemand par Raymond Voyat

C'est après une brillante carrière d'homme de radio, de publiciste et d'historien du nazisme que Joachim Fest (1926-2006) rentre en lui-même et retrace les grands événements d'une jeunesse allemande antinazie, dans le cadre de sa propre famille, plutôt aisée et cultivée. Comment a-t-il vécu le nazisme et qu'en a-t-il retenu ? Aux premiers souvenirs d'enfant, il accroche ceux de l'adolescent et du jeune homme sous l'uniforme. Récit d'un parcours initiatique, Pas moi ! est à la fois son dernier ouvrage et son oeuvre la plus personnelle. Il s'y livre avec pudeur et honnêteté.
Mais en même temps, Joachim Fest rend un hommage particulier à son père, qui a eu la ténacité de vivre au quotidien ce Pas moi ! tel un grain de sable parmi tant d'autres qui tentaient de freiner les rouages d'une dictature féroce. Son attitude en fait cependant une exception et une cible, car elle procède de deux forces, la foi et la rigueur morale, que ni le doute ni les avanies ne remettent jamais en question. Et ses redoutables accès de colère servent d'exutoire à la rage de constater combien ses moyens d'action sont dérisoires.
Dans cette somme de souvenirs, le récit des événements quotidiens alterne avec celui de tentatives presque déses­pérées de préserver ce que la culture allemande a de plus noble, sa pensée, sa littérature, sa musique. C'est l'espoir de ceux qui survivent avec leurs vies dévastées face à un pays détruit.

Joachim Fest est né en 1926, à Karlshorst, agglomération à la périphérie de Berlin, dans une famille bourgeoise, catholique pratiquante, aisée et cultivée, famille comme toutes les familles allemandes bourgeoises, mais dont l'attitude sans compromission la met au ban de la nouvelle société nazie.
Son père, sujet à des accès de colère homérique, est directeur de lycée. Politiquement engagé au parti du centre pendant la République de Weimar, il devient un adversaire irréductible du nazisme dès l'apparition de ce dernier. Vers la fin de la guerre, il est enrôlé dans un groupe de vétérans et se retrouve prisonnier des Russes durant plusieurs années.





  • La revue de presse Thomas Wieder - Le Monde du 30 novembre 2007

Historien médiatique, longtemps chroniqueur à la Frankfurter Allgemeine Zeitung et auteur de plusieurs best-sellers sur l'histoire du nazisme (dont une biographie d'Hitler traduite en une vingtaine de langues), Fest n'a jamais caché ses opinions conservatrices. Sans doute a-t-il voulu, à travers ses souvenirs, répondre à ceux qui lui reprochèrent de manquer de fermeté dans sa condamnation du régime hitlérien, par exemple lorsqu'il raconta, sous un jour que certains jugèrent trop "humain", les derniers jours du Führer dans son bunker (Bernd Eichinger s'inspira de son livre pour écrire le scénario du film La Chute). Si son exercice d'égo-histoire peut s'apparenter au plaidoyer d'un vieil homme décidé à défendre son honneur, il faut le lire avant tout pour ce qu'il est : une chronique saisissante de la vie au jour le jour de ceux qui ont dit "non".



  • Les premières lignes

Extrait de la préface de l'auteur :

Celui qui commence à écrire sur soi après avoir vécu une bonne partie de son existence prend conscience du temps qui s'est écoulé. Il passe en revue les événements selon les objectifs atteints ou manques, il compense les intermittences de la mémoire en sollicitant le souvenir et s'effraie de constater combien le temps qui lui reste est mesuré et combien nombreuses sont les images tombées dans l'oubli comme un poids mort. Écrire lui permet alors de fixer ce qui paraît important et qu'il souhaiterait retenir.
Mais reconstituer le passé est bien difficile. Par exemple, que répondait mon père, chaque fois que ma mère lui reprochait ses accès de pessimisme et tentait de l'amener à davantage de souplesse envers nos dirigeants d'alors ? Ou comment s'appelait ce professeur d'allemand et de latin du collège Leibniz qui regrettait devant mes camarades que je quitte la classe ? Quelle était le ton de voix du Dr Meyer, après nos adieux, lorsqu'il me raccompagna à la porte de son appartement : tristesse, résignation, ironie ? Autant d'expériences, de sensations, de mots à moitié oubliés ou déjà évacués. Quelques visages demeurent, rattachés à un contexte, à une image, à une situation particulière... Pour combler mes lacunes, j'ai dû me renseigner autour de moi et faire appel à la tradition familiale. Mais souvent le lien était tranché net, toute trace du passé ayant été perdue lors de l'évacuation de notre famille de Karlshorst. Plus de documents personnels, de papiers, de photos, de bibelots. La modeste iconographie de l'édition originale, qui correspond aux années évoquées dans mon livre, provient surtout d'amis qui possédaient quelques pièces, miraculeusement épargnées, et qu'ils nous ont rendues accessibles après la guerre.
J'aurais été incapable d'écrire mes premiers souvenirs si une station de radio américaine ne m'avait chargé, au début des années 50, de rédiger une série d'émissions sur l'immédiat après-guerre. À l'époque, j'ai dû compléter les connaissances empruntées à quelques ouvrages historiques en interrogeant des témoins du temps, de Johann Baptist Gradl à Ernst Niekisch en passant par Heinrich Krone. Mais surtout, pour approfondir les faits, j'ai consulté mon père. En tant que citoyen engagé et lucide, il représentait à la fois un acteur et une victime de son époque. Ces conversations glissèrent rapidement vers un terrain personnel en me révélant des situations familiales que j'avais pourtant vécues avec eux, mais trop jeune pour en comprendre la gravité.
Je ne prenais en général que des notes succinctes, ce qui me causa bien des casse-tête par la suite. Après cinquante années, chaque fois que je n'arrivais pas à reconstituer l'arrière-plan d'une observation que mon père m'avait livrée, je devais me résoudre à la résumer ou à la sauter entièrement. Au demeurant, un certain nombre de ses prises de position ne correspondaient plus aux connaissances acquises par les chercheurs, grâce aux documents devenus accessibles. Pourtant, au lieu de retoucher les jugements de mon père, je décidai de les conserver tels quels. L'immédiateté du témoignage me paraissait essentielle. Il est vrai que, par moments, on n'y trouve pas une juste prémonition des faits que l'histoire vérifiera par la suite, mais au moins on revit les sentiments, les peines et les déconvenues d'un contemporain.
En vue d'une plus grande lisibilité, je me suis permis de transformer en discours direct certaines de ces notes. Un historien s'interdirait un tel procédé, mais je crois qu'un mémorialiste peut s'y sentir autorisé. Il va de soi que la forme dialoguée s'attache à respecter non seulement l'exactitude, mais aussi l'esprit de l'énoncé. Les passages placés entre guillemets reprennent souvent un «Verbatim de mémoire».
Comme pour tout récit biographique, ces impressions ne prétendent pas à la vérité objective. Ce que je dis des amis de mes parents, de mes professeurs et de mes supérieurs, ne fait que reprendre l'image que j'ai conservée d'eux. Je présente des personnages comme Hans Hausdorf, Johannes Wittenbrink, Ernst Kiefer, Wigbert Gans, Gerd Donner et d'autres tels qu'ils demeurent dans mon souvenir. Chaque trait ne correspond probablement pas à une vérité objective. Mais aucun parti pris ne m'a poussé.
Au cours des années, plusieurs travaux historiques m'ont permis de développer des thèmes que je reprends ici. J'ai pu faire ainsi l'économie de raisonnements que le lecteur retrouvera sans peine ailleurs. Dans ce livre, il ne s'agit aucunement d'un compte rendu de la période hitlérienne, j'ai simplement cherché à décrire comment cette période refléta et marqua un cadre familial connu, le mien. Y dominent donc les faits vécus, souvent accessoires et parfois anecdotiques, qui tissent la trame d'une vie. Lorsque, au début des années 40, le garçon à peine adolescent que j'étais imita les spasmes grimaçants d'un ami de mes parents, atteint d'une maladie nerveuse, mon père m'incita à ne pas observer les gens de trop près. Je lui répondis que je ne pouvais ni ne voulais fermer les yeux. Dans le milieu somme toute bienveillant où je grandissais, cela ne fut jamais difficile et ne me fut d'ailleurs jamais reproché. Cependant un tel regard était nécessaire pour écrire la présente relation. Mais combien plus grande fut la tentation d'escamoter mes simagrées de jeunesse, voire de les idéaliser.


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