Auteur : Xavier Maniguet
Date de saisie : 12/10/2007
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Michalon, Paris, France
Collection : Document
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84186-421-8
GENCOD : 9782841864218
Sorti le : 04/10/2007
«Sydney, 15 juillet 1985, cinq heures du matin, quartier général de la police fédérale. Voilà plus de sept heures que le détective Crossman m'interroge sans relâche. Ce policier néo-zélandais envoyé d'urgence en Australie pour me cuisiner a usé de tous les moyens de pression pour me faire avouer. Je ne dois rien lâcher. Pour sauver ma peau, celle de mes compagnons encore sur place, pour les intérêts de mon pays aussi. Tous les médias de la région accusent un mystérieux "French Bomber" dans l'attentat contre le Rainbow Warrior, le bateau de l'association écologiste Greenpeace. L'inspecteur Crossman est convaincu de tenir son coupable : moi. Mais, que s'est-il passé avec cette mission ? Les autres ont-ils pu regagner la France ? Pourquoi cette opération est-elle en train de virer à l'affaire d'État ?
Il m'a fallu vingt ans pour trouver toutes les réponses et les admettre. Il est largement temps de partager ma consternation...»
«Intermittent» des services secrets depuis plus de vingt ans, le docteur Xavier Maniguet a participé à l'opération menée contre le bateau de Greenpeace en juillet 1985, l'une des plus célèbres et calamiteuses affaires d'État de la Ve République. Écoeuré par certaines trahisons notamment celles de politiques toujours en" activité, il a décidé de rétablir les faits et de démasquer les imposteurs. Un témoignage pour l'histoire.
Xavier Maniguet est médecin colonel. H a publié plusieurs ouvrages sur l'aventure et la survie en milieu extrême.
Pourquoi j'ai décidé de parler ?
Quand on aime, on ne compte pas. Et quand on sert son pays parce qu'on l'aime, on ne discute pas, on ne juge pas, on refoule ses états d'âme, on agit dans le cadre d'une mission ou d'un contrat, pas d'une pulsion personnelle. J'ai ainsi voyagé d'un hémisphère à l'autre pendant près de trente ans, assumant des contrats professionnels ou des engagements moraux, civils le plus souvent, militaires parfois, pour gagner ma vie bien sûr, mais aussi pour défendre ce que je croyais être la «patrie des droits de l'homme», un phare culturel, un exemple de liberté sociale, un espace de défense des valeurs par des décideurs respectables. J'ai été un agent, loyal, au service de mon pays et j'ai été trahi. Il est bien connu que l'amour engendre l'aveuglement. Et sans ma vie de globe-trotter, il est probable que la clairvoyance m'eût été donnée beaucoup plus tard. Je refuse de devenir amer à la façon d'un amoureux déçu, et ma sérénité à venir passe par un nécessaire exutoire.
J'ai déjà écrit plusieurs ouvrages sur les conditions extrêmes, la survie, le stress, l'action... d'une façon à la fois vécue et didactique. Pour légitimer mes propos, j'ai dû un peu raconter de ma vie sans pour autant jamais révéler mon statut particulier «d'intermittent des services secrets», et encore moins quel fut exactement mon rôle dans l'affaire calamiteuse du Rainbow Warrior. Je n'ai jamais rien dit non plus sur les autres acteurs de cette histoire.
Après ce véritable fiasco, j'ai continué à travailler deux à trois mois par an en «service commandé», j'ai passé une année au Cambodge pour l'opération de déminage des temples d'Angkor, j'ai travaillé du Kazakhstan au Nigeria, de l'Argentine à l'Angola, du Mozambique à l'Indonésie, n'importe où, pourvu que ce soit nouveau et loin. J'ai navigué plusieurs années aussi bien dans l'océan Indien qu'au large de la Terre de Feu ou de la Basse-Californie, sur des voiliers, des bâtiments océanographiques, des thoniers senneurs, des navires de guerre... La cinquantaine bien confirmée n'a rien enlevé à ma «bougeotte», autant sur les mers que sur terre ou dans les airs. C'est à la lumière de toutes ces expériences vécues outremer que j'ai progressivement commencé à désespérer de mon pays, jusqu'à avoir honte parfois d'appartenir à cette nation qui a peur de son ombre mais qui continue de donner des leçons au reste du monde.
Durant pas moins de vingt et un ans, je n'ai donc strictement rien révélé sur «l'Opération Satanic», alors que rien ni personne ne me le demandait ou pouvait m'y contraindre. Seules des valeurs surannées, comme mon sens de l'honneur ou l'obligation de réserve, me rendirent autiste sur une affaire où j'avais pourtant été traité avec légèreté, et à propos de laquelle mon silence ne pouvait que pérenniser une image faussée, peu flatteuse, de mon personnage. Non seulement je n'ai rien dit, mais en prime, j'ai commis dès 1986 un livre de désinformation pure, ne visant pas à me dédouaner personnellement - jusqu'à la mise sous presse de ce nouveau livre en 2007, rien n'a jamais pu être prouvé contre moi -, mais plutôt à sauver les meubles en essayant de mettre hors de cause ceux qui pouvaient encore l'être. Ce livre s'appelait L'Aventure pour l'aventure. La portée de cet ouvrage de propagande dont vous découvrirez peut-être un exemplaire dans une foire à la brocante, fut limitée car je n'apportais aucune révélation exceptionnelle comme j'aurais pu le faire, et comme les médias m'y exhortaient avec insistance. D'autres que moi n'avaient pas ces scrupules, qui essayaient dans le même temps de vendre leurs informations au plus offrant en trahissant leurs coéquipiers de mission.
Je n'ai jamais pu assumer ce livre dont j'ai encore honte vingt ans plus tard. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai repris certains passages avec précision. Pour bien montrer combien il y a peu entre l'exposé de la pure vérité et l'affirmation mensongère du contraire, que ce soit dans un livre ou au cours d'un interrogatoire policier...
Le Rainbow Warrior continue de hanter nos consciences, et certaines vérités doivent être rétablies.
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