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La marine française dans la guerre d'Indochine

Couverture du livre La marine française dans la guerre d'Indochine

Auteur : Bernard Estival

Préface : Gilbert Forray

Date de saisie : 10/10/2007

Genre : Histoire

Editeur : Marines, Rennes, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-915379-69-3

GENCOD : 9782915379693

Sorti le : 02/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

A PEINE LA SECONDE GUERRE MONDIALE ETAIT-ELLE FINIE, QUE LA MARINE FRANÇAISE SE RETROUVAIT ENGAGEE EN INDOCHINE.
Pendant neuf ans, de la plus petite vedette au plus lourd cuirassé, toute la Marine - sauf les sous-marins - allait vivre au rythme du conflit. L'aéronautique navale y acquit ses lettres de noblesse, les corps de débarquement et les commandos marine y renouèrent avec les traditions de Dixmude ou de Ouistreham, et les flottilles amphibies - les Dinassauts - furent créées de toutes pièces, souvent à partir de moyens de fortune. Jusqu'au dernier jour, et l'enfer de Dien Bien Phu, les marins sont intervenus, au prix de la vie de plus de mille d'entre-eux.
Ce livre, enfin réédité, est certainement l'étude la plus complète sur le sujet, et est considéré comme la référence.





  • Les premières lignes

Une si belle colonie

Quelle vision magique pour les marins de Toulon ou de Brest qui songent aux lointains bâtiments de cet Extrême-Orient, désignés par ces quatre lettres : F.N.E.O... Il existe un pays si lointain qu'en en parlant on dit "être là-bas", ce pays c'est l'Indochine, c'est une ville neuve cachée dans la verdure ; Saigon où l'on demande tant à aller !
Robert Franca

Au moment où éclate la seconde guerre mondiale, personne n'imagine que l'Indochine, territoire aux immenses ressources, grand comme deux fois la France et où nous sommes installés depuis trois quarts de siècle, sera, moins de dix ans plus tard, le théâtre d'un conflit acharné au terme duquel la France, et après elle, les Etats-Unis, connaîtront la défaite et l'humiliation. L'Indochine est alors considérée, à juste titre, comme le plus beau fleuron de notre empire colonial. Exportatrice de riz, de caoutchouc et de charbon, c'est la seule colonie française dont la balance commerciale présente un solde positif depuis plus de trente ans. Sa population a doublé depuis le début du siècle grâce au recul de la variole et du choléra, fruit d'une politique de vaccinations rendue possible par la création des Instituts Pasteur de Saigon et de Nha Trang. Une faculté de Médecine a été ouverte à Hanoï, une dizaine de milliers de lits d'hôpitaux gratuits et plusieurs centaines de dispensaires ruraux ont été créés. L'enseignement primaire et secondaire a été développé et une université a été fondée à Hanoï.
Grâce à cette colonie riche et en plein développement, la France est devenue une puissance asiatique. Saigon n'est pas seulement une des plus belles villes de l'Extrême-Orient, c'est aussi le tremplin du rayonnement culturel et commercial français en Asie et en Indonésie. La Banque de l'Indochine, présente en Nouvelle-Calédonie, au Siam, à Singapour, à Djibouti et à Hong Kong, est aussi l'une des plus actives banques commerciales et d'affaires de Chine. Depuis Saigon, les paquebots des Messageries Maritimes desservent le Japon et le Pacifique et le chemin de fer du Yunnan a fait de Haïphong le débouché d'une des provinces les plus reculées de la Chine.
Cette prospérité apparente cache cependant une autre réalité, celle des aspirations à l'indépendance qui se sont manifestées dès 1930 par des soulèvements populaires durement réprimés et dont ni le monde politique ni l'opinion métropolitaine n'ont perçu la menace. L'Indochine, reléguée à la dernière leçon des manuels de géographie de l'enseignement primaire où elle est comparée à "un fléau de bambou entre deux paniers de riz", n'évoque pour la plupart des Français de métropole qu'une rengaine faussement exotique ("la petite Tonkinoise", qui doit son succès à son interprétation... par Joséphine Baker !) et la réplique du temple d'Angkor Vat qui a été "le clou" de l'Exposition Coloniale de Paris en 1931. La colonie lointaine n'intéresse guère qu'une poignée de financiers et de fonctionnaires, quelques militaires appartenant à l'Armée coloniale et les marins qui se souviennent du rôle essentiel joué par la Marine dans son histoire.

L'Indochine des amiraux

En 1859, l'amiral Rigault de Genouilly s'était emparé de la citadelle de Saigon à l'occasion d'une expédition franco-espagnole envoyée par Napoléon III pour secourir des missionnaires et exiger de l'empereur d'Annam l'installation d'un chargé d'affaires et de trois consuls. Deux ans plus tard, son successeur, l'amiral Chaîner, occupait une partie de la Cochinchine. En 1863, tandis qu'un officier de marine, le capitaine de frégate Aubaret, était envoyé à Hué pour négocier au nom de la France avec l'empereur d'Annam, l'amiral La Grandière signait avec le roi khmer Norodom un traité de protectorat sur le Cambodge. En 1867, La Grandière, en dépit des réticences des Affaires étrangères, annexait les provinces occidentales de la Cochinchine et lançait l'expédition de Doudart de Lagrée qui, remontant le Mékong, allait reconnaître le Yunnan et le cours supérieur du Yang Tsé Kiang.
En 1873, l'amiral Dupré envoyait Francis Garnier au Tonkin, où le commerçant français Jean Dupuis était en butte aux tracasseries des mandarins. Arrivé à Hanoï avec cent vingt hommes, Garnier s'emparait de la citadelle de Hanoi et commençait, de sa propre initiative, la conquête du Tonkin. Cette tentative tourna court après que Garnier eut été tué dans une embuscade mais l'empereur d'Annam reconnaissait l'année suivante la souveraineté de la France sur les trois provinces de Cochinchine que nous occupions depuis 1867 et ouvrait au commerce les villes de Qui Nhon, Hanoi et Haïphong.
Jusqu'en 1879 l'Indochine fut gouvernée par des amiraux qui mirent sur pied la première administration française du pays, rendant la justice, levant des impôts, ouvrant des routes et ébauchant le développement de la ville de Saigon.
En 1882, Le Myre de Vilers, premier gouverneur civil, envoyait trois compagnies sous le commandement du capitaine de vaisseau Rivière pour renforcer la garnison de Hanoï. Un an plus tard, Rivière, encerclé par des forces chinoises, fut capturé et décapité par les "Pavillons noirs". Jules Ferry, président du conseil, décida alors d'envoyer un corps expéditionnaire sous le commandement de l'amiral Courbet qui s'empara de Hué en 1883 et des principales villes du Tonkin l'année suivante.
Lorsque la pacification du pays fut confiée à l'Armée coloniale, la Marine continua à jouer un rôle militaire important grâce à ses canonnières fluviales. Et c'est à la suite des bombardements de Kelung et de Fou Tchéou par nos forces navales que la Chine renonça à revendiquer ses droits sur l'Indochine.


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