Auteur : Kerry Greenwood
Traducteur : Pascale Haas
Date de saisie : 08/10/2007
Genre : Policiers
Editeur : 10-18, Paris, France
Collection : 10-18. Grands détectives, n° 4056
Prix : 7.30 € / 47.88 F
ISBN : 978-2-264-04504-1
GENCOD : 9782264045041
Sorti le : 04/10/2007
Lorsqu'un soir de pluie sur les docks de Melbourne, un beau jeune homme blond meurt dans ses bras, l'intrépide détective Phryne Fisher ne peut se résoudre à laisser cette affaire aux mains de la police locale, un peu trop nonchalante à son goût. Pour tout indice, un tatouage du symbole anarchiste et le nom d'une ville lointaine : Riga. Il n'en faut pas plus à la téméraire jeune femme pour plonger, arme au poing, dans l'univers opaque et violent des anarchistes russes qui, pendant ces tumultueuses années vingt, font la Révolution en plein coeur du continent australien ! Toujours élégante et toujours survoltée, aussi à l'aise dans les salons mondains que dans les bouges malfamés, la plus glamour des détectives devra affronter bien des épreuves pour sortir indemne de cette ténébreuse affaire...
Traduit de l'anglais par Pascale Haas
INEDIT
Kerry Greenwood est née à Melbourne, en Australie, où elle vit toujours. Elle est l'auteur d'une vingtaine de romans - dont la série des aventures de Phryne Fisher, commencée en 1989 avec Cocaïne et tralala, et qui compte aujourd'hui quinze volumes -, de plusieurs pièces de théâtre et d'un essai.
Kerry Greenwood est avocate à la Commission d'aide juridique de Melbourne.
Quel glas pour ceux qui tombent comme du bétail ?
WILFRED OWEN, Hymne pour la jeunesse condamnée
Le pare-brise explosa. Phryne Fisher réalisa alors que le bourdonnement qu'elle percevait par-delà le rugissement du moteur de l'Hispano-Suiza n'était pas dû à un moustique, comme elle l'avait tout d'abord cru. Le pare-brise se fendilla en mille morceaux qui l'éclaboussèrent d'autant de minuscules fragments de verre pointus. Phryne enfonça la pédale de frein pour arrêter la puissante voiture. Elle épousseta ses lunettes d'aviateur avant de les retirer.
Quelqu'un venait de lui tirer dessus. On avait beau être en 1928 - une année de malaise notoire dans l'industrie, accompagné d'une crainte grandissante de désastre économique -, c'en était trop. Penchée en avant, Phryne fit tomber ce qui restait du pare-brise de son poing ganté de cuir. Quelle sale nuit ! Mais d'ailleurs, où diable était-elle ?
L'entrée de Victoria Dock se dressait face à elle. Elle scruta la nuit à travers le cadre vide du pare-brise sans parvenir à distinguer ou à entendre grand-chose. Deux silhouettes sombres traversèrent la rue en courant à moins d'une cinquantaine de mètres. L'une d'elles tira de nouveau dans sa direction. La balle rebondit sur le capot avant d'aller ricocher sur le mur d'enceinte des docks. Les voyous avaient atteint le mur de l'entreprise Gas Works et l'escaladaient au moment où Phryne sortit son Beretta et bondit hors de sa voiture, les visant avec soin en prenant appui sur son avant-bras.
Aussitôt, elle abaissa son arme. Trop loin... et trop tard ! Les silhouettes enjambèrent le mur de brique rouge et disparurent. Phryne lâcha un juron, rempocha son Beretta et ôta son manteau avec précaution pour le secouer. Puis, reportant son attention sur sa voiture, elle retira tout le verre qu'elle put et épousseta le capot de ses mains gantées afin de rouler sans risque jusqu'au premier commissariat. Une guerre de gangs à Melbourne ? L'hypothèse semblait peu probable. Le gardien posté à l'entrée, qui avait sans doute tout vu, pourrait au moins appeler la police.
Alors qu'elle se tournait vers l'entrée éclairée, Phryne se rendit compte qu'un troisième acteur avait pris part à la pièce - même s'il ne manifestait pas grand intérêt pour ce qui se passait. Étendu sur le bitume rugueux de la route d'accès aux docks, il était en train de se vider de son sang.
- Nom de Dieu ! s'exclama Phryne en se demandant s'il n'y avait pas d'autres tireurs embusqués. Jusque-là, pourtant, la soirée était plutôt agréable. Dans cette lumière, j'offre une superbe cible !
Vêtue d'un pantalon large, de bottes, d'un chapeau cloche, d'un chemisier en soie crème et d'un manteau de renard roux, elle présentait une silhouette très à la mode en s'agenouillant près d'un mourant sous la lampe à acétylène qui illuminait l'aire de stationnement.
Phryne enleva son manteau pour éviter de le tacher et glissa son bras gainé de soie sous la tête de l'inconnu. Elle constata qu'il s'agissait d'un très jeune homme, avec une tignasse de cheveux filasse en broussaille et couverts de boue. La tête blonde roula sur l'épaule de Phryne tandis que ses mains palpaient son corps malmené. Les côtes, sérieusement endommagées, lui parurent s'enfoncer sous ses doigts, et il avait un trou au cou de la taille d'une pièce d'une couronne d'où jaillissait un flot de sang.
Phryne enleva ses gants qu'elle roula en boule et comprima la blessure. Une main agrippa mollement son bras et deux yeux bleus s'ouvrirent.
- Reste tranquille, ordonna-t-elle. Tu es blessé. Quelqu'un t'a tiré dessus et a bien failli m'avoir, moi aussi. Tu sais qui c'était ?
La tête dodelina, les lèvres s'entrouvrirent. Le jeune homme était vêtu d'une chemise bleue d'ouvrier sans col et de ce qui avait sans doute été un costume de serge grise convenable avant qu'il ne décide de mourir dedans. Phryne sentit ses genoux trempés s'incruster dans le gravier. Elle se déplaça de quelques centimètres. Le garçon portait un anneau en or à l'oreille et un tatouage bleu sur la clavicule. Un A majuscule entouré d'un cercle.
- Tu parles anglais ?
Le garçon marmonna dans une langue que Phryne ne parvint pas à identifier.
- Tu jaspines-ti français, mon pauv'e ?
Le mourant esquissa un vague sourire en reconnaissant l'argot du milieu dans la bouche de cette femme élégante et répondit à la manière d'un titi parisien :
- Comme de juste, Auguste.
Puis il cligna des yeux, fit une grimace et dit :
- J'dois clamecer.
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