Auteur : Douglas Coupland
Traducteur : Maryvonne Ssossé
Date de saisie : 08/10/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : 10-18, Paris, France
Collection : 10-18. Domaine étranger, n° 4069
Prix : 7.80 € / 51.16 F
ISBN : 978-2-264-04465-5
GENCOD : 9782264044655
Sorti le : 04/10/2007
Enceinte et secrètement mariée, Cheryl Anway griffonne sur un cahier d'écolier ce qui deviendra ses dernières volontés, juste avant que trois élèves, désaxés et déchaînés, mitraillent la cafétéria de son lycée. Quatre personnages dramatiquement touchés racontent alors leur histoire : Cheryl narre calmement sa propre mort ; Jason, le garçon dont tout le monde ignorait qu'il était son mari, encore dévasté par sa mort dix ans après ; Heather, la femme qui essaie d'aimer cet homme anéanti ; et enfin Reg, son père, que la rigidité religieuse a séparé de tous ceux qu'il aimait. Défiant les lois du temps, ce journal intime à quatre voix nous dévoile leurs vies brisées par l'excès de puritanisme et la violence extrême...
«Le pape de Génération X et de Toutes les familles sont psychotiques, artiste protéiforme s'il en est, pousse la réflexion philosophique sur l'ambivalence religieuse, décline le chagrin et la pitié avec un talent narratif hors pair.»
Optimum
Traduit de l'anglais par Maryvonne Ssossé
Douglas Coupland est né en 1961, en Allemagne, sur une base de larme e canadienne. Écrivain, plasticien, designer, il est l'auteur de plusieurs romans cultes, dont Génération X, Microserfs, Girlfriend dans le coma et Hey, Nostradamus !, élu meilleur roman de l'année 2004 par l'Association des auteurs canadiens. Douglas Coupland vit aujourd'hui à Vancouver, au Canada. Son dernier roman, Eleanor Rigby, a paru au Diable Vauvert en 2007.
À mon sens, un trait distinctif sépare l'humanité de ce qui compose le reste du monde - les spaghettis, les feuilles perforées, les créatures marines des profondeurs, les edelweiss et le mont McKinley -, seuls les êtres humains possèdent la capacité de commettre n'importe quel péché à n'importe quel moment. Ceux qui tentent de construire une existence bonne et juste se trouvent aussi loin de la grâce divine que l'Étrangleur de la Colline, ou qu'un être malfaisant qui tenterait d'empoisonner le puits d'un village. Les événements de la matinée ne font que confirmer mon opinion.
C'était un merveilleux matin d'automne. À l'ouest, le soleil enflammait les crêtes des montagnes d'un rose acidulé, et la ville n'avait pas encore généré sa couverture de smog quotidienne. Avant de partir pour le lycée dans ma petite Chevette blanche, je m'étais arrêtée dans le salon pour observer le port avec le télescope de mon père ; l'eau lisse comme du mercure reflétait la lune qui descendait sur l'horizon d'East Vancouver. En levant les yeux vers le vrai ciel, je vis qu'elle n'allait pas tarder à s'effacer devant le soleil.
Mes parents étaient déjà partis pour leur travail, et mon frère Chris s'entraînait avec son équipe de natation depuis des heures. Le silence de la maison n'était même pas rompu par le tic-tac d'une pendule. En ouvrant la porte d'entrée, je jetai un coup d'oeil en arrière ; quelques gants et des lettres non ouvertes traînaient sur le bureau de l'entrée. Plus loin, des divans bon marché étaient disposés sur le tapis doré du salon, flanqués d'une table basse et d'une lampe que nous n'utilisions jamais parce que l'ampoule grillait chaque fois qu'elle était allumée. Une sensation agréable émanait de tout ce silence et ce calme ordonné, et je mesurai la chance d'avoir un bon foyer. Puis, je me retournai et sortis. J'étais un peu en retard, mais je n'étais pas pressée.
En principe, je partais par le garage mais, aujourd'hui, je voulais observer une petite touche de solennité. Ce matin serait le dernier où je pourrais poser un regard vraiment innocent sur ma maison - pas à cause de la manière dont tout allait se terminer, mais d'un autre drame mineur qui devait trouver sa conclusion aujourd'hui.
Je suis heureuse que la journée ait commencé de manière aussi ordinaire et paisible. L'air était assez frais pour transformer le souffle en vapeur légère et, devant la maison, la pelouse était craquante de gel, comme si chaque brin d'herbe avait été gainé de givre. Les geais de Steller, noir et bleu vif, échangeaient des cris rauques dans l'abreuvoir de l'avant-toit et semblaient mijoter quelque chose. Les feuilles des érables du Japon s'étaient transformées en éclats de vitraux. La beauté du monde me semblait insupportable ; et cette sensation se prolongea tout au long de la route qui descendait de la montagne jusqu'au lycée. Cet excès de splendeur me remplissait d'une délicieuse euphorie, l'intérieur de ma tête me picotait. C'était peut-être ainsi que vivaient les artistes, avec toutes les sensations fourmillant à l'intérieur de leur crâne comme s'il était caressé avec une plume de paon.
J'étais la dernière à me garer sur le parking du lycée. Peu importe la confiance en soi que l'on peut éprouver, c'est toujours inconfortable de penser qu'on est la dernière personne à arriver quelque part, quel que soit cet endroit.
Je portais quatre grands blocs-notes et quelques livres de cours. Quand j'essayai de claquer la portière de la Chevette, elle ne se referma pas correctement, je tentai de pousser avec ma hanche, mais cela ne marcha pas. Je ne parvins qu'à éparpiller mes livres sur le sol. Malgré tout, ça ne m'énerva pas plus que ça.
Quand j'entrai dans le bâtiment, tout le monde était déjà rentré et je retrouvai dans les couloirs la quiétude que j'avais quittée chez moi. C'est le jour du silence.
Avant d'entrer en classe, je devais passer à mon casier et, pendant que je composais la combinaison, Jason arriva derrière moi.
«Bouh.
- Ne fais pas ça, Jason. Tu ne devrais pas être en cours ?
- Je t'ai vue te garer, alors je suis sorti.
- Tu es sorti de la salle, comme ça ?
- Laisse tomber, Miss Collet monté. Tu avais l'air bizarre au téléphone hier soir.
- Ah, oui ?
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli