Auteur : Jacques Baudou
Illustrateur : Frédéric Sochard
Date de saisie : 07/10/2007
Genre : Jeunesse à partir de 9 ans
Editeur : Castor poche-Flammarion, Paris, France
Collection : Castor poche, n° 1058
Prix : 5.20 € / 34.11 F
ISBN : 978-2-08-120598-7
GENCOD : 9782081205987
Sorti le : 17/09/2007
8 nouvelles policières
PRÉSENTÉES PAR JACQUES BAUDOU
De Voltaire à Béatrice Nicodème, en passant par Maurice Leblanc, on retrouve ce même goût du mystère et du jeu... Sur les traces de Sherlock Holmes, Hercule Poirot ou Rouletabille, huit nouvelles pour se mesurer aux criminels les plus malins et résoudre les énigmes les plus complexes...
Un livre à dévorer la loupe à la main !
LE CHIEN ET LE CHEVAL
VOLTAIRE
Voltaire est le pseudonyme de François-Marie Arouet (1694-1778). Célèbre écrivain français du XVIIIe siècle, auteur de pièces de théâtre (Zaïre, La Mort de César, etc.), de contes philosophiques (Candide, Micromégas), collaborateur de L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, philosophe, polémiste redouté, il fut l'un des esprits les plus brillants de son temps.
A l'époque de Voltaire, un recueil de contes arabes traduit par Antoine Galland connut une grande vogue : Les Mille et Une Nuits. L'un d'eux, d'origine perse, «Le voyage et les aventures des trois princes de Serendip» raconte l'histoire de trois princes qui rencontrent sur leur chemin un chamelier qui se désole d'avoir perdu une bête. Ils la lui décrivent avec tant de détails que le commerçant, persuadé d'avoir affaire à ceux qui lui ont dérobé l'animal, les fait arrêter. Les trois princes expliquent alors qu'ils n'ont pas vu le chameau, mais qu'ils ont croisé ses traces et qu'ils les ont soigneusement examinées. Ils en ont déduit qu'il était borgne, boiteux, qu'il lui manquait une dent, qu'il était chargé d'un côté de beurre et de l'autre de miel et qu'il était monté par une femme enceinte.
À ce type de raisonnement qui conduit à partir de l'examen attentif d'indices à faire de judicieuses déductions, les critiques britanniques ont donné le nom de serendipity. C'est l'un des fondements du récit policier.
Dans le chapitre extrait de Zadig, conte philosophique de Voltaire, celui-ci donne un bon exemple de serendipity...
Zadig éprouva que le premier mois du mariage, comme il est écrit dans le livre du Zend, est la lune du miel, et que le second est la lune de l'absinthe. Il fut quelque temps après obligé de répudier Azora, qui était devenue trop difficile à vivre, et il chercha son bonheur dans l'étude de la nature. «Rien n'est plus heureux, disait-il, qu'un philosophe qui lit dans ce grand livre que Dieu a mis sous nos yeux. Les vérités qu'il découvre sont à lui : il nourrit et il élève son âme, il vit tranquille ; il ne craint rien des hommes, et sa tendre épouse ne vient point lui couper le nez.»
Plein de ces idées, il se retira dans une maison de campagne sur les bords de l'Euphrate. Là il ne s'occupait pas à calculer combien de pouces d'eau coulaient en une seconde sous les arches d'un pont, ou s'il tombait une ligne cube de pluie dans le mois de la souris plus que dans le mois du mouton. Il n'imaginait point de faire de la soie avec des toiles d'araignée, ni de la porcelaine avec des bouteilles cassées, mais il étudia surtout les propriétés des animaux et des plantes, et il acquit bientôt une sagacité qui lui découvrait mille différences où les autres hommes ne voient rien que d'uniforme.
Un jour, se promenant auprès d'un petit bois, il vit accourir à lui un eunuque de la reine, suivi de plusieurs officiers qui paraissaient dans la plus grande inquiétude, et qui couraient çà et là comme des hommes égarés qui cherchent ce qu'ils ont perdu de plus précieux. «Jeune homme, lui dit le premier eunuque, n'avez-vous point vu le chien de la reine ?» Zadig répondit modestement : «C'est une chienne, et non pas un chien. - Vous avez raison, reprit le premier eunuque. - C'est une épagneule très petite, ajouta Zadig ; elle a fait depuis peu des chiens ; elle boite du pied gauche de devant, et elle a les oreilles très longues. - Vous l'avez donc vue ? dit le premier eunuque tout essoufflé. - Non, répondit Zadig, je ne l'ai jamais vue, et je n'ai jamais su si la reine avait une chienne.»
Précisément dans le même temps, par une bizarrerie ordinaire de la fortune, le plus beau cheval de l'écurie du roi s'était échappé des mains d'un palefrenier dans les plaines de Babylone. Le grand veneur et tous les autres officiers couraient après lui avec autant d'inquiétude que le premier eunuque après la chienne. Le grand veneur s'adressa à Zadig, et lui demanda s'il n'avait point vu passer le cheval du roi. «C'est, répondit Zadig, le cheval qui galope le mieux ; il a cinq pieds de haut, le sabot fort petit ; il porte une queue de trois pieds et demi de long ; les bossettes de son mors sont d'or à vingt-trois carats ; ses fers sont d'argent à onze deniers. - Quel chemin a-t-il pris ? Où est-il ? demanda le grand veneur. - Je ne l'ai point vu, répondit Zadig, et je n'en ai jamais entendu parler.»
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