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Carmen la nouvelle. Volume 3, Les séductions espagnoles

Couverture du livre Carmen la nouvelle. Volume 3, Les séductions espagnoles

Auteur : Louise Doutreligne

Date de saisie : 07/10/2007

Genre : Théâtre

Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-35516-007-3

GENCOD : 9782355160073

Sorti le : 07/10/2007


  • La présentation de l'éditeur

Louise Doutreligne

Carmen la nouvelle
Les Séductions espagnoles III

Théâtre

La vie et l'oeuvre théâtrale, romanesque, épistolaire, archéologique et académique, de Prosper Mérimée racontées par ses doubles (Joseph L'Estrange à Clara Gazul)... Joseph osera glisser discrètement entre les doigts de la grande actrice son dernier manuscrit, et miracle, il verra sa nouvelle devenir théâtre... évoquant sa rencontre, d'abord dans la sierra puis au fin fond d'une prison andalouse, avec le bandit Don José Navarro lui confessant son amour fou pour Carmen et son crime passionnel...

«Les thèmes attendus de la sensualité et de la foi, de la sauvagerie et de l'honneur, du courage et de l'insouciance sont déclinés avec humour et légèreté par Louise Doutreligne...»

Emmanuelle Bouchez (Télérama. 1993)

Faisant suite à Teresada' et Don Juan d'Origine, Carmen la nouvelle est la troisième pièce des «Séductions espagnoles». Après elle, viendront encore : Faust espagnol, une adaptation/traduction de La casa de Bernarda Alba de Lorca, La novice et le jésuite et Dans la peau de Franco. Sept pièces pour ce parcours de séduction où l'obscur objet du désir travaille les mythes européens d'origine ibérique et la mémoire historique, comme un désir de dévoiler l'obscur de l'oubli... Dans un ballet de mots et d'accents*, dans un joli régal* qui fouette le sens et les sens*, sept» comedia» conçues d'une plume acérée*, humour et sensualité en prime*, pour les gounnands de textes et les friands de théâtre* et qui ne demandent qu'à retrouver sous toutes les formes le chemin des plateaux et du succès public...

* propos repris des critiques de E. Bouchez (Télérama). S. Dupuis (L'Express), G. Costaz (Politis), J.-P Leouardini (L'Humanité), Delfeil de Ton (le Nouvel Observateur).





  • Les premières lignes

Prologue I

Un salon parisien, transformé en petit théâtre où des comédiens finissent de donner une courte comédie d'une auteure et comédienne espagnole Clara Gazul. Au premier rang des spectateurs, ravi, prêt d'applaudir, un petit carnet à la main, le traducteur français de Clara Gazul, Joseph L'Estrange.

FRAY ANTONIO

(Comédien habillé en grand inquisiteur.) En une heure, je suis devenu fornicateur, parjure, assassin !

MARIQUITA

(Habillée en gitane au public.) En voyant cette fin tragique, vous direz, je crois, avec nous qu'une femme est un diable.

Fin de la comédie qui peut être éventuellement jouée en lever de rideau dont on trouve le texte en annexe.
Le comédien qui jouait Fray Antonio s'avance.

FRAY ANTONIO

C'est ainsi que finit la comédie «Une Femme est un diable»... Excusez les fautes de l'auteur, Madame Clara Gazul, ici présente... qui écrit, qui joue, qui chante, qui danse... (Il accompagne sa partenaire pour la faire saluer.)

CLARA GAZUL

Merci, merci... merci ! Dans cette comédie, j'ai pris la liberté de sortir de la route battue. Bien des gens pourraient être scandalisés de cette audace, mais les Français émancipés ont appris à distinguer la vraie dévotion de l'hypocrisie, et c'est eux que je prends pour juges...

JOSEPH

Bravo !

Clara fait signe à son traducteur, Joseph L'Estrange de bien vouloir s'avancer. Joseph salue avec modestie.

CLARA GAZUL

Que la gloire revienne aussi à Monsieur Joseph l'Estrange, mon traducteur... sans lui, sans son obstination, jamais ce projet de présenter mes oeuvres à Paris n'aurait vu le jour...
Pour me convaincre, il a parcouru l'Espagne, seul et en tous sens au péril de sa vie...

Joseph ouvre son petit carnet et en sort une jolie fleur séchée qu'il lui tend amoureusement.

JOSEPH

C'est une petite fleur que j'ai trouvée là-bas chez vous, en Andalousie, dans la montagne, derrière ce vilain couvent de Santo Domingo, vous voyez ?... (Il rit, Clara sourit poliment. Au public.) Cela fait déjà deux années que je suis de retour à Paris ! C'est donc à Gibraltar, lors d'un voyage d'études que j'ai vu pour la première fois Mademoiselle Gazul. Elle avait alors quatorze ans. (Il cherche un assentiment de Clara, elle sourit toujours énigmatique, respirant la fleur offerte.)... J'avais dans mon bagage trois ou quatre volumes dépareillés, je vous les ai offerts, et ce cadeau commença notre relation, n'est-ce pas ?... Cette relation, je l'ai cultivée toujours avec soin pendant mes longs séjours en Espagne, et plus qu'un autre, je crois, je suis en état de démêler la vérité d'une foule de mensonges que l'on débite dans votre pays sur votre compte. On ne sait presque rien de vos premières années... mais je me souviens qu'un soir que nous fumions... serrés autour de votre brasero, un curé qui se trouvait parmi nous... oui un curé n'est-ce pas... vous demanda où et de qui vous étiez née... et il me semble bien qu'alors vous avez répondu...

CLARA

Je suis née sous un oranger sur le bord d'un chemin, non loin de Motril, dans le royaume de Grenade ; ma mère faisait pro­fession de dire la bonne aventure; je l'ai suivie, ou plutôt elle m'a portée sur son dos jusqu'à l'âge de cinq ans. Un jour, elle m'a menée chez un chanoine de Grenade et m'a dit : «Saluez votre oncle.» Je l'ai salué. Elle m'a embrassée, est partie. Je ne l'ai jamais revue.

(...)


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