Auteur : Susana Lastreto Prieto
Préface : Michel Azama
Date de saisie : 06/10/2007
Genre : Théâtre
Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-35516-024-0
GENCOD : 9782355160240
Sorti le : 06/10/2007
Susana Lastreto Prieto
Dans l'ombre
La pièce commence par un voeu assez banal chez les adolescents : le serment de se retrouver plus tard dans l'avenir, quoiqu'il arrive. Sauf que le jour choisi est le réveillon de l'an 2000. Sauf, surtout, que des relations complexes unissent les trois personnages en question, comme on le découvre peu à peu... Deux hommes, jadis amoureux de la même femme, la Femme disparue, entrée en "subversion", ont pris des chemins opposés : l'Homme Ressuscité, après avoir un temps épousé lui aussi les idées de la Révolution, est devenu un riche businessman, tandis que l'Homme qui Traque le dessous des choses s'est mis au service de la dictature.
Nuit d'été loin des Andes ou Dialogues avec mon dentiste...
L'exil en Europe, en France en particulier - volontaire ou non - a été, est encore, le lot de milliers de Latino-Américains. C'est de cette expérience à la fois banale et singulière que rend compte Susana Lastreto dans sa Nuit d'été loin des Andes. Avec un regard à la fois étonné et lucide, elle décrit, dans un one-woman show merveilleusement poétique, la solitude d'une nouvelle venue dans la «Ville lumière» et les liens complexes tissés peu à peu avec ses habitants.
Extraits de la postface de François GEAL
Un petit salon très élégant dans la résidence de l'ambassadeur. Le salon donne sur une terrasse et l'on devine à travers la baie vitrée les lumières d'une grande ville. Une porte fenêtre permet de sortir sur la terrasse.
L'HOMME RESSUSCITÉ
Elle a dit «On mélange nos sangs, c'est comme ça qu'on fait dans les livres» et nous trois dans la cour du lycée je nous revois le dernier jour avant les vacances d'été notre dernière année de lycée et moi qui ai peur d'avoir mal et je tremble je tremble j'ai peur de mourir je dis non non je ne veux pas d'entaille dans mon doigt et puis tout ça c'est un truc d'enfants et nous on n'est plus des enfants on a grandi fini le lycée fini demain l'université (À l'homme.) toi médecine elle lettres moi je ne sais pas je ne savais pas rien plutôt envie de rien faire à l'époque tu te souviens et elle chauffe la petite lame du canif avec une allumette elle rit elle me dit tu es une vraie demoiselle l'homme c'est moi le héros c'est moi ce n'est pas croyable que tu aies peur comme ça la peur n'existe pas ce n'est qu'une petite entaille dans le doigt pour mélanger nos sangs pour sceller le pacte il n'y a que le sang pour sceller les pactes Sandokan Francis Drake Barberousse Robin Hood le capitaine Nemo et même Achab pour en finir avec sa baleine c'est comme ça qu'ils ont fait elle riait et toi tu as dit que ces choses-là on les faisait dans les livres que la vie n'est pas comme dans les livres mais elle entaille le bout de son pouce et une petite goutte de sang jaillit et moi dans les pommes tout de suite au sol pas du tout Sandokan ni Francis Drake ni Barberousse ni Robin Hood ni même Tarzan qu'elle aimait bien aussi mais j'étais comme le chien Pluto tu te souviens ce chien mort de trouille de la bande dessinée toujours aplati au sol les quatre pattes en biais dès que le moindre chat apparaissait à l'horizon.
Pause.
Je parle je parle je suis bavard toujours le même bavard me diras-tu mais tous ces souvenirs depuis toutes ces années ont fait les bagages tant de fois et voilà finalement qu'ils peuvent quitter les valises s'asseoir raconter leur vie ici dans ce salon qui l'aurait dit nous voilà le fameux jour la veille de l'an 2000 je suis sûr qu'elle dira "Voyez je vous l'avais dit nous avons survécu et dépassé l'année 1984 et nous arriverons à l'an 2000 et nous voilà partis pour vivre jusqu'en 2030 et coloniser Pluton".
Pause.
Je me suis réveillé parce qu'elle me giflait doucement et elle riait et toi sombre comme le vinaigre tu étudiais la petite entaille sur son pouce et celle qu'elle venait de faire dans le mien et c'est toi qui finalement as uni nos doigts et ça a fait une petite tache de sang sur la dalle de la cour à l'ombre de la glycine et elle a dit «Jurons : unis à la vie à la mort» et moi j'étais comme Pluto mort de trouille parce que la solitude avançait déjà vers moi à grands pas et je ne savais pas où ni avec qui je pourrais aboyer et j'ai dit «Et si on se perd de vue ?»
Il s'arrête un peu essoufflé.
L'HOMME QUI TRAQUE LE DESSOUS DES CHOSES (Très doucement.)
Elle a dit : «On se fixe un rendez-vous. Plus tard. Quand on sera vieux, qu'on aura... Je ne sais pas... Quarante ans ! En l'an 2000 par exemple». J'ai dit : «Qui sait où on sera... je veux voyager... ici c'est un trou perdu...» Elle a ri : «On se cherchera, on se retrouvera. On est jeunes. Sûr qu'on sera encore vivants...»
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