Auteur : Bernard Vandermeersch
Préface : Yves Coppens
Date de saisie : 10/10/2007
Genre : Archéologie, Préhistoire
Editeur : Ed. du CTHS, Paris, France
Collection : Documents préhistoriques, n° 23
Prix : 42.00 € / 275.50 F
ISBN : 978-2-7355-0638-5
GENCOD : 9782735506385
Sorti le : 27/09/2007
Cet ouvrage présente les principaux aspects de l'histoire biologique et culturelle des populations néandertaliennes. Apparues en Europe il y a 350 000 ans, elles ont évolué sur notre continent avant de s'étendre au Proche-Orient, peut-être poussées vers le sud par les dégradations climatiques. Au Proche-Orient, elles partagèrent longtemps la même culture moustérienne avec des populations, de morphologie plus moderne. Elles déclinèrent avec l'arrivée des Hommes modernes en Europe et disparurent il y environ 30 000 ans, non sans avoir tenté d'adapter leurs cultures et leurs technologies aux nouvelles conditions qu'elles eurent à affronter. Les Néandertaliens représentent une partie essentielle de la Préhistoire européenne et leur rôle dans l'histoire de l'humanité fut considérable.
Chacun des aspects de cette histoire est traité par un ou des spécialistes qui ont eu toute liberté pour présenter l'état actuel de nos connaissances et leurs idées sur la biologie ou les cultures des Néandertaliens. Les lecteurs trouveront à ta fois les données les plus récentes de la recherche et les multiples questions que pose encore cette population fossile qui, après un siècle et demi de travaux, s'est beaucoup rapprochée de nous tout en restant, par bien des aspects, une énigme.
Bernard Vandermeersch, ancien professeur à l'université de Bordeaux, a fouillé plusieurs gisements moustériens en France et au Proche-Orient et publié de nombreux travaux sur les Néandertaliens. Bruno Maureille, chercheur au CNRS dans cette même université, consacre son activité de recherche à l'étude de cette population fossile.
LES REPRESENTATIONS DES NEANDERTALIENS : ÉVOLUTION DES FIGURATIONS ET DES IDÉES SCIENTIFIQUES
Giacomo Giacobini
Bruno Maureille
Au cours de l'histoire de la paléoanthropologie, tous les homininés fossiles ont fait l'objet de reconstitutions - dessins, peintures ou sculptures - par des artistes collaborant plus ou moins avec des scientifiques. Parfois limitées à l'aspect physique, parfois évoquant des comportements ou des scènes de vie, ces oeuvres ont été, et continuent à être, utilisées par les chercheurs pour transmettre leurs interprétations.
Souvent, elles ont joué un rôle important à l'intérieur de la communauté scientifique, en renforçant des paradigmes interprétatifs. Que ce soit dans les illustrations d'un ouvrage ou d'un panneau d'exposition, ou bien dans la vitrine d'un musée, ces reconstitutions sont un instrument de communication puissant, doué d'un pouvoir de synthèse et d'évocation extraordinaire. Parmi tous les homininés, l'Homme de Neandertal est celui qui a fait le plus l'objet de reconstitutions. L'étude de son histoire ouvre donc une fenêtre sur celle des découvertes et des idées - parfois des mythes scientifiques - qui ont marqué l'évolution de nos connaissances sur cet homme préhistorique (Cohen, cet ouvrage).
Plusieurs auteurs ont déjà analysé cet aspect. Parmi les plus récents, on peut citer par exemple Giacobini (1990), Moser (1992), Trinkaus et Shipman (1993a) et Maureille (1999). Pour des discussions plus variées sur ce thème, le lecteur est invité à consulter L'homme préhistorique. Image et imaginaire, volume coordonné par Ducros et Ducros (2000)
Les toutes premières représentations
(1830-1908)
Entre 1833-34, date de la publication des Recherches sur les ossements fossiles découverts dans les cavernes de la province de Liège par Schmerling, et 1856, date de la découverte des restes humains de la vallée de Neander, l'idée de l'existence d'un homme contemporain d'espèces animales disparues commence à faire son chemin dans l'esprit de quelques savants et vulgarisateurs. En 1838, l'article de Boitard «L'homme fossile. Étude paléontologique», paru dans le Magazine universel, est illustré par une figure dessinée par Susemihl qui représente probablement le premier essai de reconstitution d'un homme fossile (Blanckaert, 2000). Comme la scène décrite dans le texte se déroule aux environs de Liège, il paraît logique de penser que les découvertes faites par Schmerling à Engis ont inspiré l'article et l'illustration. Cette dernière n'a aucune base scientifique. L'homme représenté a un aspect un peu simiesque (ce qui ne pouvait pourtant pas être inspiré du texte de Schmerling) et serre dans sa main une sorte de hache emmanchée, qui paraît symboliser sa condition humaine. L'image puise évidemment des ressemblances dans les anciennes figurations de singes anthropomorphes et dans la tradition de l'«homme sauvage» présente dans plusieurs pays européens. Un autre ouvrage de Boitard, intitulé Paris avant les hommes. L'homme fossile, etc., paru à titre posthume en 1861, est illustré par un nouveau dessin (fig. 1). Il est assez semblable au précédent, avec un homme-singe qui serre toujours dans sa main une hache emmanchée. L'Homme de Neandertal avait été découvert cinq ans auparavant, mais l'image de ses puissantes arcades sourcilières n'était pas encore suffisamment connue pour toucher l'imaginaire collectif. En 1880, la 9e édition de l'ouvrage A manual of the antiquity of Man, publié par MacLean, montre sur sa page de garde une prétendue «ideal restoration of the Neandertal Man». Il s'agit d'un portrait à l'italienne d'un homme barbu (fig. 2). Le Néandertalien présente alors des reliefs sus-orbitaires marqués, un front très plat, fuyant et une toute petite boîte crânienne. Sa face est en revanche volumineuse et très prognathe. Elle est oblique de l'arrière vers l'avant, du front au menton, qui est lui bien saillant. Il est vrai qu'à l'époque, avec les vestiges de Neandertal, seule la mandibule de La Naulette (1865, Belgique) était connue. Le sujet a une expression plutôt effrayante. L'Homme de Neandertal est mi-homme mi-bête.
En 1887, Du Cleuziou publie, sous la direction de Flammarion, un ouvrage de vulgarisation illustré, La création de l'Homme et les premiers âges de l'humanité. Entre-temps, les connaissances sur les fossiles humains et leurs cultures matérielles se sont enrichies. Le Paléolithique est couramment divisé en quatre époques : chelléenne, moustérienne, solutréenne et magdalénienne. L'association Homme de Néandertal/Moustérien n'était pas encore connue de Du Cleuziou pendant qu'il rédigeait son ouvrage. Elle sera établie au cours de la même année 1887 par la publication de la monographie sur les squelettes découverts à Spy l'année précédente. Il suit donc les associations indiquées par Mortillet dans son manuel Le Préhistorique. Antiquité de l'homme (1883), qui eut une très large diffusion à l'époque. À cause de leur aspect primitif, il attribue les restes de Neandertal et de La Naulette (avec d'autres, comme ceux de Lahr, qu'on considérait du Paléolithique) à l'époque chelléenne. Sa description propose un homme de stature moyenne, très musclé, avec une tête allongée aux arcades sourcilières proéminentes et au menton fuyant. Dans l'illustration jointe, les deux hommes en train de guetter un troupeau d'éléphants ont pourtant un aspect assez moderne. Dans le chapitre suivant, pour reconstituer son homme de l'époque moustérienne (fig. 3), Du Cleuziou se base sur le crâne de l'Olmo (découvert près de Arezzo en 1863), qu'on considérait comme très ancien à l'époque mais qui, étant en réalité protohistorique, présente un aspect moderne, avec un front vertical et sans torus sus-orbitaire, ce que l'auteur met en relation avec une intelligence bien supérieure à celle de l'Homme chelléen.
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