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Le jardin de Cyrus ou Les plantations en quinconce, losange ou réseau des anciens, considérées selon l'art, la nature, la mystique

Couverture du livre Le jardin de Cyrus ou Les plantations en quinconce, losange ou réseau des anciens, considérées selon l'art, la nature, la mystique

Auteur : Thomas Browne

Traducteur : Bernard Hoepffner

Date de saisie : 03/10/2007

Genre : Essais littéraires

Editeur : Corti, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-7143-0955-6

GENCOD : 9782714309556

Sorti le : 04/10/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Le Jardin de Cyrus est le quatrième livre que rédigea Thomas Browne et le dernier publié de son vivant : c'est là que l'on sent le mieux son esprit inquisiteur chercher à plonger jusqu'au plus profond de son sujet - le chiffre cinq dans la nature et dans la création humaine, la disposition en quinconce - et, en partant de notion concrètes et scientifiques, s'enfoncer dans les considérations mystiques les plus abstruses. Le style est à la hauteur de cette tâche ; jamais Browne n'a été aussi baroque, jamais il ne s'est lancé avec tant d'enthousiasme dans l'invention d'une syntaxe aussi touffue, jamais il n'a fait montre d'une telle exubérance dans la création de néologismes, pour la plupart à partir du latin. En lisant ce livre, on a souvent l'impression que d'une simple idée, Browne crée de la poésie en prose.
Le sujet permet à Browne de disserter sur les mystères de l'univers avec son style inimitable : «C'est, en définitive, un livre de morale, et en même temps une autobiographie intellectuelle écrite par un dilettante de grande classe qui sait s'amuser de tout et qui laisse dans chaque phrase sa marque personnelle.» (Bouquins, Laffont).

Thomas Browne, né à Londres le 19 octobre 1605, est mort le jour de son soixante-dix-septième anniversaire, à Norwich, en 1682. Sa famille, sans être riche, était aisée ; il fit ses études à Pembroke Collège, Oxford, où il fut reçu Master of Arts en 1629. Après un voyage en Irlande, il poursuivit ses études de médecine dans la prestigieuse Faculté de Montpellier, à l'Université de Padoue et enfin aux Pays-Bas, où il fut reçu docteur en médecine à la Faculté de Leyde en 1633 ou 1634. Thomas Browne doit sans doute sa largeur d'esprit et sa tolérance envers d'autres religions que la sienne à ce séjour à l'étranger.
Pseudodoxia Epidemica, édité par Corti en 2004, fut publié en 1646 sous sa signature.
Le 28 septembre 1671, Charles II, en visite à Norwich, le fit chevalier. Il mourut paisiblement en 1682.





  • Les premières lignes

A mon digne et honoré ami Nicholas Bacon, de Gillingham.

Si je n'avais pas constaté que certains Myopes ont fort bien discouru de la vue, et d'autres, sans progéniture, excellemment de la Génération, moi qui n'ai jamais été maître d'un jardin de grandes dimensions, jamais je ne me serais attaqué à ce Sujet. Mais la Terre est le Jardin de la Nature, et chaque Pays fertile, un Paradis. Dioscoride entreprit la majeure partie de ses Observations alors qu'il faisait campagne avec Antoine ; et c'est sur le terrain lui-même que Théophraste a tiré la plupart de ses généralités.
D'ailleurs, ce n'est pas un Herbier que nous rédigeons, et ce Volume ne pourra vous tromper, vous qui avez manié le plus lourd d'entre eux, qui savez que trois in-folio n'y suffisent pas et qui voyez tant de nouveaux Herbiers nous arriver d'Amérique ; ces Descriptions, c'est d'Enquêteurs persévérants ayant longtemps travaillé à ces Singularités que nous les attendons. Et sur ce Sujet l'Angleterre est aujourd'hui d'un raffinement qui n'est pas inférieur à celui des autres Pays.
Nous n'avons ni la prétention de multiplier les divisions végétales à l'aide des plantes Quinconciales et Réticulées, ni de construire une nouvelle Phytologie. Le Champ du savoir a été tellement parcouru qu'il est difficile de découvrir quoi que ce soit de neuf. Sur les choses anciennes nous écrivons du neuf, s'il est possible d'ajouter à la vérité ou si désir il y a de parvenir au neuf ; puisque les Anciens connaissaient les récentes découvertes Anatomiques, et Hippocrate, la Circu­lation.
Vous avez depuis si longtemps dépassé le savoir trivial qu'il est difficile de trouver un sujet à votre hauteur ; et si vous connaissez un Traité sur ce sujet, nous nous sommes trompé dans notre intention. Devant la multiplicité de ce qui a été écrit, les Thèmes secondaires et arides sont ceux qui conviennent le mieux à l'invention ; les Sujets trop souvent traités restreignent l'Imagination et obligent nos idées à reprendre les concepts des écrivains précédents. En outre, de tels Discours permettent des digressions et justifient sans peine la recherche de vérités collatérales, même si elles sont éloignées des vérités principales. En ceci, s'il nous arrive parfois de prendre de grandes libertés, nous ne sommes pas seul et nous suivons de grands exemples en nous égarant.
Quiconque voudra illustrer l'excellence de cette disposition risque aisément de faillir devant un Sujet aussi séduisant, c'est pour cela que nous n'avons pas désiré effrayer le Lecteur moyen par d'autres Diagrammes que celui de notre sujet, et pour cela que nous nous sommes refusé industrieusement à inclure des illustrations de plantes rares et inconnues.
Votre jugement éclairé, si bien pénétré de ce sujet, ne pourra s'attendre à trouver ici de vérité mathématique étant donné qu'il sait très bien qu'il y a très peu de généralités et de u finita dans la nature, que Scaliger a trouvé des exceptions dans la plupart des Universels d'Aristote et de Théophraste, que les Principes Botaniques ne doivent pas être pris trop à la lettre et qu'ils sont modérément valables, lorsqu'ils ne sont pas intolérablement contredits par des exceptions.
C'est avec sagesse que vous avez ordonné vos délices végétaux, au-delà des attaques réprobatrices. Les Turcs qui, ici-bas, passent leurs journées dans les Jardins, auront également des Jardins dans l'autre monde et, prenant plaisir aux fleurs sur la terre, se doivent d'avoir des Lis et des Roses au Paradis. Dans les Délices du Jardin, il est difficile de per­cevoir une Médiocrité ; ce plaisir grisant existe rarement sans quelque excès. Les Anciens sont excusables d'avoir tant apprécié les Jardins florissants. Nombreux étaient Fleuristes sans connaître l'usage correct d'une Fleur et, à l'époque de Pline, personne n'avait traité directement ce Sujet. D'aucuns doivent être loués pour avoir cherché à faire pousser des Plantes vénéneuses, d'autres n'aimaient cultiver qu'une seule plante, et Caton semblait être fou de Chou ; tandis que le plaisir innocent des Tulipomanes est accueilli par de sévères critiques venant de leurs Professeurs eux-mêmes.
Si dans ce Discours sur le Jardin nous nous étendons sur des objets étrangers et sur de nombreux aspects de l'Art et de la Nature, nous ne faisons que suivre l'exemple de Plantations anciennes et nouvelles, dans lesquelles les esprits nobles ne se contentent pas seulement de la présence d'Arbres, mais, en s'occupant également de Volières, d'É­tangs à Poissons et d'une grande variété d'Animaux, faisaient de leur jardin le Summum de la terre et lui donnaient l'apparence des spectacles séculaires d'autrefois.
Votre jugement acceptera sans accusation ni désaccord le fait que nous rassemblions ces textes sur divers Sujets, ou que l'un suive l'autre puisque le Monde des délices vient après la mort et que le Paradis succède à la Tombe. Comme l'état de verdeur des choses est le Symbole de la Résurrection, afin de nous épanouir dans l'état de Gloire, nous devons d'abord être semés dans la corruption - sans oublier la pratique ancienne des Personnes Nobles de se faire inhumer dans des Cimetières arborisés et dans des Urnes enveloppées de fleurs et de guirlandes.


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