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Sur la touche

Couverture du livre Sur la touche

Auteur : Lars Saabye Christensen

Traducteur : Jean-Baptiste Coursaud

Date de saisie : 01/10/2007

Genre : Jeunesse à partir de 9 ans

Editeur : T. Magnier, Paris, France

Collection : Roman

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-84420-603-9

GENCOD : 9782844206039

Sorti le : 17/09/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Otto veut jouer dans l'équipe de foot, mais personne ne veut de lui malgré ses efforts : il fait laver les maillots de l'équipe par sa mère, il s'entraîne inlassablement dans la cour de l'immeuble... En sandales et avec un ballon de plage, parce qu'il n'a pas de chaussures à crampons ni de ballon en cuir. Rien n'y fait, Otto est et restera à part. Et dans l'été brûlant, alors que la ville est désertée, Otto prend les choses en main, la ville lui appartient. Pourtant personne n'est maître de sa destinée et le hasard fait quelquefois très mal les choses. Pour Otto c'est l'été aussi où il rentrera enfin dans le match...





  • Les premières lignes

Un samedi dans la vie d'Otto Olsen

Otto détacha à toute vitesse de la corde à linge les douze maillots qu'il porta à son vélo et fixa sur le porte-bagages. Il mit trois minutes et demie montre en main pour rejoindre le stade de Frogner. S'élançant comme un dératé jusqu'aux vestiaires, il brandit les maillots des deux mains et finit sa course en apnée, ou quasi.
- J'y suis quand même arrivé ! réussit-il à ânonner.
- C'est bien, Otto, dit l'entraîneur. Pose-les sur le banc.
- Il a plu ce matin. Ils sont juste secs.
- C'est bien, Otto. On te fait confiance, tu sais.
- Je le sais.
- Comment on se serait débrouillés sinon, hein ?
- C'est sûr.
Les garçons étaient assis en rang d'oignons, torse nu, à demi penchés sur leurs genoux. Ils adoptaient toujours cette position avant un match, avant que l'équipe ne soit formée. Ils gardaient le silence, affichaient une mine renfrognée, n'échangeaient pas un regard. Ils avaient suffisamment à faire chacun de leur côté, tous autant qu'ils étaient : un bouton qui grattait, un crampon qui s'était desserré, une croûte qu'on pouvait peut-être arracher, le chewing-gum d'avant-hier qu'on avait retrouvé - ce genre de préoccupations. Otto posa les maillots à côté de Gregersen et coula vers lui un regard impatient. Gregersen feuilletait à toute vitesse un bloc-notes jaune, noirci de noms, de dates, des résultats des matchs. Certains prétendaient qu'il dormait avec, après l'avoir posé sous son oreiller, voire qu'il se trimballait avec, même en vacances, en le gardant dans sa poche arrière de pantalon. Gregersen n'était pas marié. Il souleva le premier maillot, celui où figurait le chiffre un dans le dos bleu.
- Frode, dans les buts, déclara-t-il. Le dénommé Frode se leva du banc et s'avança vers l'entraîneur, d'une démarche nonchalante, prenant le maillot et le passant au-dessus de sa tête.
- C'est ma mère qui l'a lavé, fit remarquer Otto. Mais Frode ne l'écoutait visiblement pas. Il se contenta de retourner à sa place, se rassit, tripatouilla ses lacets et ses grandes chaussettes épaisses, se gratta le genou droit pendant tout un moment, recoiffa sa tignasse en y passant sa grosse paluche comme s'il manoeuvrait une fourche. Frode était sûr de ses gestes, personne n'était une menace pour Frode.
Les maillots furent tour à tour distribués, à Âge, à Putte, à Rolf, Glenn et Willy; ils se levèrent les uns après les autres, sans se presser, avec l'attitude la plus cool qui soit, préférant au large sourire le rictus vissé à la commissure - bien sûr qu'on allait faire partie de l'équipe, pas de doute là-dessus, on ne s'attendait pas à autre chose. Quelques instants plus tard, onze des garçons avaient obtenu leur mail­lot. Il ne restait plus que le numéro douze. Gregersen fronça longuement les sourcils, sans quitter son bloc-notes des yeux. Il sortit le crayon de papier le plus riquiqui du monde et griffonna. Puis il haussa les paupières. Trois garçons attendaient toujours, torse nu, regardant chacun de leur côté.
- Geir, finit-il par dire. Remplaçant.
Geir arracha le maillot, l'enfila, prit le filet vert contenant les trois ballons de foot et suivit l'équipe jusqu'au terrain. Les deux autres restèrent assis, feignant de ne regarder nulle part, se bornant à regar­der par terre, comme s'il se passait à cet endroit très précis quelque chose de particulièrement captivant, ce qui n'était nullement le cas puisqu'ils fixaient leurs chaussures de foot toutes neuves - car rien n'est plus chiatique que de devoir rentrer à la maison après un match de foot avec des godasses propres, sans la moindre motte de terre coincée entre les crampons, et ce sans parler des lacets : quelle barbe c'était de rentrer chez soi avec des lacets d'une blancheur immaculée. Otto comprit aussitôt qu'ils avaient déjà pris leur décision : ils ne se pointeraient pas à la rencontre de samedi prochain, c'était leur dernière fois aujourd'hui, peut-être que, à la place du foot, ils se mettraient au bandy dans l'équipe de Ready
Il se faufila jusqu'à eux.


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