Auteur : Robert Louis Stevenson
Traducteur : Théo Varlet
Date de saisie : 28/09/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Grand caractère, Paris, France
Collection : Corps 16
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-7444-0705-5
GENCOD : 9782744407055
Sorti le : 13/09/2007
En 1745, l'Ecosse se déchire entre les partisans du prince Charles, déchu du trône d'Angleterre, et ceux du roi George, qui lui a succédé. Déchirement d'un pays, mais aussi d'une famille : celle des Durie, dont le fils aîné, James, s'engage contre l'avis de tous aux côtés du prince Charles, qui sera défait en 1746. Disgracié et spolié de ses biens, James le libertin en rend injustement responsable son vertueux cadet, Henry. Commence alors une lutte fratricide implacable, qui entraînera le lecteur aux quatre coins du monde en un duel terrible entre le bien et le mal. Stevenson y dévoile avec un art consommé toute la complexité et l'ambiguïté de ses personnages.
L'auteur de L'Ile au trésor et de L'Etrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde signe ici un roman dont l'excellence fut saluée notamment par Henry James, son ami de toujours, auquel les prénoms des deux protagonistes rendent hommage. Ce récit fut porté à l'écran par William Keighley en 1953 et adapté en bande dessinée par Hippolyte en 2006.
Ouvrage publié en lettres agrandies (corps 16) pour offrir un meilleur confort de lecture.
CE QUI SE PASSA EN L'ABSENCE DU MAITRE
Tout le monde aspire depuis longtemps à connaître la vérité vraie sur ces singuliers événements, et la curiosité publique lui fera sans nul doute bon accueil. Il se trouve que je fus intimement mêlé à l'histoire de cette maison, durant ces dernières années, et personne au monde n'est aussi bien placé pour éclaircir les choses, ni tellement désireux d'en faire un récit fidèle. J'ai connu le Maître. Sur beaucoup d'actions secrètes de sa vie, j'ai entre les mains des mémoires authentiques ; je fus presque seul à l'accompagner dans son dernier voyage ; je fis partie de cette autre expédition d'hiver, sur laquelle tant de bruits ont couru ; j'assistai à sa mort. Quant à mon feu Durrisdeer, je le servis avec amour durant près de trente ans, et mon estime pour lui s'accrut à mesure que je le connaissais mieux. Bref, je ne crois pas convenable que tant de témoignages viennent à disparaître ; je dois la vérité à la mémoire de Mylord, et sans doute mes dernières années s'écouleront plus douces, et mes cheveux blancs reposeront sur l'oreiller plus paisiblement, une fois ma dette acquittée.
Les Duries de Durrisdeer et de Ballantrae étaient une grande famille du Sud-Ouest, dès l'époque de David Ier. Ces vers qui circulent encore dans le pays :
«Chatouilleuses gens sont les Durrisdeer,
Ils montent à cheval avec plusieurs lances»,
portent le sceau de leur antiquité. Le nom est également cité dans une strophe que la commune renommée attribue (est-ce avec raison, je l'ignore) à Thomas d'Ercildoune lui-même, et que certains ont appliquée (est-ce avec justice, je n'ose le dire) aux événements de ce récit :
«Deux Durie à Durrisdeer,
Un qui harnache, un qui chevauche.
Mauvais jour pour le mari
Et pire jour pour épousée.»
L'histoire authentique est remplie également de leurs exploits, lesquels, à notre point de vue moderne, seraient peu recommandables ; et la famille prend sa bonne part de ces hauts et bas auxquels les grandes maisons d'Ecosse ont toujours été sujettes. Mais je passe sur tout ceci, pour en arriver à cette mémorable année 1745, où furent posées les bases de cette tragédie.
A cette époque, une famille de quatre personnes habitait le château de Durrisdeer, proche de Saint-Bride, sur la rive du Solway, résidence principale de leur race depuis la Réforme. Le vieux Lord, huitième du nom, n'était pas très âgé, mais il souffrait prématurément des inconvénients de l'âge. Sa place favorite était au coin du feu. Il restait là, dans son fauteuil, en robe de chambre ouatée, à lire, et ne parlant guère à personne, mais sans jamais un mot rude à quiconque. C'était le type du vieux chef de famille casanier. Il avait néanmoins l'intelligence fort développée grâce à l'étude, et la réputation dans le pays d'être plus malin qu'il ne semblait. Le Maître de Ballantrae, James de son petit nom, tenait de son père l'amour des lectures sérieuses ; peut-être aussi un peu de son tact, mais ce qui était simple politesse chez le père devint chez le fils noire dissimulation. Il affectait une conduite uniment grossière et farouche ; il passait de longues heures à boire du vin, de plus longues encore à jouer aux cartes ; on le disait dans le pays «un homme pas ordinaire pour les filles» ; et on le voyait toujours en tête des rixes. Mais, par ailleurs, bien qu'il fût le premier à y prendre part, on remarquait qu'il s'en tirait immanquablement le mieux, et que ses compagnons de débauche étaient seuls, d'ordinaire, à payer les pots cassés. Ce bonheur ou cette chance lui suscita quelques ennemis, mais, chez la majorité, rehaussa son prestige ; au point qu'on augurait pour lui de grandes choses dans l'avenir, lorsqu'il aurait acquis plus de pondération.
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli