Auteur : Pierre Guyotat
Date de saisie : 08/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Prix : 17.50 € / 114.79 F
ISBN : 978-2-07-078444-8
GENCOD : 9782070784448
Sorti le : 27/09/2007
Ce récit raconte la formation sensorielle, affective, intellectuelle et métaphysique d'un enfant né au tout début de la Deuxième Guerre mondiale, en France, dans un village du Sud-Est, dans une famille ancienne, catholique et sans fortune. Je l'ai écrit comme la plupart de mes textes à l'indicatif présent : a très peu près. Les sentiments, les interrogations. les pensées sont d'un enfant qui ne cesse de questionner ses aînés puis d'un adolescent qui, à quatorze ans, décide d'écrire, les idées, les convictions, les tourments qui s'y manifestent sont ceux de son entourage de son temps dans ses lieux.
P.G.
Le récit sobre et lumineux des premières années de l'écrivain de toutes les transgressions Le récit sobre et lumineux des premières années de l'écrivain de toutes les transgressions...
On a dit de lui qu'il était un provocateur, inclassable et déroutant, l'écrivain de l'avant-garde, de l'expérience et des limites, l'homme de la langue singulière, intraduisible. Les 800 pages de Progénitures (2000), mûries neuf années durant, furent jugées si hermétiques que le texte fut vendu accompagné d'un disque, où l'auteur lui-même lit les premières pages du livre, initie. Rien de tel dans Formation, où Pierre Guyotat, 67 ans, évoque l'enfant qu'il fut. Un récit de facture classique, sobre et épuré, dans la lignée de Coma, publié l'année dernière (et réédité en poche), où l'écrivain racontait des années de maladie et d'errance, au bord du vide...
Au-delà, se dessine la radicalité, fil conducteur de l'oeuvre à venir : «L'an prochain, Guerre
d'Algérie, écrit-il à la fin de Formation. Si j'y survis, de vie et d'honneur, plutôt que d'écrire un peu de ce que je sais de la vie ordinaire, écrire au bord de quoi je suis, qui m'attire et me fait peur et même m'évanouir.» Écrit au présent de l'indicatif, d'une plume précise et belle, Pierre Guyotat livre ici un récit d'apprentissage à la fois lucide et pudique, intelligent et sensible, profondément littéraire.
Dans «Formation», l'écrivain raconte ses années de jeunesse, pendant la guerre, dans un petit village de la Loire. C'est l'un de ses plus beaux livres...
Ce nouveau livre, qui démarre en 1940 dans un gros village enneigé, Bourg-Argental, à une heure trente du matin, quand la mère pousse une dernière fois et donne à la France l'un de ses plus énigmatiques écrivains, montre que cette ultrasensibilité, violence dissimulant plutôt une extrême douceur, était, en lui, tapie depuis plus longtemps encore : à l'âge des couches et du biberon.
Avec «Formation», le Grand Subversif des lettres françaises prend à contre-pied ses dévots en signant un récit d'apprentissage désespérément classique, baigné d'une clarté radieuse. Le temps d'un retour au pays, l'auteur d'«Eden, Eden, Eden» délaisse les bordels de garçons et les sales guerres émaillées de supplices pour raconter, sur fond de moyenne montagne, la bourgeoisie ancienne dont il est issu. Une France tout sauf «moisie» qui, en l'an 40, suivit sans hésiter le chemin de l'honneur...
Reste une évidence : qu'elle exalte le corps prostitué ou les sourdes germinations d'une jeunesse au fond du département de la Loire, la langue de l'écrivain reste la même, aussi somptueuse et pure que celle de ses grands ancêtres, Jouhandeau et Genet.
Qu'on ne s'y trompe pas, le propos de Guyotat n'est pas du tout de brosser un tableau champêtre, fleuri et doucement nostalgique de la France d'il y a cinquante ou soixante ans. Au milieu de ce paysage réel, à présent évanoui, de cette histoire sociale, économique, culturelle qui avance et lamine l'espace, bouleverse les mentalités, il y a un enfant qui grandit, parle ou se tait, qui apprend ses futures révoltes, son refus, qui construit son être sans le savoir - de bric et de broc, comme toujours. Un être fait de mythologies et de religion, de bribes de politique, de littérature, d'une histoire familiale, d'une sexualité qui s'éveille, se découvre... De l'enfant qui tente d'habiter son corps, qui remplit sa tête "de mots, d'imaginations" qu'il fait "venir par la parole", à l'écrivain futur, un lien de mystérieuse continuité existe. Loin de toute idée de prédestination. Dans un geste absolument pur de toute vanité.
Comment surprendre encore quand on a touché aux limites de l'expérimentation littéraire ? En revenant à un classicisme épuré, en empennant ses phrases sur une mer de marbre, ou en nacrant ses mémoires d'acajou patiné. Formation ne ment pas. C'est un récit d'enfance et de presque adolescence, mais qui raconte moins la naissance d'une âme que d'un écrivain, révélation que l'on attend impatiemment dans le cadre de l'autobiographie commune : ainsi de Sartre conjurant les Mots ou de Rousseau trouvant l'inégalité dans un ruban volé...
Au-delà de ces considérations physiques, la légende de Guyotat sait aussi être dorée, abordant le corps sous son aspect glorieux. L'auteur a pris soin de penser en fonction de l'âge qu'il raconte, assumant en souriant l'orgueil et la folie des enfants.
Anachronique, Formation ne l'est évidemment pas. Classique n'est pas non plus le juste qualificatif pour caractériser ce récit d'apprentissage de facture sobre, elliptique, fragmentaire, dans lequel l'écrivain, aujourd'hui âgé de 67 ans, s'attache à dire l'enfant qu'il fut...
Mais ce n'est bien sûr pas l'enfant qui, en ces pages, a la parole. C'est bel et bien l'adulte, l'écrivain, qui puise librement dans sa mémoire, choisit ce qu'il y prélève pour l'exposer et ce qui doit y demeurer caché - ou être dévoilé à mi-mot. C'est lui qui recompose, admirablement, et peut-être réinvente. C'est lui qui tisse et tend le fil conducteur de cet itinéraire affectif, sensuel et intensément spirituel, qui est aussi un désenclavement - l'affirmation d'un individu s'extrayant de sa généalogie, de son histoire familiale. Rien de spontané, aucun laisser-aller, dans ce bildungsroman qui est tout sauf une confession. «Ecrire, c'est maîtriser la situation», dit volontiers Guyotat, et ce contrôle résolu constitue l'un des fondements de son oeuvre.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli