Auteur : Alain Vincenot
Date de saisie : 26/09/2007
Genre : Spectacles
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Documents
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-268-06333-1
GENCOD : 9782268063331
Sorti le : 27/09/2007
Alain Vincenot
Un temps pour danser
Quelques pas qui frappent le sol en rythme et se répercutent dans l'espace. De la tenue, de la grâce, un port altier et des regards complices... C'est ainsi que l'on danse dans la France d'aujourd'hui avec une passion qui ne se dément pas.
Du menuet baroque de la cour de Louis XIV au hip-hop des cités en passant par le tango argentin, les danses yiddish, tziganes, asiatiques, africaines... À chacun sa chapelle.
Car danser, ce n'est pas seulement se projeter dans l'espace. C'est aussi revenir en arrière. Rejoindre, en deux, trois sauts, le pays d'où l'on vient.
Faire résonner de nouveau la place du village où l'on dansait jadis au coucher du soleil.
La danse a donc traversé la ronde des siècles. En brisant les barrières entre les individus et les générations. Et les cours de danse, véritables sociétés secrètes, n'ont jamais été aussi florissants.
Que dissimule ce phénomène de société ?
Alain Vincenot nous en fait découvrir mille acteurs singuliers.
Alain Vincenot a déjà publié France résistance : histoires de héros ordinaires, en 2004 et Je veux revoir Maman, en 2005, aux Éditions des Syrtes, ainsi que Fleurs de béton (Éd. Romillat) et Paroles de flics (Éd. Romillat).
Extrait de l'introduction :
Les Français, dit-on, auraient perdu le sens de la fête. Ils seraient chagrins, ternes. Ils suinteraient la morosité. De vrais bonnets de nuit, englués dans le pessimisme et la grisaille. Ils ne riraient plus. Leur moral serait en berne, lesté par le chômage, les problèmes de logement, les fins de mois difficiles, la course à la productivité et l'atmosphère stressante qu'elle génère, la télévision qui hypnotise les soirées, les rapports humains congelés par les nouvelles technologies... Quotidiennement, les journaux déversent une avalanche d'informations calamiteuses : délinquance de plus en plus violente, méga-menaces terroristes, tensions internationales, guerres locales et massacres de civils, effets désastreux du réchauffement de la planète, catastrophes meurtrières, propagation du sida... Les raisons de broyer du noir prolifèrent. Elles écraseraient dans la peur, l'amertume ou la culpabilité toute envie de s'amuser.
Malmenés depuis l'après-guerre par les bouleversements de la société qui ont ringardisé le musette, les bals populaires titubent sous les coups de cafard. Ils ne font plus recette. Les voilà en voie de disparition, notamment à la campagne où les chapiteaux montés lors de la moindre kermesse de village, se raréfient, tandis qu'en ville les guinguettes ayant résisté aux démolitions semblent se cantonner au statut empesé de monuments historiques. «Les petits bals perdus ne se fréquentent plus», chantait, déjà, en 1968, François Deguelt.
Gare aux apparences ! Les Français n'ont pas cessé de danser. Mieux : ils dansent de plus en plus. En 1996, le ministère de la Culture constatait : «Le développement de la danse depuis le début des années soixante-dix a été à la fois spectaculaire et remarquable.» Et de préciser que si seulement 5 % de la génération d'avant-guerre déclarait s'y être adonné, le pourcentage grimpait à 11 % pour les 35-44 ans, à 15 % pour les 25-34 ans, à 18 % pour les 20-24 ans et à 21 % pour les 15-19 ans. Conséquence : le budget annuel consacré par ces amateurs à leur hobby, principalement en dépenses de formation, en magazines et en livres spécialisés ainsi qu'en tenues adéquates, se chiffrait à 1,1 milliard de francs (167 millions d'euros). Quant aux emplois induits, ils s'élevaient à plus de 20 000, surtout dans l'enseignement. Et le phénomène de s'amplifier.
Dans des clubs, des associations, des écoles, des conservatoires, des cours, des stages, des lieux improvisés, sur des places, dans des squares, chez eux, chez des amis, à l'occasion de réunions familiales, dans des boîtes de nuit ou lors de rave-parties, les Français se réapproprient, sous les formes et les rythmes les plus divers, le langage du corps. Deux signes insolites, parmi d'autres, pourraient illustrer cet engouement : tel agent immobilier qui note un nouveau type de critère mentionné par ses clients à la recherche d'un appartement : «Ils souhaitent un rez-de-chaussée afin de pouvoir danser sans déranger les voisins du dessous.» Et ce médecin qui se voit demander de plus en plus de certificats d'aptitude à la danse. «De mon cabinet, souligne-t-elle, je peux, par d'anodins détails, comme celui-ci, mesurer l'évolution des comportements.» Une observation que confirme le succès de plusieurs films, par exemple Je suis là pour être aimé, de Stéphane Brizé, avec Patrick Chesnais et Anne Consigny, sorti en octobre 2005, Shall we dance de Peter Chelsom, avec Richard Gère et Jennifer Lopez, le mois suivant, ou Dance with me, de Liz Friedlan-der, avec Antonio Banderas et Rob Brown, en juillet 2006. La télévision n'est pas en reste. Durant l'été 2006, France 3 n'hésite pas à programmer, chaque jeudi soir, une émission, «Dancing Show», «Star Academy» de la danse où s'affrontent des passionnés de salsa, de rumba, de tango, de rock acrobatique, de hip-hop... À l'automne, Gérard Darmon joue les crooners dans «Dancing», un CD festif sur lequel il reprend onze chansons de Dean Martin, Franck Sinatra, Paolo Conte, Adriano Celentano, Charles Azna-vour, Sacha Distel... Autre CD dansant, celui de Dany Briant, en avril 2007 : «Histoire d'un amour». Douze titres de swing be bop, mambo, jerk, quick step, fox-trot, boogie woogie... «La danse, dit l'interprète de "Suzette", est une délivrance, le meilleur endroit pour une rencontre.»
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