Auteur : Waltraut Hahn
Traducteur : Laurent Knepfler | Dominique Lerch
Date de saisie : 24/09/2007
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Cerf, Paris, France
Prix : 34.00 € / 223.03 F
ISBN : 978-2-204-07797-2
GENCOD : 9782204077972
Sorti le : 27/09/2007
UN OBJET RELIGIEUX ET SA PRATIQUE
«Personne ne peut encore tenter d'écrire une nouvelle histoire du sentiment religieux par les objets, mais je suis certain que vous pressentez combien tous ces objets de dévotion privée peuvent parler de Dieu et des hommes. Ces livres, ces images, ces objets, au-delà de tous les enjeux commerciaux et financiers ont été acquis par des personnes en quête de vie spirituelle».
Derrière ces expositions, il y a une partie de l'activité du Frère Michel Albaric : la quête inlassable d'objets religieux variés (200 000 images conservées au Saulchoir, pour ne parler que des images), sans jugement de valeur et une exploitation écrite arrachée au temps de travail du bibliothécaire du Saulchoir, avec une originalité certaine : la recherche du sous-bassement théologique du discours écrit ou de la figure présentée. Cette recherche entre peut-être dans un cadre plus vaste, celui d'une anthropologie des gestes, l'objet étant destiné à être manipulé.
Si le projet de l'Abbé Bremond est clair quant à ses sources, «je ne puise qu'aux sources littéraires», l'auteur n'ignore pas le chemin du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale de Paris, ni celui de collectionneurs, outre les ordres religieux ou des bibliothèques mentionnés.
C'est sur les bases de la collection du Saulchoir que Mme Hahn nous entraîne dans une dévotion liée à un objet.
Son travail a été traduit par deux agrégés, Laurent Knepfler et Dominique Lerch.
Le sentiment religieux, objet d'étude scientifique ?
Après l'histoire littéraire, pour une histoire des objets religieux ?
LA abbé Bremond (1865-1933) a publié, en pleine période moderniste, l'Histoire littéraire du sentiment religieux en France, qui, avec ses rééditions, demeure un passage obligé pour étudier des «alpinistes» de la spiritualité, notamment l'Ecole française de spiritualité autour de Bérulle, Olier, et du «premier» Saint-Sulpice. Le projet d'une étude de ce sentiment religieux depuis la fin des Guerres de religion jusqu'à nos jours n'a pas pu être accompli. Michel Albaric et moi-même nous nous reconnaissons pleinement dans cette oeuvre et, - pourquoi ne pas le dire ? -, nous avons eu du plaisir à lire ces pages documentées, charpentées, argumentées. Demeure que, pour toute oeuvre aussi créatrice, le devoir des générations intellectuelles suivantes est de compléter une oeuvre, de montrer ainsi sa fécondité. De son côté, Michel Albaric plaide, tout en publiant, en exposant de l'imagerie dévote, pour une nouvelle histoire du sentiment religieux par les objets. À propos d'une exposition sur les missels, il écrit ceci : «Aujourd'hui vous accueillez cette exposition de missels. Qui sait si une année prochaine nous ne serons pas en mesure de vous proposer une autre exposition d'objets religieux domestiques (chapelets, crucifix, bénitiers, autels portatifs, statuettes, médailles, reliquaires, etc.).
«Personne ne peut encore tenter d'écrire une nouvelle histoire du sentiment religieux par les objets, mais je suis certain que vous pressentez combien tous ces objets de dévotion privée peuvent parler de Dieu et des hommes. Ces livres, ces images, ces objets, au-delà de tous les enjeux commerciaux et financiers ont été acquis par des personnes en quête de vie spirituelle.»
Derrière ces expositions, il y a une partie de l'activité du frère Michel Albaric : la quête inlassable d'objets religieux variés (200 000 images conservées au Saulchoir, pour ne parler que des images), sans jugement de valeur et une exploitation écrite arrachée au temps de travail du bibliothécaire du Saulchoir, avec une originalité certaine : la recherche du soubassement théologique du discours écrit ou de la figure présentée. Cette recherche entre peut-être dans un cadre plus vaste, celui d'une anthropologie des gestes, l'objet étant destiné à être manipulé.
Si le projet de l'abbé Bremond est clair quant à ses sources («je ne puise qu'aux sources littéraires»), l'auteur n'ignore pas le chemin du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de Paris, ni celui de collectionneurs, outre les ordres religieux ou des bibliothèques mentionnés. Ainsi, décrivant une image souhaitée de l'enfant Jésus avec les instruments de la Passion, il donne à voir une belle gravure provençale de 1681, L'enfant Jésus à la Passion :... «il faut que tous les instruments de sa Passion soient longs et disproportionnés à l'âge du saint enfant» indiquait Jeanne Perraud (1631-1676). De même, dans son avant-propos de 1914, Henri Bremond remercie son cher ami André Pérote... «qui, je l'espère achèvera bientôt la présente histoire par une étude sur l'illustration du livre religieux au XVIIe siècle». Il commente, avec connaissance des sources, les missions bretonnes, Michel Le Nobletz et Julien Manori et les cartes peintes de cette «sorte d'université populaire ambulante» dont précisément les cartes peintes furent traitées, entre autres, d'innovations dangereuses. Il reconnaît l'importance de l'Horloge de la Passion ou de l'Adoration perpétuelle : il y a «peu d'images que l'on rencontre plus souvent, soit volantes, soit gravées dans le texte, dans nos vieux livres de prières».
Un témoignage d'un érudit, Léon Gautier, daté de 1876, mis à disposition par Jean Pirotte, témoignage moins connu que celui, parallèle, de l'abbé Hurel, nous éclaire : «Pendant que j'achetais ces petites horreurs, j'ai vu des centaines d'acheteurs se succéder, fiévreusement dans ces "magasins" que je ne nommerai pas. Oui, j'ai eu cette douleur d'y rencontrer des Frères et des Soeurs qui me désolaient par leur empressement naïf, leur joie à la vue de ces affreux petits papiers noirs ou roses. Ils en achetaient par milliers, par dix milliers, par cent milliers. C'était pour les Écoles, pour les Orphelinats, pour les Missions. Ah ! mon cher ami, que d'âmes vont être emmélassées dans notre pauvre monde ! C'est le triomphe de la confiture.» Adolf Spamer, le fondateur de la recherche sur l'imagerie de dévotion, parlait lui d'un ciel plein de parfumerie ! Autre témoignage littéraire sur ces objets, celui de Gustave Flaubert : «La messe étant finie, ils longèrent les boutiques qui s'adossent contre le mur du côté de la place. On y voit des images, des bénitiers, des urnes à filet d'or, des Jésus-Christ en noix de coco, des chapelets d'ivoire ; et le soleil, frappant les verres des cadres, éblouissait les yeux, faisait ressortir la brutalité des peintures, la laideur des dessins.» Tel est donc le commerce des objets à Notre-Dame de la Délivrance, dans le Calvados, dans la seconde moitié du XIXe siècle. On a là l'amorce d'un bric-à-brac fonctionnel, industrialisé, avec des fonctions d'autant plus complexes qu'elles peuvent se recouvrir, Jean Pirotte dégage dix catégories d'usages : Prier, préserver, guérir, sauver, commémorer, décorer, réaliser de ses mains, jouer, manger, entretenir des relations ou affirmer une appartenance. N'écartons pas de ce bric-à-brac ce qui relève de l'artisanat, que ce soit celui du travail des cloîtres (Klosterarbeit) avec les canivets, ou celui des tranchées de la guerre de 1914-1918, les douilles se transformant en réceptacles d'image de dévotion, de statuettes ou étant martelées en pot, en crucifix...
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