Auteur : Jean-Jacques Bourdin
Date de saisie : 23/09/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : A. Carrière, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-84337-461-6
GENCOD : 9782843374616
RMC, c'est 1500000 auditeurs chaque jour, une progression d'audience unique dans l'histoire de la radio, mais surtout une indépendance d'esprit et une liberté de ton saluées notamment pendant la dernière campagne présidentielle. Sur RMC, Jean-Jacques Bourdin a été le seul à poser des questions «dérangeantes» à Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal à propos des sous-marins nucléaires et d'Al-Qaïda. Ce sont aussi RMC et BFM TV qui ont organisé le débat tant décrié entre Ségolène Royal et François Bayrou au lendemain du premier tour.
Qui est cet homme libre, à l'écoute quatre heures par jour ? D'abord, un homme du Sud, qui a passé son enfance dans les Cévennes. Si sa vie professionnelle connaît des débuts chaotiques, une rencontre le fait «monter» à Paris où il découvre le journalisme sportif pour RTL. Il couvre la Coupe du monde de football, les Jeux olympiques, le Tour de France, le Tournoi des cinq nations... Puis tout s'enchaîne. Il présente les grands journaux d'information, des émissions phares, et développe l'interactivité de la station avec Les auditeurs ont la parole. Mais il veut donner encore plus d'importance aux auditeurs : proche des gens et toujours ouvert au dialogue, il assure aujourd'hui les matinales sur RMC, et n'hésite pas à traquer les idées reçues, à bousculer le «journalistiquement correct» qui menace certaines salles de rédaction. Après trente ans de radio et de passion, l'homme se dévoile sur une réussite professionnelle obtenue sans diplômes, mais avec opiniâtreté et constance. Un vrai message positif.
Anne Nival sa compagne, est grand reporter. Elle sillonne en toute indépendance depuis dix ans les terrains les plus violents de la planète. En 2000, elle a reçu le prix Albert Londres pour Chienne de guerre, paru, comme tous ses autres livres, chez Fayard.
C'était le 1er août 1958, à Massillargues-Attuech, dans la maison de ma grand-mère maternelle et de son mari, mon grand-père de coeur, un homme que j'aimais, et peut-être la personne qui a le plus compté pour moi au cours de mon enfance.
Ce jour-là, je suis resté seul avec l'employée de maison. On m'a tenu à l'écart, je comprenais sans comprendre. On m'avait dit que mon grand-père était décédé, ce qui signifiait que je ne le reverrais plus. J'étais chez ma tante, en Lozère, lorsqu'on m'avait annoncé la nouvelle. Toute notre famille était réunie pour les obsèques.
J'avais neuf ans. Il faisait mauvais temps, la grêle avait abîmé les ceps et la récolte serait très mauvaise. J'étais le nez collé à la vitre, à l'étage, en short, chemise, bretelles et chaussettes hautes, les cheveux coupés en brosse, comme d'habitude.
On ne m'a pas emmené à l'enterrement sous prétexte que j'étais «trop petit». Pourtant, en me tenant sur la pointe des pieds à la fenêtre, j'arrivais à distinguer le temple à l'horizon, au milieu des vignes. En me hissant au carreau, j'ai vu les voitures partir et le corbillard avancer lentement, même si, de loin, je ne voyais que de vagues silhouettes, peu reconnaissables à travers mes larmes et la buée sur la vitre. De mon abri, je suivais le rythme de la procession qui se dirigeait vers le cimetière attenant au temple. Mes grosses larmes semblaient faire écho aux larges gouttes qui tambourinaient dehors. A distance, j'ai imaginé toute la cérémonie, et le corps de mon grand-père mis en terre. Ce sont mes plus anciens souvenirs.
J'étais profondément attaché à cet homme pas très grand, rondouillard, au crâne dégarni, aux cheveux blancs plaqués en arrière, perpétuellement un sourire aux lèvres. Ce grand-père, qui n'avait jamais eu d'enfant et me considérait comme son petit-fils, avait rythmé les premières années de mon existence. Grossiste en mercerie, bonneterie et chaussures, il se rendait tous les jours à Aies où il possédait un commerce important au 15, rue Saint-Vincent. Cette entreprise s'appelait à l'époque «Nicolas Fabre». Pour moi, il était le symbole même de la bonté et du goût de la vie.
Papi venait me chercher très fréquemment à la sortie de l'école élémentaire de la rue Mistral. Arrivé sur le seuil de la cour, il m'attendait. Je courais vers lui, je savais qu'il serait là. Il était mon repère. Il me tendait un pain au chocolat, me prenait par la main et me faisait monter dans sa voiture, une «canadienne» 203 Peugeot break avec l'arrière en bois. Avant de rentrer à la maison - «à la campagne», comme on disait à l'époque, car la bâtisse où vivent encore mes parents aujourd'hui se situait dans les faubourgs d'Alès et était entourée de champs -, on s'arrêtait au café. Précisément à L'Empire, au coeur d'Alès, tout près de la cathédrale. Nous y entrions aussi fièrement l'un que l'autre, pour retrouver ses copains, déjà attablés. L'un était quincaillier, l'autre vendeur de tissus, un troisième travaillait dans l'immobilier, c'étaient de gros commerçants. On s'asseyait sur la banquette de moleskine bordeaux, il m'installait, mes pieds touchaient à peine le sol, mais j'aimais me retrouver parmi les grands. Puis il se commandait en guise d'apéritif un Byrrh, une sort de vin cuit; quant à moi, je buvais une limonade ou une menthe à l'eau.
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