Auteur : Jean-Yves Mollier
Date de saisie : 19/09/2007
Genre : Presse Audiovisuel
Editeur : La Dispute, Paris, France
Collection : États des lieux
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-84303-151-9
GENCOD : 9782843031519
Le monde du livre change à vitesse accélérée depuis vingt ans. La concentration, la financiarisation n'ont jamais été aussi présentes dans l'édition qu'aujourd'hui, fragilisant les positions des différents acteurs. L'importance acquise par la grande distribution dans le commerce du livre menace, elle, la librairie indépendante. Toutefois, à l'autre bout de la chaîne, du côté des lecteurs, des résistances se font jour, signe d'un dynamisme accru de l'édition jeunesse et de l'édition en région. De même, le livre de poche, la traduction attestent une soif de savoir et de divertissement jamais assouvie.
Les auteurs rassemblés autour de Jean-Yves Mollier - Cécile Boulaire, Alban Cerisier, Roger Chartier, Antoine Compagnon, Christine Détrez, Philippe Lane, Bertrand Legendre, Isabelle Olivero, Christophe Pavlidès, Gisèle Sapiro, Ahmed Silem et Yves Surel - s'attachent à présenter l'enjeu livre dans ses dimensions les plus saillantes. Economie, société, culture, commerce en ligne, numérisation, écran plat, évolution du statut de l'auteur et du lecteur, tout est passé au crible de la réflexion.
Cette troisième édition, entièrement refondue et mise à jour après les bouleversements qu'a connus l'univers de l'édition en 2002 2004, a également été augmentée pour tenir compte des enjeux les plus décisifs de notre époque. Lucide, mais non catastrophiste, sans concession aux pouvoirs, quels qu'ils soient, optimiste quant à l'avenir du livre, cette nouvelle version demeure un appel à la vigilance et aux choix du citoyen.
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L'EVOLUTION DU SYSTEME EDITORIAL FRANÇAIS DEPUIS L'ENCYCLOPEDIE DE DIDEROT
L'émergence de deux conglomérats dans l'édition française entre 1980 et 1988 a longtemps fait croire aux commentateurs que des bouleversements considérables, inspirés du modèle américain légèrement antérieur, avaient modifié de fond en comble le visage d'une nation jusque-là considérée comme littéraire entre toutes. Sans nier l'importance des mutations qui se produisent dans cette période, à bien des égards climatérique, on doit remonter aux changements intervenus dans la seconde moitié du XVIIIe siècle si l'on veut comprendre la structuration d'un système qui imposera au monde l'image trompeuse selon laquelle la littérature constitue l'essence même de la production des livres. Longtemps concentrée sur la fabrication de livres religieux ou juridiques, l'imprimerie n'avait pratiquement pas changé de sa mise au point par Gutenberg dans les années 1450 à l'aube de la révolution industrielle. L'engouement rencontré par le Dictionnaire raisonné des arts, des sciences et des métiers en 1751 obligea les libraires qui en étaient les promoteurs à tenter, pour la première fois à grande échelle, de substituer à la logique de la demande sociale celle, révolutionnaire, de l'offre de produits nouveaux susceptibles de faire naître un besoin. C'était anticiper, de façon empirique, sur le XIXe siècle et sur les pratiques qui seront celles de Louis Hachette, l'homme qui permit à la France de rattraper les deux empires mondiaux du livre du moment, l'anglais et le germanique.
Avec ce personnage mythique, l'espace culturel national accomplit une véritable mue puisque l'apparition du type social que constitue l'éditeur - prototype du Gaston Gallimard de la légende - est rapidement éclipsée par l'émergence souterraine de l'entreprise éditoriale, sorte de monstre qui effraie les observateurs les plus lucides, de Charles Baudelaire aux frères Goncourt4. Toutefois, le mythe de l'éditeur romantique, entrepreneur audacieux et capitaine d'industrie, mais surtout mécène des Lettres dominé par son ambition intellectuelle de servir les intérêts des phares de la littérature, des mages du XIXe siècle, de Chateaubriand à Zola, obscurcira pour une longue période ce processus de maturation en profondeur d'un système. L'entrée permanente de nouveaux éditeurs qui semblent reproduire le modèle initial, Arthème Fayard et Ernest Flammarion dans les années 1855-1875, Gaston Gallimard, Bernard Grasset et Robert Denoël au début du XXe siècle, voire René Julliard, Robert Laffont et Hubert Nyssen après la Seconde Guerre mondiale, renforce l'illusion créée par un univers apparemment immobile où l'initiative privée se révèle capable de briser tous les déterminismes et de se rire des rigidités structurelles apportées par le temps. À suivre cette leçon, omniprésente dans les histoires littéraires publiées avant 1990, au fur et à mesure que les maisons d'édition les plus anciennes perdent leurs capacités de repérer les talents en herbe, de nouveaux professionnels prennent leur place, publiant les avant-gardes, celles de la NRF en 1909, des revues surréalistes après 1919 ou des Temps modernes après 1945. La constitution des deux géants du livre, Matra-Hachette en 1980 puis le Groupe de la Cité en 1987, marquerait donc bien une rupture dans l'histoire culturelle du pays, la vieille «nation littéraire» rejoignant contre son gré en cette fin du second millénaire le modèle de développement annoncé par le grand frère américain. Il va de soi que la chute brutale en 2002 de Vivendi Universal Publishing, le repreneur du Groupe de la Cité, a aggravé la situation de l'édition française rendu les observateurs encore plus fébriles et angoissés.
LE TEMPS DES EDITEURS
L'Histoire de l'édition française situe dans les années 1830 l'immense mutation qui aboutit à faire de l'éditeur la plaque tournante des métiers du livre. Balzac l'avait pressenti en créant le personnage du libraire du Palais-Royal, le Dauriat d'Illusions perdues, devant qui s'inclinaient humblement marchands de papier, imprimeurs, commissionnaires - les diffuseurs et distributeurs d'aujourd'hui -, libraires et auteurs. La rupture était nette avec l'Ancien Régime qui voyait un Voltaire abandonner sans regret ses manuscrits à son marchand, souvent imprimeur, un commerçant sans véritable politique culturelle et encore moins conscient de l'urgence d'élaborer une stratégie éditoriale digne de ce nom. Le repérage d'une première coupure historique se justifie d'autant plus que le système technique qui sous-tend la mise au point des volumes n'avait pratiquement pas changé de Gutenberg à l'introduction de la vapeur dans les imprimeries aux environs de 1820-1830, soit pendant près de quatre siècles. La fabrication du papier en continu, et non plus en feuilles, l'apparition des mécaniques anglaises qui démultiplient le travail humain, la stéréotypie et la lithographie bouleversent de fond en comble les conditions de production des livres dans le premier tiers du XIXe siècle.
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