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Trilogie de Signe. Volume 2, Les années d'ombre

Couverture du livre Trilogie de Signe. Volume 2, Les années d'ombre

Auteur : Kerstin Thorvall

Traducteur : Martine Desbureaux

Date de saisie : 10/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Serpent à Plumes, Paris, France

Collection : Fiction. Domaine étranger

Prix : 21.50 € / 141.03 F

ISBN : 978-2-268-06324-9

GENCOD : 9782268063249

Sorti le : 04/10/2007


  • La présentation de l'éditeur

LES ANNEES D'OMBRE

Novembre 1936. Sigfrid vient de succomber à une crise cardiaque. C'est le choc pour Signe. Hilma, veuve à 35 ans, va devoir élever seule sa fillette, mais c'est aussi pour elle la fin du calvaire conjugal. Aux yeux d'Hilma, avec l'éveil sexuel de sa fille se profile la menace de l'atavisme paternel. En écho à l'inquiétude de sa mère. Signe, enfant trop solitaire, vit la métamorphose de son propre corps comme une angoisse de plus. Et en contrepoint de ces années d'ombre intérieure pèse l'ombre que la Seconde Guerre mondiale étend jusque sur la Suède, malgré sa neutralité. Mais il y a en Signe une force, un indomptable appétit de vivre.

Traduit du suédois par Martine Desbureaux

Kerstin Thorvall, née en 1925, vit en Suède. Son oeuvre, plus d'une soixantaine d'ouvrages à ce jour, consacre une large part à l'érotisme féminin. Les Années d'ombre suit Le Sacrifice d'Hilma, paru au Serpent à Plumes.



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  • Les premières lignes

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Ils appelèrent.
Ils appelèrent le jeudi 19 novembre, dans l'après-midi ; la nuit tombait déjà.
Quand ils appelèrent pour la seconde fois.
Le téléphone est une bonne chose, entend-on souvent dire, une chose utile. Mais dans le milieu où elle avait grandi on ne téléphonait pas pour le plaisir. Il en fallait beaucoup pour qu'on se décide à saisir le combiné et à composer soi-même un numéro.
Chez elle, jusqu'à ce qu'elle quitte sa maison natale, il n'y avait pas le téléphone. C'est Sigfrid qui avait pour ainsi dire offert un abonnement téléphonique à ses parents. On leur attribua le numéro 14 à Lövberga. La Sara Svedberg faisait l'opératrice dans une pièce située derrière la boutique du Karl Johan. Cela va sans dire, on avait surtout recours au téléphone pour annoncer des nouvelles telles que la maladie, un accident ou la mort. Dans les cas moins urgents on écrivait des lettres.
Une sonnerie de téléphone déchirait la quiétude ordinaire ; on s'immobilisait, les mains figées dans la tâche en cours, on les essuyait sur son tablier. Tandis que la sonnerie se répétait sans relâche et que sa menace sonore pesait telle une boule glacée au creux de l'estomac.
Que s'était-il donc passé ?
Ils téléphonèrent, et, ce qui s'était passé, elle savait ce que c'était.
Ils avaient déjà appelé, deux jours plus tôt, pour lui faire savoir que son époux, le professeur certifié Sigfrid Tornvall, pour le moment interné à l'hôpital psychiatrique de Gadeå, avait eu un problème au coeur et qu'on le transportait de toute urgence à l'hôpital général d'Umeå. Le médecin et l'infirmière qui l'accompagnaient dans l'ambulance avaient pratiqué un massage cardiaque et le coeur était reparti. Mais la crise n'était pas passée.
C'était le terme qu'ils avaient employé. La crise.
Plus tard ce jour-là, elle les avait elle-même rappelés. Elle avait commandé deux unités. Ils répétèrent que la crise n'était pas passée mais que son état était stationnaire. Quoi qu'ils aient voulu dire par là. Quand elle s'enquit si elle pouvait venir le voir (au même moment, l'opératrice l'interrompit : «Deux unités, voulez-vous poursuivre ?» et elle s'écria : «Oui, oui»), on lui répondit qu'on la tiendrait au courant. Le patient n'avait pas repris conscience. Et la maladie, quoique stationnaire, en était encore manifestement à un stade aigu.
Le lendemain, elle téléphona à nouveau ; la surveillante, soeur Magnhild, répondit sur un ton assez vif que son état était inchangé et que la petite madame Tornvall ferait mieux d'attendre calmement que l'hôpital la rappelle. Dès qu'il y aurait du changement, on le lui ferait savoir.
C'était hier, mercredi. Aujourd'hui on était donc le jeudi 19 novembre 1936. L'année où le prince Gustave Adolphe avait inauguré le nouveau terrain de sport de Kramfors et où, en Espagne, le général Franco avait été nommé chef d'Etat (nouvelle qui avait fortement ému son mari).
Ils appelleraient dès qu'il y aurait du changement, avaient-ils dit.
Et voilà qu'ils appelaient à présent.
Elle était dans la cuisine ; pour s'occuper l'esprit à quelque chose de long et fastidieux, elle s'était attelée à la confection de chair à saucisse, et elle était en train de remplir le premier boyau à l'aide de la machine à hacher. Signe et elle aimaient toutes deux la purée de rutabagas avec la saucisse de porc. Dans une bassine d'eau froide, coupés en fines rondelles, trempaient des rutabagas et un ou deux panais.
C'était là une nourriture saine et solide pour une fillette qui grandissait à vue d'oeil. L'autre jour, à son retour de l'école, Signe avait annoncé fièrement que c'était elle qui avait les plus grands pieds de toute la classe, garçons compris.


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