Auteur : Emile-Jean Friboulet
Préface : Pierre Lefebvre
Date de saisie : 26/09/2007
Genre : Récits de Voyages
Editeur : Découvrance, La Rochelle, France
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-84265-537-2
GENCOD : 9782842655372
Sorti le : 02/09/2007
Capitaine de Grande Pêche, Émile-Jean Friboulet fut onze fois «Amiral des Terre-Neuvas» pour avoir ramené le plus de morues dans ses cales !
Aujourd'hui retraité, il se livre chaque jour à la pêche côtière en compagnie de son ami Gérard. C'est l'occasion de se remémorer les épisodes les plus marquants d'une vie bien remplie. Les difficultés des pêcheurs d'Yport pendant la guerre et l'occupation. L'expérience de la grande pêche au large de Terre-Neuve et du Groenland et les secrets qui lui permirent de se distinguer parmi les «terre-neuvas». Ses réflexions sur l'évolution du métier et sur le manque de reconnaissance à l'égard des simples marins-pêcheurs... Ce récit est émaillé de nombreuses anecdotes, tragiques ou amusantes.
Émile-Jean Friboulet est Sociétaire de l'Académie des belles lettres et des Beaux-Arts de Fécamp et de Haute-Normandie. Il a obtenu le Grand Prix littéraire Pierre Loti (2001) pour son ouvrage Le dernier Amiral.
Nostalgie - Mon vieux Yport
Un jour ou l'autre, une année ou l'autre, quelle importance ? J'ai écrit mes mémoires tant bien que mal. Maintenant que j'y ai mis le point final, j'ai l'impression que j'aurais pu faire beaucoup mieux.
Je manquais d'expérience, c'est certain, mais je tenais à laisser un témoignage de ce que j'avais pu réaliser au cours de ma carrière.
J'ai dû oublier pas mal de choses. J'en ai supprimé pas mal craignant de déplaire, car toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. En fin de compte, j'éprouve plutôt des regrets. En voulant ménager la chèvre et le chou, j'ai dû faire des mécontents.
Certains ont dû penser que je frappais un peu fort, tout en pensant qu'ils l'avaient échappé belle. D'autres, au contraire, s'attendaient peut-être à moins de retenue et comptaient sans doute sur moi pour dénoncer des abus, dont ils avaient comme moi beaucoup souffert.
Avec le temps, les choses évoluent.
On peut dire aujourd'hui ce que l'on n'aurait pas osé dire hier et demain peut-être pourrons nous dire même ce que nous ne pouvons encore dévoiler maintenant. En général, ce sont les gens qui ont la plume facile qui racontent la vie des autres, mais pour de multiples raisons, que ce soit pour éviter de déplaire ou en recherchant du sensationnel pour captiver le lecteur, ils sont parfois amenés à déformer l'histoire, et c'est bien dommage. Celui qui est épris de vérité n'y trouve pas son compte.
Laissons faire le temps et si mon grand patron veut bien m'en accorder assez, de ce temps, peut-être alors pourrais-je me permettre de faire un peu de lumière.
Un jour ou l'autre, quelle importance ? Seul le résultat compte. Je suis à l'automne de ma vie. Plus près de décembre que de septembre, si vous voyez ce que je veux dire. Cependant, en tant qu'ancien capitaine terre-neuvas, et probablement un des plus coriaces, j'ai du mal à abdiquer.
Je possède un petit bateau qui me permet de continuer à assouvir ma passion de la pêche et, quoique moins assidûment, je me rends encore de temps en temps à des rendez-vous qui me permettent de me mesurer avec mon adversaire le plus loyal, le poisson.
Entendons nous bien, il me tient tête, il ruse, il feinte, il trompe, mais lui, il a des raisons de le faire, c'est pourquoi je le respecte.
Ses semblables m'ont accordé assez de satisfactions, pour qu'il puisse se permettre aujourd'hui de se moquer de moi lorsque l'occasion se présente et qu'il peut profiter du manque d'énergie dû à mon âge pour prendre l'avantage lors de nos affrontements. Rassurez-vous il n'a pas toujours le dernier mot.
En prenant ma retraite, il y a quelques années, en 1980 ou 1981 peu importe, ma santé me permettait encore de naviguer tout seul, sur mon petit bateau. Une vedette de 7 mètres 50, munie d'un moteur de 80 chevaux.
A part un petit sondeur enregistreur de performances médiocres, je ne possédais pas d'autre équipement, mais si je faisais la comparaison avec mon doris du temps de guerre, c'était tout de même «Versailles».
Dans ce temps-là, mon seul moyen de propulsion, c'était les avirons, mais nous étions trois à bord, nous étions jeunes et nous avions du coeur à l'ouvrage, car nous avions faim.
Nous possédions tout de même une voile pour nous aider, mais pour l'utiliser, il fallait que le vent soit favorable et de toute façon, il ne l'était jamais dans les deux sens, aller et retour.
Sur le Marie-Christine, c'est le prénom de ma petite-fille dont j'ai baptisé mon bateau, je n'ai plus besoin de ramer. A 55 ans, je me sentais encore assez solide pour courir l'aventure tout seul et exercer mon activité favorite, la pêche. Pour moi, c'est un retour aux sources.
J'avais débuté sur un doris pendant la guerre, mais depuis j'ai accompli une longue carrière, principalement sur les grands chalutiers terre-neuvas, où j'ai commencé comme mousse en 1938. C'était mon premier embarquement sur le plan administratif, mais j'avais mangé de la vache enragée dès 1935 en effectuant un voyage sur un vieux chalutier à vapeur marchant au charbon que commandait alors mon père, l'Orage.
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