Auteur : Gérard Giuliato
Date de saisie : 19/09/2007
Genre : Archéologie, Préhistoire
Editeur : Presses universitaires de Nancy, Nancy, France
Prix : 32.00 € / 209.91 F
ISBN : 978-2-86480-754-4
GENCOD : 9782864807544
Collection «Archéologie, Espaces, Patrimoines» Dirigée par Gérard GIULIATO
Cette collection accueille des travaux concernant les formes de peuplements, la mise en valeur et l'occupation des espaces humanisés, les données de la culture matérielle et artistique. Diachronique et pluridisciplinaire, elle souhaite contribuer à la diffusion de recherches originales qui apportent de nouveaux documents et de nouvelles interprétations grâce au croisement des sciences archéologiques et géographiques.
Depuis les années quatre vingt, la recherche historique a su distinguer les deux types d'habitat seigneurial caractéristiques du Moyen Age mais généralement confondus dans le vocabulaire des époques postérieures, le château et la maison forte.
L'ouvrage de Gérard Giuliato et de ses collaborateurs offre une des seules monographies exhaustives de maison forte, type habituel de résidence de la petite et moyenne aristocratie à partir du XIIIe siècle. Il se signale par l'étude croisée des sources écrites et des apports de la fouille archéologique prolongés par les recherches en laboratoire. Cette approche pluridisciplinaire permet de restituer avec précision les conditions de vie d'une famille seigneuriale lorraine à la fin du Moyen Age et au cours de la Renaissance jusqu'à la destruction de l'édifice en 1611. Blottie dans un méandre encaissé de la Moselle à Richardménil (Meurthe-et-Moselle), cette petite résidence rurale présente une série d'adaptations liées à l'évolution des techniques militaires tandis que les unités stratigraphiques parfaitement conservées témoignent des étapes de son histoire. Le mobilier archéologique, par son abondance et sa diversité, constitue un témoignage exceptionnel de la culture matérielle de l'époque et, à ce titre, il est destiné à être présenté au public au Musée lorrain.
Gérard Giuliato, Professeur d'histoire et d'archéologie médiévales à l'Université Nancy 2, dirige le Centre d'Archéologie médiévale de l'Est de la France composante de l'UMR 7002 du CNRS. Ses recherches portent sur les habitats fortifiés (châteaux, villes et maisons fortes) et leur place dans l'histoire et la culture des principautés lorraines entre le Xe et le XVIe siècle.
Avec les collaborations de :
Agnès Gelé ; Emmanuel Guarascio ; Guillaume Huot-Marchand ; Laetitia Nori
Une terre et ses seigneurs
Le secteur fut occupé depuis les temps les plus anciens puisqu'on a retrouvé sur le plateau environnant des outils en pierre de l'époque du Wiirm et une pirogue monoxyle protohistorique dans une gravière. Au cours d'une prospection, nous avons pu identifier l'emplacement d'un établissement rural gallo-romain sur le coteau ensoleillé au lieu-dit «La Corvée de Trancote» situé à 1 km au sud-ouest de l'actuelle église paroissiale. De nombreux indices conduisent à penser que cette terre fut incorporée dans un vaste fisc royal dès l'époque mérovingienne.
1.1. AVANT L'AN MIL
Vers 950, Othon 1er donna à l'évêque de Verdun Bérenger une fraction de ce domaine correspondant à la villa de Flavigny. Ce dernier l'offrit à Humbert, abbé de Saint-Vanne qui fit confirmer cette possession par le pape le 9 janvier 956 puis qui fit transférer les reliques de saint Firmin dans l'église paroissiale de Flavigny dédiée à saint Hilaire. Le cortège passa par Toul, Dommartin-lès-Toul puis longea la Moselle jusqu'à Chaligny. Ce faisant, il traversa un territoire appelé «mansilis Teutberti» lieu proche de Ludres mais qui n'a pas été identifié avec certitude. La terre de Richardménil alors appelée «mansionile Berenhardi», située à la limite des pagi du Toulois et du Chaumontois était aux mains d'un chevalier qui en donna la moitié à l'abbaye de Bouxières-aux-Dames en 965, mais qui conserva ses droits sur l'église et la réserve. Un de ses successeurs nommé Richard ne tarda pas à usurper cette concession et il fallut l'intervention de l'empereur Othon II pour qu'il la restitue. Il est vraisemblable que l'ancien toponyme tomba alors en désuétude au profit de Richardménil et cet exemple montre comment les noms de lieux formés sur un anthroponyme pouvaient se modifier avant l'An Mil. Le texte indique que le domaine était peuplé de serfs et disposait de forêts, de vignes, de prés, de paquis, de terres arables et d'un moulin mais aussi d'une église. Cette intervention de l'autorité publique ne connut guère de succès car l'abbaye ne revendiqua plus jamais de droits sur cette terre. Au cours du XIe siècle, l'abbaye Saint-Epvre de Toul reçut la collation de l'église paroissiale dédiée à saint Pierre et perçut les dîmes dès 1116.
1.2. LES SIRES DE NANCY ET LA NAISSANCE D'UNE PETITE SEIGNEURIE (XIVe-milieu XVe siècle)
La terre de Richardménil resta une possession allodiale tenue par un lignage de chevaliers et ne tarda pas à connaître des partages successoraux. Au milieu du XIIIe, elle était aux mains de plusieurs héritiers dont les sires de Gondreville-sur-Moselle qui entrèrent en conflit avec le prieuré de Flavigny à propos des limites des droits de pêche sur la Moselle en raison de l'imbrication des deux bans. Celle-ci resta une source de contestations entre les deux seigneuries. La querelle fut tranchée par la justice ducale 1242.
Il faut attendre le début du XIVe siècle pour identifier des représentants du ou d'un des lignages portant le nom de Richardménil : Forquignon en 1303 et Gilles13 en 1311. En 1354, Wautrin et sa femme vendirent pour 1 400 florins leurs terres à Ferri II, sire de Ludres, qui acquit peu après les biens et la maison forte de Richardménil arrivés par héritage aux mains des Lenoncourt. Les Ludres constituèrent ainsi une seigneurie qui couvrit la majeure partie du ban de Richarménil. Une petite partie resta aux mains d'une autre famille dont les origines sont incertaines. En se basant sur la transmission des prénoms, nous serions tentés d'identifier les premiers maillons du lignage en la personne de Gérard de Nancy, mort avant 1317, son épouse Simone et leur fils, Renaud16 qui tenaient un fief dans le Vermois (Fig. 2).
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