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Ce qui alarma Paul Celan

Couverture du livre Ce qui alarma Paul Celan

Auteur : Yves Bonnefoy

Date de saisie : 18/09/2007

Genre : Essais littéraires

Editeur : Galilée, Paris, France

Collection : Lignes fictives

Prix : 11.00 € / 72.16 F

ISBN : 978-2-7186-0743-6

GENCOD : 9782718607436

Sorti le : 06/09/2007


  • La présentation de l'éditeur

Il n'est que normal que Paul Celan ait été durement affecté par les basses calomnies - des accusations de plagiat - dont il fut l'objet de la part de Claire Goll. Il l'est moins qu'il en ait souffert toute sa vie, alors que ces accusations bien clairement mensongères lui avaient permis de comprendre qu'une majorité de lecteurs prenaient spontanément son parti.
Ce petit essai cherche à comprendre les raisons de cette irréductible affliction et les trouve au plus profond du rapport d'un poète à sa pensée de ce qu'est la poésie.



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  • Les premières lignes

Un des moments les plus douloureux de la vie de Paul Celan, ce fut quand il se vit diffamé par Claire Goll, de la façon que nous savons tous. Mais le pire de son épreuve ne fut pas, en août 1953, le début de cette agression, pourtant inattendue et imprévisible, mais l'année 1960, quand la calomniatrice revint honteusement à la charge.
Pourquoi Paul fut-il davantage affecté par la seconde attaque que par la première ? Est-ce parce que du fait de sa notoriété désormais plus grande, elle fit l'objet d'un débat public ? Oui, ce fut bien cet ébruitement qui aggrava son chagrin. Mais nullement pour les raisons que l'on pourrait croire, celles qui auraient affecté de moindres poètes.
On remarquera, tout d'abord, que cette nouvelle campagne de diffamation aurait pu être vécue par Paul Celan comme bien moins une cause de souffrance que, tout au contraire, la preuve de l'admiration et de la confiance dont il bénéficiait assez largement en pays de langue allemande. Non seulement les meilleurs esprits se mobilisèrent pour démontrer l'inanité des accusations portées contre lui et même leur caractère délibérément mensonger, non seulement certains critiques qui s'étaient laissé abuser, volontairement peut-être, furent obligés de se rétracter, publiquement, mais l'Académie allemande de langue et de littérature prit elle-même très rapidement la défense de l'écrivain diffamé et décida de lui décerner son prix Büchner, une des plus hautes distinctions concevables dans l'Allemagne contemporaine. Les accusateurs s'étaient dispersés sous les huées. Claire Goll n'avait fait la preuve que de son extrême vilenie.
Au terme de cette épreuve Paul Celan aurait dû se sentir rassuré, il aurait pu oublier ce qui n'avait été qu'une occasion pour la vérité de se faire jour.
Et pourtant nous savons qu'il n'oublia pas ; et que son chagrin et son inquiétude ne firent même qu'augmenter avec le passage du temps. L'année 1961 le voit occupé à préparer des ripostes qu'il devrait juger inutiles, il songe à quitter Paris, à l'automne il veut consulter un psychiatre ; puis, en 1962, le tourment grandit au point de lui dicter des lettres, qu'il n'envoie pas mais que nous connaissons aujourd'hui, à des personnes qu'il respecte et dont il espère «une heure ou deux» de conversation - comme il dit à Marthe Robert - sur le sujet qui l'obsède. Outre Marthe Robert les destinataires étaient Jean-Paul Sartre, dont il rêvait qu'il parlât de l'affaire - une nouvelle affaire Dreyfus, dit-il - dans Les Temps modernes, et René Char avec qui c'est tout particulièrement qu'il voulait qu'une solidarité s'établît à niveau profond.


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