Passion du livre - tout sur le livre : La pensée de midi : archéologie d'une gauche libertaire

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

La pensée de midi : archéologie d'une gauche libertaire

Couverture du livre La pensée de midi : archéologie d'une gauche libertaire

Auteur : Michel Onfray

Date de saisie : 18/09/2007

Genre : Politique

Editeur : Galilée, Paris, France

Collection : Débats

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-7186-0755-9

GENCOD : 9782718607559

Sorti le : 13/09/2007


  • La présentation de l'éditeur

La gauche est en capilotade et sa refondation est d'actualité. Certains veulent l'appuyer sur le centre, d'autres sur la gauche antilibérale. Or, cette dernière semble ne pas vouloir devenir adulte tant qu'elle refuse un réel jeu dialectique entre son éthique de conviction et son éthique de responsabilité. Il faudrait donc une gauche aussi amoureuse de la liberté que la gauche libérale et aussi radicale que l'extrême gauche.

Cette formule n'est pas une chimère, car elle a bel et bien existé : il s'agit de la gauche libertaire. Au XXe siècle, elle repose, pour partie, sur le triangle Georges Palante, Jean Grenier et Albert Camus. L'auteur de L'Homme révolté, antitotalitaire et libertaire, a fourni une pensée qui se proposait d'examiner ce chantier que sa mort, malheureusement, aura laissé ouvert. Notre Pensée de midi est un hommage à ces trois hérauts libertaires, en même temps qu'une invitation à s'inscrire dans ce sillage.



logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com



  • Les premières lignes

L'individualisme altruiste

Les anarchistes entretiennent bien souvent avec l'histoire de leur sensibilité la même relation que les croyants avec leur livre sacré : un rapport de génuflexion. Les pères fondateurs, les apôtres, le Messie, l'orthodoxie, l'hétérodoxie, les lieux communs et tout le toutim : le catéchisme ânonné, l'inquisition pour les hétérodoxes, le procès pour les mauvais croyants, les pendaisons des traîtres, les mises au ban de la mauvaise tête dans le bulletin paroissial, les oukases comminatoires affichées aux portes de l'église, etc. La machinerie disciplinaire qui concerne l'Eglise catholique, apostolique et romaine, prétendument abhorrée, fonctionne avec nombre des tenants du dogme anarchiste - frères en cela des bolcheviques.
Or, l'anarchisme est une vaste constellation dans laquelle on trouve tout et son contraire : l'abolition de la propriété privée chez Bakounine et sa célébration chez Proudhon ; le féminisme d'une Louise Michel et la misogynie de l'auteur de Qu'est-ce que la propriété ? ; l'individualisme d'Emile Armand et le communisme d'un Kropotkine ; l'égotisme d'un Stirner et le communalisme d'un Reclus ; l'illégalisme d'un Marius Jacob et le moralisme d'un Sébastien Faure ; la violence meurtrière d'un Ravachol et le pacifisme d'un Louis Lecoin ; l'idéalisme d'un Godwin et le pragmatisme d'un Malatesta. Une auberge espagnole...
La plupart affichent leur pacifisme, Proudhon prend le parti de la guerre ; Daniel Guérin défend l'homosexualité, le même Proudhon la voue aux gémonies ; la vulgate annonce : «Élections, pièges à cons», Proudhon, toujours lui, se présente aux élections à l'Assemblée nationale ; le même invite, par ailleurs, à supprimer physiquement les Juifs, alors que le combat pour la défense d'Alfred Dreyfus devient bien vite l'initiative de l'anarchiste Bernard Lazare. Et l'on n'en finirait pas de monter les dévots du drapeau noir les uns contre les autres en pointant l'hétérogénéité de leurs corpus. Difficile de parler d'une seule voix dans cette pagaille idéologique.

Ajoutons à l'hétérogénéité du corpus une étrange réserve sur le XXe siècle, comme si la pensée anarchiste s'était arrêtée dans les belles années et que rien n'avait eu lieu depuis mai 1968. La vulgate, là encore, fait des événements de cette époque la conséquence d'une vague libertaire, même si Mao et Staline, Lénine et Lenon, Debord et Marcuse, Vaneigem et Bob Dylan, Cohn-Bendit et Geismar occupaient le devant de la scène plus que les anarchistes à proprement parler...
Car on parla peu de Bakounine, encore moins de Kropotkine, pas du tout de Jean Grave. On eut surtout à coeur d'en finir avec l'autorité - du Père, du Prof, du Patron, du Mari - et avec les idoles majuscules. Puis, une fois la fête finie, loin de l'attraction passionnelle de Charles Fourier et des critiques de L'Homme unidimensionnel de Herbert Marcuse, on s'engouffra dans une société de consommation qui troqua De Gaulle contre Pompidou, une icône moins historique et plus immanente.

Or, Mai 68 n'est pas un produit de la pensée libertaire, en revanche, une certaine pensée libertaire est le produit de Mai 68. Précisions. Si l'on considère les oeuvres de Gilles Deleuze et Michel Foucault, Jean-François Lyotard et Félix Guattari, René Schérer et Pierre Bourdieu avant 1968, on découvre sans surprise des travaux de professeurs bien sages : le penseur de la déterritorialisation écrit sur Kant et Bergson, l'empirisme et Spinoza ; le futur auteur de Surveiller et punir travaille sur la naissance de la biologie et de la linguistique au XIXe siècle ; le père français du postmoderne nage dans les eaux phénoménologiques, comme le futur fouriériste René Schérer ; Guattari, quant à lui, n'a encore rien écrit ; pendant ce temps, Bourdieu multiplie les études sur «la crise de l'agriculture traditionnelle en Algérie»... Rien de très anarchiste !
Mais, l'énoncé d'un inconscient machinique qui fournit le code d'accès à un corps réellement moderne ; la remise en cause du processus disciplinaire consubstantiel au mode de production libéral ; la mise à jour des dispositifs pulsionnels constitutifs dune économie libidinale à même d'expliquer la chair déchristianisée ; la théorie micrologique qui permet d'élaborer ensuite celle des microrésistances aux microfascismes contemporains ; la possibilité d'utiliser le fouriérisme (autrement dit, la philosophie du désir) comme une arme de guerre anti-marxiste ; le démontage des logiques de domination et de reproduction sociale dans les jugements de goût (l'université, les grandes écoles, le journalisme) : voilà, parmi tant d'autres, des thématiques nouvelles qui fécondent puissamment la pensée libertaire dans ce dernier demi-siècle.


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli