Auteur : Kris Nelscott
Traducteur : Pierre Sérisier
Date de saisie : 12/10/2007
Genre : Policiers
Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigues, France
Collection : Regards croisés. L'Aube noire
Prix : 23.50 € / 154.15 F
ISBN : 978-2-7526-0370-8
GENCOD : 9782752603708
Sorti le : 20/09/2007
Smokey Dalton, un très bel homme qui fait tourner la tête de toutes ces dames, a fui Memphis pour protéger son fils adoptif, Jimmy, unique témoin à avoir réellement vu l'assassin de Martin Luther King, et recherché depuis par le FBI. Sous une fausse identité, Smokey vit maintenant à Chicago où il exerce divers petits métiers. Un soir, alors qu'il rentre chez lui accompagné de la jolie Laura Hathaway, seule Blanche présente au gala donné par Ella Fitzgerald en faveur des enfants orphelins de la communauté noire, il entend des gémissements venant de l'appartement de sa voisine, Marvella...
Kris Nelscott poursuit le récit des formidables enquêtes de son héros, qui débutent en 1968 avec la tragique disparition du leader de la communauté noire américaine. Dans Les Faiseurs d'anges, elle évoque un terrible drame : celui des avortements, formellement interdits, qui se terminent trop souvent à l'hôpital. Une nouvelle fois, le lecteur suit avec passion, dans une Amérique confrontée à ses éternels démons, les aventures de Smokey Dalton, éblouissant d'intelligence et... d'humanité.
Kris Nelscott (pseudonyme de Kristine Kathryn Rusch) est un auteur américain récompensé par de nombreux prix prestigieux, et traduit dans une quinzaine de langues. Elle a déjà publié, aux éditions de l'Aube, La Route de tous les dangers, À couper au couteau et Blanc sur noir.
A chaque fois que Kris Nelscott rencontre de nouveaux lecteurs, c'est la stupéfaction...
Mais les aventures de Smokey Dalton sont surtout l'occasion de décrire les conditions de vie de la communauté noire dans les années 1970. En l'occurrence, dans cet épisode est détaillée la situation des femmes à travers le problème de l'avortement. Les affrontements entre bandes rivales dans les quartiers sud de Chicago, que tous surnomment "la bande de Gaza", les agissements d'une police corrompue et raciste servent de toile de fond aux aventures de Smokey Dalton qui, avec ses contradictions, son acharnement, son humanité, est une des incarnations les plus réussies du classique privé américain.
Le vent venant du lac Michigan s'engouffrait dans les rues vides du Loop1. La douceur de l'après-midi s'était depuis longtemps évanouie et avait cédé la place à la fraîcheur de la nuit en ce début de printemps.
Laura Hathaway et moi quittâmes le Sherman House Hôtel pour nous retrouver au milieu d'une foule de gens, discutant et riant. Ils parlaient du concert d'Ella Fitzgerald et semblaient se moquer de la raison qui nous avait tous réunis pour ce gala de charité.
Le concert avait été donné au profit du nouveau comité de l'Illinois Children's Home and Aid Society, le Comité pour l'adoption des bébés de couleur. Ce genre d'événements avait toujours pour effet de me bouleverser. Écouter les malheurs de tous ces gens - de tous ces enfants - me donnait envie de les aider, tous autant qu'ils étaient. Je devais sans doute être le seul pour qui cette aide ne devait pas se résumer à traiter leurs problèmes en leur donnant de l'argent. Malheureusement, je ne voyais pas de solution pour tous ces orphelins et tous ces enfants abandonnés, en tout cas pas de solution acceptable.
Apparemment, les quatre cent quatre-vingt-dix-neuf autres convives ne se sentaient pas plus à l'aise que moi. Le concert et le dîner avaient permis de récolter un peu plus de quinze mille dollars grâce à la vente des billets d'entrée et aux dons, mais aucune des conversations ne faisait mention de ce profit, non plus que des enfants.
Et nous, pas plus. Laura et moi restâmes silencieux en descendant les marches jusqu'au trottoir. Obéissant à une vieille habitude, je jetai un coup d'oeil par-dessus mon épaule, mais le Loop ne m'inspirait plus le même sentiment d'inquiétude qu'autrefois. Tous les gens qui m'entouraient, à l'exception de Laura, étaient noirs. Pour la première fois, je me sentais chez moi dans cette partie de la ville.
Je passai mon bras autour des épaules de Laura pour la protéger du froid. Elle se raidit, évitant de se blottir contre moi comme elle le faisait d'habitude lorsque nous étions seuls.
Je ne savais pas si elle réagissait de la sorte parce que nous nous trouvions en public ou à cause du concert de charité. Nous évitions d'avoir des contacts physiques lorsque nous étions en présence d'autres personnes - tout bêtement parce que cela provoquait trop de problèmes -, mais, ici, je ne me sentais pas vraiment en public.
Peut-être que, pour Laura, c'était le contraire. Ou encore était-elle toujours vexée par les réactions qu'elle avait suscitées dans l'hôtel. Au cours du dîner, elle avait été elle-même, et cela m'avait mis dans une situation embarrassante. Elle avait perçu mon trouble. Et pourtant, je n'étais pas certain qu'elle eût compris ce qu'elle avait fait de travers.
Elle semblait fragile à côté de moi, bien que ce ne fut absolument pas le cas. Elle portait ses cheveux blonds relevés, ce qui la grandissait. Avec ses talons hauts et sa coiffure compliquée, elle paraissait presque aussi grande que moi.
Bien que, pieds nus, elle fût très loin d atteindre mon mètre quatre-vingt-quatre.
La lumière des lampadaires se reflétait sur sa peau blanche. Les traits de son visage, rendus plus pâles encore par le maquillage, dessinaient une moue contrariée.
Une dizaine de taxis, certains de trouver des clients en ce dimanche de Pâques, s'alignaient devant l'entrée du Sherman House sur Clark Street. Des convives, souvent ivres, se mettaient à rire chaque fois que le portier sifflait pour faire signe au véhicule suivant de s'avancer.
Nous marchâmes jusqu'à notre voiture. Laura s'était garée près de la synagogue du Loop. On pouvait distinguer la sculpture de Hands Of Peace sur la façade du bâtiment. Des «mains secourables», ce qui me sembla un signe approprié ; je faillis faire part de ma réflexion à Laura. Mais un nouveau coup d'oeil à l'expression qui animait son visage me convainquit de garder le silence.
Sa Mercedes 280 SL était le seul véhicule garé dans ce pâté de maisons. On aurait dit que les Mains de la Paix se tendaient vers lui.
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