Auteur : Eliane Gubin
Préface : Michelle Perrot
Date de saisie : 16/09/2007
Genre : Histoire
Editeur : Ed. de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, France
Collection : Faculté de philosophie et lettres. Histoire
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-8004-1395-2
GENCOD : 9782800413952
Sorti le : 23/08/2007
A la fin des années quatre-vingt, Eliane Gubin, professeure d'Histoire contemporaine à l'Université libre de Bruxelles, spécialiste d'histoire politique et sociale, fait le choix de l'histoire des femmes. Elle va incarner en Belgique un nouveau courant historiographique, qui tend à démontrer que l'histoire des femmes ne peut plus être un objet historiographique non identifié. Elle va surtout en révéler toute la richesse, avec beaucoup d'originalité.
Découvertes de nouvelles sources, nouveaux regards portés sur des sources depuis longtemps utilisées, nouveaux questionnements, nouveaux apports méthodologiques, Eliane Gubin construit un nouvel objet, une histoire des femmes qui n'est plus une histoire par défaut et qui impose son autonomie. Cette démarche scientifique riche, audacieuse, transgressive, s'illustre à travers les méthodes et la diversité des thèmes : travail, citoyenneté, ruralité, éducation, sciences, guerres, biographies.
Ce volume reprend plusieurs articles fondamentaux d'Eliane Gubin qui témoignent de cette richesse : généalogie de sa pensée et image de son foisonnement, ce recueil rend hommage à l'oeuvre de cette historienne marquante qui a fixé les lignes de faîtes de l'histoire des femmes en Belgique. On y lira aussi une belle leçon d'histoire, celle d'une historienne engagée qui a réussi à articuler l'engagement personnel sur un travail inlassable et une implacable rigueur scientifique. Régine Beauthier, Catherine Jacques et Valérie Piette.
Extrait de l'introduction :
Choisir l'histoire des femmes !
A la fin des années quatre-vingt, Eliane Gubin, professeure d'Histoire contemporaine à l'Université libre de Bruxelles, spécialiste d'histoire politique et sociale, a fait le choix de l'histoire des femmes. Ses travaux, caractérisés par une remarquable originalité, révèlent toute la richesse d'un courant historiographique qu'elle va littéralement incarner en Belgique. Son apport essentiel a contribué à démontrer que l'histoire des femmes ne peut plus être laissée aux marges de la discipline. Aujourd'hui Eliane Gubin accède à l'éméritat. Nous avons décidé de lui rendre hommage en rééditant en un seul volume quelques-uns des articles les plus marquants qui ont jalonné sa carrière.
L'amplitude exemplaire de ses contributions est le fruit d'un parcours académique et scientifique nourri d'histoire sociale et politique. Née à Bruxelles, en 1942, Eliane Gubin poursuit ses études primaires à Léon Lepage avant d'entrer au lycée Emile Jacqmain grâce à la persévérance d'un instituteur qui, patiemment, parvint à persuader ses parents de l'y inscrire. Alors fascinée par le théâtre, elle s'inscrit en première année en philologie romane. Au bout de quelques mois, elle change de direction et s'inscrit dans le cycle d'histoire qu'elle réussit brillamment. Remarquée par le professeur Guillaume Jacquemyns, elle fait le choix de la recherche presque par hasard : elle hésite longtemps avant d'accepter un poste de stagiaire (1964-1965) puis d'aspirante au FNRS (1965-1969), puis encore un mandat d'assistant mi-temps auprès du professeur Jean Stengers (1969-1979).
En 1977, Eliane Gubin soutient une thèse consacrée à l'histoire du mouvement flamand intitulée Bruxelles auXIXesiècle : Berceau d'un flamingantisme démocratique (1840-1873). Elle s'impose alors dans le paysage historique belge. L'histoire politique et l'histoire sociale sont ses terrains de prédilection et elle y excelle. Forgée à l'école d'historiens comme Guillaume Jacquemyns et Jean Stengers, elle pratique une histoire toute de rigueur et surtout de critique aiguisée des sources. Certains de ses articles font date. Ainsi, en collaboration avec l'historienne Anne Van Neck, trop tôt disparue, elle questionne avec finesse les statistiques issues des recensements de population et déconstruit nombre d'anciennes certitudes. Ce très long article, publié en 1981 dans les Acta Historica Bruxellensia, reste aujourd'hui encore un classique de la mise en oeuvre de la critique historique.
Mais la recherche n'est pas tout. Assistante de Jean Stengers depuis 1969, Eliane Gubin encadre et interroge chaque année des centaines d'étudiants, dont elle corrige aussi les travaux. Rigoureuse, exigeante et juste, elle impose le respect. Elle se lance également corps et âme dans la vie participative de l'ULB : pendant longtemps elle représentera le corps scientifique dans les multiples instances de l'institution. D'aucuns se souviennent encore de ses interventions vigoureuses. Eliane ne lâche pas facilement un os ; elle défend, avec force et véhémence si nécessaire, des dossiers difficiles. Elle s'oppose souvent aux autorités lorsqu'un problème le réclame : elle est de ceux qui osent affronter et dire. Avocate de causes perdues, elle réussit à sauver quelques postes d'assistants. Certains lui doivent beaucoup. Ses prises de position publiques, parfois virulentes, ne lui font pas que des amis. Elle énerve et elle amuse aussi. A son sujet, les rumeurs - ennemies des historiens - ont la vie dure. Certains la voient communiste ou socialiste, d'autres syndicaliste ou néo-féministe, d'autres encore franc-maçonne. D'une certaine manière elle ne fut rien de tout cela. En tout cas, elle refusera toute adhésion à tout mouvement structuré. Ses engagements, nombreux, sont avant tout personnels et individuels.
Nommée à titre définitif en 1979 à l'université, elle commence bientôt ses premiers enseignements en histoire politique de la Belgique. Elle dirige également le séminaire de première année en histoire et enseigne la critique historique appliquée à l'époque contemporaine. Elle forme ainsi plusieurs générations d'historiens à une méthode rigoureuse et exigeante.
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