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Hotel de Dream

Couverture du livre Hotel de Dream

Auteur : Edmund White

Traducteur : André Zavriew

Date de saisie : 04/10/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Plon, Paris, France

Collection : Feux croisés

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-259-20652-5

GENCOD : 9782259206525

Sorti le : 06/09/2007

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  • La présentation de l'éditeur

En 1900, à vingt-huit ans à peine, le grand écrivain américain Stephen Crâne se meurt de la tuberculose au fin fond de la campagne anglaise. Sa compagne, Cora, ancienne prostituée et tenancière du bordel appelé «Hôtel de Dream», en Floride, remue ciel et terre pour trouver l'argent qui permettra de conduire Crâne jusqu'à la clinique, au coeur de la Forêt-Noire, où elle pense qu'il pourra être guéri. Au cours de ce long et pénible exode vers l'Allemagne ponctué par les visites de Joseph Conrad et Henry James, Crâne lui dicte son nouveau roman, chapitre par chapitre.
Intitulé Le Garçon maquillé, ce «roman dans le roman» raconte l'histoire d'un adolescent, Elliott, rencontré par Crâne autrefois dans les rues de New York et vivant de la prostitution. Un banquier marié et petit-bourgeois, foudroyé par sa beauté, est saisi d'une passion dévorante pour le jeune homme. Mais la ruine, le désastre et la tragédie guettent à la fois le garçon et le banquier...

Edmund White réussit ici un remarquable tour de force littéraire. Un texte qui explore la vie sordide du New York de la fin du XIXe siècle tout en proposant l'admirable portrait d'une femme amoureuse d'un écrivain de génie. Un roman surprenant, humain et subtil.

Edmund White s'est fait connaître du public français en 1984 avec Un jeune Américain, roman retraçant une difficile adolescence gay dans une province américaine. Enseignant à l'université de Princeton, il est l'auteur de très nombreux ouvrages, parmi lesquels La Tendresse sur la peau (Bourgois, 1988), La Symphonie des adieux (Plon, 1998), L'Homme marié (Plon, 2000), ainsi qu'une biographie de Jean Genêt (Gallimard, 1993) et son autobiographie, Mes vies (Plon, 2006).





  • La revue de presse René de Ceccatty - Le Monde du 5 octobre 2007

En intitulant un recueil d'essais La Bibliothèque qui brûle (Plon, 1997), Edmund White avait annoncé, si l'on peut dire, il y a quelques années, le sujet d'Hotel de Dream, qui est peut-être avec L'Homme marié (10/18, 2002) son meilleur livre jusqu'à présent. Car c'est de flammes qu'il s'agit, dans tous les sens du terme : un incendie, un manuscrit brûlé, une passion...
Comme il l'avait fait dans son roman, Fanny (Plon, 2004, et "10-18"), il utilise un personnage réel du passé pour régler son compte au siècle actuel. Le tableau réaliste qu'il dresse du Manhattan des années 1890 apparaît comme un réquisitoire très violent contre l'hypocrisie sexuelle, les injustices sociales, la misère générale maintenue par la prospérité de quelques-uns. Un siècle plus tard, rien n'a changé...
Edmund White est un écrivain brillant et direct. Sa culture lui permet de jongler avec élégance avec les oeuvres de ses prédécesseurs et de ne jamais perdre de vue l'intrigue, de ne jamais abandonner l'émotion, de ne jamais renoncer à ses obsessions personnelles.



  • Les premières lignes

Cora n'imaginait pas que son jeune mari pouvait mourir. A la différence d'autres gens, notamment le spécialiste grassement payé venu de Londres pour l'examiner, qui avait fourré son long nez dans tous les coins de leur maison de Brede Place, et avait finalement réclamé cinquante livres ! Il avait chuchoté que les poumons de Stevie étaient en si triste état, son corps si maigre et sa fièvre si persistante que la fin ne devait pas être loin. Mais il s'était contredit ensuite : il avait déclaré que, si dans les trois semaines une nouvelle hémorragie ne se produisait pas, une amélioration était possible.
A la vérité Cora avait eu un choc quand l'autre jour, donnant un bain à Stephen, elle avait regardé son corps debout dans le tub : il ressemblait à ces squelettes qu'on voit dans les salles de classe. Elle avait dû le maintenir d'une main en position verticale et le laver de l'autre. Sa peau était tendue à l'extrême sur son bassin qui évoquait un tambour, une timbale.
Et puis ce corps était chaud et sec en permanence. Il disait lui-même qu'il était «une brindille sèche au bord du grand feu».
«Descends, Tolstoï, tu l'embêtes !» Le cri s'adressait à un clebs loqueteux, qui se laissa glisser du canapé de son maître et trotta vers Cora, sa queue duvetée bien haut levée comme un blanc étendard au milieu des rangs d'une soldatesque crasseuse. Cora glissa distraitement ses doigts derrière les oreilles soyeuses; la caresse inattendue fit cligner de plaisir les yeux du chien.
Dans les journaux, les entrefilets, qui titraient «Stephen Crâne, l'auteur américain, est gravement malade», annonçaient le lendemain que l'état de l'écrivain s'améliorait. Elle était le petit oiseau qui avait laissé tomber cette graine dans le gosier des journalistes.
Pauvre Stephen : elle regarda sa tête posée sur l'oreiller; il haletait. Elle savait que, même dans son sommeil, ses rêves étaient pleins de nobles et profondes pensées - ce n'était pas un savoir livresque ! Il les puisait dans une connaissance approfondie du coeur humain. Et ces pensées se vêtaient de si beaux atours. Sa respiration sifflante s'élevait de la banquette-lit où il gisait sans force et à moitié endormi dans la petite pièce, située au-dessus de la porte d'entrée en chêne massif, qui était son bureau. Une odeur de chien et de boue y régnait. D'un côté, sous la banquette et la table de Stephen, un tapis persan usé et décoloré, où s'étalait une grosse tache de thé dont la forme évoquait Bornéo, couvrait une partie du sol. De l'autre côté de la chambre, Stephen s'était amusé à répandre des joncs sur le plancher, jouant au vieil homme jovial qui s'offre la fantaisie d'un décor médiéval de fruste splendeur. En bas il y avait partout des joncs, des roseaux et de l'herbe, et c'était une source de confusion pour deux des trois chiens, Tolstoï et Spongie, qui s'imaginaient qu'ils se trouvaient dehors et oubliaient parfois les bonnes manières qu'on leur avait apprises.
La vieille bonne superstitieuse avait placé un petit bocal rempli de goudron sous le lit de Stephen. Croyait-elle que le goudron allait absorber les mauvais esprits ou tenir éloignés les fantômes censés hanter Brede Place ?
Pourtant, Stephen avait tous les symptômes de la tuberculose, ce que les médecins appelaient la «diathèse» de la phtisie : peau presque transparente, à travers laquelle on voyait battre les veines bleutées, visage hagard, poitrine caverneuse au souffle rauque. Ses che­veux étaient raides et friables comme la frange d'un vieil abat-jour. Sa voix était enrouée à cause de sa toux éter­nelle, et parfois elle rappelait le hululement d'un hibou qui lancerait son appel de la cavité la plus reculée d'une grotte profonde. Il se plaignait de bourdonnements d'oreilles et même d'une surdité intermittente qui terri­fiait le «socialiste» qu'il était, l'homme le plus sociable au monde (c'était la compagne de Cora, l'irréprochable mais terne Mme Ruedy, qui avait inventé ce sens spécial et cocasse du mot socialiste). Cora se demanda vague­ment si Mme Ruedy était à présent de retour en Amé­rique - encore un rat qui désertait le navire.
Cora entrevit une tache d'un jaune brillant; elle releva la chemise de Stephen - oh ! le médecin avait barbouillé une couche de teinture d'iode sur le côté droit du torse. Au moins on ne cherchait pas à le couvrir de cloques. Elle se souvint de ce qui était arrivé à une de ses «filles» de l'Hôtel de Dream, à Jacksonville. On lui avait appliqué sur le dos et la poitrine de petits bocaux brûlants. Il en était résulté des cloques très douloureuses; ce traitement n'avait servi à rien. Elle était condamnée.


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