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Beauvoir dans tous ses états

Couverture du livre Beauvoir dans tous ses états

Auteur : Ingrid Galster

Date de saisie : 15/09/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Tallandier, Paris, France

Collection : Biographie

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-84734-454-7

GENCOD : 9782847344547

Sorti le : 06/09/2007

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  • La présentation de l'éditeur

En janvier 2008, Simone de Beauvoir aurait eu cent ans. La philosophe engagée, la romancière, la mémorialiste fait figure d'enfant surdouée d'un siècle mouvementé, dont elle a marqué la deuxième moitié d'une profonde empreinte. Le Deuxième sexe, paru en 1949, fut le bréviaire féministe de deux générations ; dans Les Mandarins se sont retrouvés les intellectuels nés entre 1900 et 1920 ; les Mémoires d'une jeune fille rangée, suivies de La Force de l'âge, composent un portrait de femme où beaucoup se sont reconnues, ou rêvées. Mais Simone de Beauvoir, qui s'était faite avec son compagnon Sartre l'apôtre de la transparence, a-t-elle toujours dit toute la vérité sur elle-même ? Comment son oeuvre fut-elle reçue ? Quelle image laisse-t-elle d'elle-même, près de douze ans après sa mort ? La controverse demeure ouverte. Au moins faut-il la nourrir d'arguments fondés et vérifiés.
Ingrid Galster, qui a consacré l'essentiel de ses travaux aux personnes et à l'univers sartro-beauvoiriens, apporte en vingt chapitres qui sont autant de petits essais des éléments essentiels, parfois peu connus, sur l'itinéraire de Simone de Beauvoir, depuis ses années d'étudiante, sur lesquelles elle a recueilli des témoignages directs, jusqu'à sa destinée posthume, en passant par Radio-Vichy, où Beauvoir fut active, et par le féminisme dont elle fut la figure de proue. Il en ressort une femme d'envergure rendue à sa vérité, ne méritant ni l'hagiographie ni le dénigrement, possédant comme toute personnalité sa part de rayons et d'ombres.

INGRID GALSTER, Allemande écrivant directement en français, enseigne les lettres modernes à l'université de Paderborn. Elle a soutenu en 1984 une thèse relative à la réception du théâtre de Sartre sous l'occupation allemande (prix Strasbourg 1986). Auteur de très nombreux articles, elle a publié deux ouvrages remarqués : Sartre, Vichy et les intellectuels et Le Théâtre de Jean-Paul Sartre devant ses premiers critiques, préfacé par Michel Winock.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Le présent volume rassemble des études, articles et comptes rendus que j'ai publiés dans les vingt dernières années. L'ensemble peut paraître disparate : il correspond cependant à une logique interne.
Ce sont mes recherches sur Sartre qui m'ont menée à Beauvoir. J'ai soutenu en 1984 une thèse de troisième cycle sur l'accueil des Mouches et de Huis clos par la presse sous l'Occupation ; à l'époque, la source principale d'information sur la vie et l'oeuvre de Sartre était l'autobiographie de Beauvoir considérée par certains comme biographie officieuse. C'est à ce titre surtout que je l'ai d'abord lue ; mais j'avais déjà commencé un peu avant. Pour La Force de l'âge, la date de la lecture notée dans mon exemplaire de la collection Folio est septembre 1975, dans la Drôme (je me préparais à entrer en licence à Aix-en-Provence) ; les autres volumes de l'autobiographie ont suivi jusqu'à la fin des années 1970. Mon impression ? Mise à part la fonction utilitaire (examens, recherche), je crois me souvenir avoir trouvé souvent en formules claires ce que je ressentais vaguement sans être en mesure de l'exprimer moi-même.
Sachant que je travaillais sur Sartre, un directeur de revue m'a demandé dans les années 1980 un état des lieux. En essayant de voir clair dans la masse d'écrits sur Sartre à partir de la Libération, j'ai repéré une évolution et j'ai compris dans quelle mesure même les chercheurs réputés objectifs se définis­saient presque toujours eux-mêmes en se confrontant avec l'objet de leur étude, soit par identification, soit par démarcation. Une passion était née : celle d'étudier le paysage intellectuel de la France à travers la perception d'un auteur.
Il était donc naturel qu'au moment de la mort de Simone de Beauvoir je me sois penchée sur les articles nécrologiques ; six ans auparavant, quand disparut Sartre, j'avais déjà vu quelle richesse recelaient les journaux pour mon propos. C'est donc en 1986 que j'ai publié l'article le plus ancien figurant dans ce recueil, qui est organisé par thèmes pour en faciliter la lecture.
On se demandera peut-être les raisons du long silence après 1986, l'article suivant n'ayant paru qu'en 1991. C'est que les lois non écrites de la carrière universitaire toujours en vigueur en Allemagne m'ont obligée de présenter une thèse d'État sur une autre littérature romane. J'ai préparé un travail assez volumineux en hispanistique et séjourné un certain temps comme professeur invité en Colombie, sans cependant perdre complètement de vue Beauvoir et Sartre. Sur ce dernier, Les Temps modernes m'ont demandé une contribution pour le numéro triple sorti à l'occasion du dixième anniversaire de sa mort ; au même moment, j'ai pris connaissance du scandale accompagnant la publication des lettres de Beauvoir à Sartre et de son journal de guerre. J'ai dévoré ces ouvrages entre deux pages de thèse et établi un nouveau diagnostic sur les intellectuels français à partir de l'accueil dans la presse.
Une fois soutenue la thèse d'État, je suis revenue de manière plus intense à mes anciennes amours. Pour Sartre, j'ai dirigé un colloque dont les intervenants étaient invités à expliquer son succès entre 1938 et 1945, sujet qui me tracassait depuis 1983, alors que j'achevais de rédiger la thèse de troisième cycle ; pour Beauvoir, j'ai cherché le contact avec la Simone de Beauvoir Society, dont le siège se trouve en Californie, pour savoir ce qui se faisait au niveau mondial. Le thème du congrès organisé en 1995 par cette association à Palo Alto était «Simone de Beauvoir and Other Worlds». J'ai profité de l'occasion pour confronter les écrits posthumes, dont j'avais analysé la réception, avec l'autobiographie, et cela pour la période de la guerre et de l'Occupation, sur laquelle portent les lettres à Sartre presque exclusivement et qui m'était particulièrement familière. Pour rédiger ma conférence, j'ai consulté la biographie de Deirdre Bair, souvent mal informée, et le livre de Gilbert Joseph, très hostile à Beauvoir et à Sartre. Quand j'ai lu, dans le livre de Bair, que Beauvoir avait travaillé, sous l'Occupation, pour Radio Paris ( !) et que l'INA refusait «automatiquement» l'accès des chercheurs aux émissions qu'elle avait préparées, et dans le livre de Joseph que l'on ne trouvait pas trace de ces émissions dans les journaux d'époque, j'ai voulu en savoir plus, ce qui explique mes deux articles sur Beauvoir et Radio-Vichy. Le livre de Joseph montre clairement (à l'encontre des intentions de son auteur) que tant Beauvoir, exclue de l'Université par Abel Bonnard en 1943, que Sartre, étaient mal vus par Vichy. La plainte contre Beauvoir pour détournement de mineure venant de la mère d'une ancienne élève et comprise dans son dossier de carrière (pièce que Gilbert Joseph n'avait pas pu voir), j'ai pu la recopier quelque temps après aux Archives du Ministère et, la Simone de Beauvoir Society n'en voulant pas, je l'ai portée à la connaissance des lecteurs et lectrices de la revue américaine Contemporary French Civilization où avait déjà paru ma conférence sur Beauvoir et l'Occupation prononcée en 1995 aux États-Unis.


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