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A l'horizon d'un amour infini

Couverture du livre A l'horizon d'un amour infini

Auteur : Laurence Zordan

Date de saisie : 15/09/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Des femmes-Antoinette Fouque, Paris, France

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-7210-0566-3

GENCOD : 9782721005663

Sorti le : 30/08/2007


  • La présentation de l'éditeur

À L'HORIZON D'UN AMOUR INFINI

«Je me laisse aller à toutes les interprétations, je brode sur ce qui dura quelques secondes pour en isoler un fil qui me relie à l'éternité, je savoure un élixir de volupté en entrouvrant ma bouche à la féerie d'un souvenir, et je m'épuise à dire la fulgurance en fouillant des raison­nements comme des poches vides.
Un baiser peut-il avoir les couleurs des voyelles de Rimbaud, et, si je veux épeler une émotion, faut-il découvrir un alphabet qui transcrive tous les silences m'empêchant de dire que j'aimais ?»

L. Z.

Laurence Zordan, ancienne élève de l'École Normale Supérieure et de l'ENA, est agrégée de philosophie. Haut fonctionnaire, elle est spécialiste des questions de sécurité et de géostratégie. Elle a publié ses deux premiers romans, Des yeux pour mourir (2004) et Le traitement (2006), aux éditions Des femmes-Antoinette Fouque.





  • Les premières lignes

Préface de Laurence Zordan :

Un baiser se raconte-t-il ?
La part charnelle qu'il recèle (plus qu'il ne la comporte) n'est-elle pas minuscule, au regard de la puissance de rêve qu'il déploie ? Et n'est-ce pas cette songerie que l'on évoque, aux dépens de la réalité tangible dont on ne sait trop que dire ? Même sans être furtif, le baiser se dérobe à la description d'ordinaire réservée aux égarements du toucher, aux découvertes sensuelles, aux itinéraires de la volupté. Il fuit les mots en se posant sur les lèvres qui goûtent alors le silence, communiant dans l'ivresse du mutisme, bienheureuses d'être soudain désertées par la parole, ravies de n'avoir plus guère besoin d'argumenter pour charmer. Le baiser est rudimentaire et, de ce fait, révolutionnaire, affranchi, par sa soudaineté, des règles de progression stratégique de la séduction. Par sa banalité enchanteresse, il est énigmatique.
Enfant, je m'étais émue d'un reportage sur les Esquimaux. Ils ne s'embrassaient pas sur la bouche. Le désir s'exprimait, chez eux, autrement. C'est ce que j'avais déduit. À tort, sans doute, mais ce contresens de gamine me hantait. Si le baiser n'était donc pas universel, il devenait fragile, affaire de convention, d'habileté, de talent et je pouvais en être dénuée. Quand le moment viendrait de faire mes preuves, je risquerais de faillir. Certaines embrasseraient mieux que moi, tout comme elles couraient plus vite ou étaient plus à l'aise à l'espalier, lors du cours d'éducation physique. Adolescente, on m'expliqua que le baiser n'était qu'un épiphénomène, la simple superstructure de rapports de production beaucoup plus substantiels. On pouvait même s'en passer. Dans une maison, ce sont les fluides (eau, électricité) qui la rendent habitable, pas les ornements. S'embrasser, c'est purement décoratif, inessentiel. Il y a beaucoup plus fondamental. Je n'étais pas convaincue de la justesse de ces procédés d'allocation des ressources rares. Pour moi, l'amour ne faisait guère partie des biens dénombrables, mais appartenait à l'infini d'un horizon.
De la mièvrerie masquée par l'emphase ? Peut-être pas. Plutôt un vertige : la peur de donner mon âme, le dernier souffle que l'on recueille sur les lèvres d'un mourant. Non pas le prélude aux joies de lutiner, mais l'oraison pour ce qu'il faut aimer, parce que jamais on ne le verra deux fois. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Cette célèbre question qui fonde la métaphysique me semblait devoir être prise en un sens d'abord physique. Pourquoi sacraliser un attouchement éphémère, le faire rayonner alors qu'il n'y a peut-être rien, tout au plus une vague inclination de la part de celui qui embrasse de manière en réalité distraite, sous l'apparence de la fougue ?
Quel est ce moi qui veut tutoyer l'extase en livrant sa bouche en guise d'otage ?
J'écris donc le roman du baiser, comme si quelques secondes d'une vie pouvaient offrir la matière d'un livre.


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